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EditorialLe péril jeune

On avait fini par oublier ce sentiment délicieux d’être un peu dépassé, de ne plus savoir où donner de la tête? Des affiches sur tous les terrains d’Europe, la doyenne des classiques, un marathon, le hockey qui déboule en même temps que les premiers frissons à Roland-Garros, le sport a retrouvé ce week-end toute sa diversité et sa vigueur.

Or au cœur de ce maelstrom se dégage une force stable. Cette reprise prend les traits d’un renouveau. Partout, des jeunes se comportent en patrons. Ils ne veulent rien entendre des vieilles allégeances, ridiculisent le concept d’expérience et rangent au fond du cagibi la recette du champion à maturation lente.

Rien que dimanche après-midi, la Polonaise Iga Swiatek a fait voltiger Simona Halep d’un vent de fraîcheur qui a rappelé la tornade Kuerten (1997). Puis Jannik Sinner a imposé sa maturité taciturne et effrayante. Enfin, du côté de Liège, seul un écart du malotru Julian Alaphilippe a empêché le Bernois Marc Hirschi de claquer avec aplomb un doublé légendaire. Leurs âges: 19, 19 et 22 ans, ce qui, pour un cycliste, revient à renverser un siècle de certitudes.

On pourrait continuer. Évoquer l’insolente justesse des gamins du LS (samedi) ou la défaillance de «papy-Kipchoge» à Londres (hier). Mais il convient surtout de questionner cette vague de jeunisme. Est-ce le rythme effréné des calendriers compressés qui met en valeur la récupération? Le positivisme d’une caste qui ne peut regretter le temps d’avant puisqu’il n’y existait pas? Les fruits de nouvelles méthodes d’entraînement explorées durant le confinement?

Ce week-end et les dernières semaines invitent à empoigner ces questions. Afin d’expliquer comment un printemps confiné a pu à ce point accélérer le processus de renouvellement dans presque toutes les disciplines.