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Sale affaire – 1907Le pompier pyromane d’Apples buvait peu d’eau

Coup d’œil dans la chronique judiciaire de la «Feuille d’Avis de Lausanne» du «bon vieux temps».

Un extrait de la «Feuille d’Avis de Lausanne» du 29 juillet 1907

«Pourquoi mettiez-vous le feu?

- Je ne sais pas.

- Comment, vous ne savez pas?

- Quand j’allumais, je me rendais bien compte que je faisais mal, mais je ne pouvais pas m’empêcher de mettre le feu.»

La «Feuille d’Avis de Lausanne» livre ce dialogue à ses lecteurs le 29 juillet 1907, à l’occasion du procès de John-Albert Decollogny, d’Apples, renvoyé devant le Tribunal criminel du district d’Aubonne comme accusé d’incendies volontaires et de tentative d’incendie.

«J’ai été poussé par un mauvais esprit et une force irrésistible.»

John-Albert Decollogny, pyromane.

«L’accusé est un robuste jeune homme de 25 ans, de taille moyenne, rougeaud, petite moustache et cheveux châtains, physionomie intelligente, avec quelque dureté dans le regard», décrit le quotidien. Au président Perret et au jury, l’accusé dit encore qu’il n’a agi «que pour faire du mal», que lorsqu’il voyait le feu consumer les bâtiments, «c’était ce qu’il désirait» et que son acte était accompli «à son entière satisfaction». Dans une lettre écrite de sa cellule, il déclare avoir été «poussé par un mauvais esprit et une force irrésistible».

Decollogny n’est de loin pas le premier pyromane à sévir dans le canton de Vaud, mais il possède une particularité: ses victimes sont ses proches. Entre janvier 1906 et avril 1907, il a bouté le feu à la ferme de son père Eugène, à celle de son ami John-François Cochet et a tenté de faire de même à la grange de son grand-père Louis Demont, les trois à Apples. Il a également été soupçonné d’avoir incendié une autre ferme d’Apples en 1906, avant d’être mis hors de cause.

Comme d’autres incendiaires, John Decollogny est pompier. Après avoir mis le feu à la maison de son père et à celle de Cochet, il se rend sur les lieux avec la pompe et se démène pour sauver ce qu’il peut, meubles et bétail.

«La pyromanie, comme la kleptomanie, se rencontre de préférence chez les imbéciles, les hystériques et les alcooliques de deuxième génération».

Albert Mahaim, professeur de psychiatrie à l’Université de Lausanne et directeur de l’asile de Cery.

Pour savoir si l’accusé a bien toute sa tête, la Cour fait appel à Albert Mahaim, professeur de psychiatrie à l’Université de Lausanne et directeur de l’asile de Cery. «Fils de buveur, John Decollogny, déclare le médecin, est un alcoolique en voie de désintoxication. C’est pour alcoolisme notoire qu’il a été définitivement réformé du service militaire.»

L’alcool, le jeune homme en boit régulièrement: de l’absinthe (interdite depuis janvier 1907), des demi-litres de vin, des fines à l’eau, notamment. Il boit pour oublier quand l’idée de mettre le feu s’empare, irrésistible, de son esprit. Mais quand il a trop bu, il succombe et craque une allumette.

«Si John Decollogny a pu, étant ivre, apprécier grosso modo la portée et la moralité de ses actions, il se trouvait poussé à mettre le feu par suite de son état d’ivresse greffé sur sa dégénérescence mentale d’alcoolique fils d’alcoolique», affirme Albert Mahaim. La pyromanie, comme la kleptomanie, déclare encore le toubib, «se rencontre de préférence chez les imbéciles, les hystériques et les alcooliques de deuxième génération».

«Comme le reptile malfaisant, il glisse sans bruit dans les ténèbres.»

Alfred Obrist, procureur général du canton de Vaud.

Procureur général du canton de Vaud, M. Obrist est indigné: «Quel crime a-t-il commis? Le plus lâche, le plus vil, le plus répugnant. Comme le reptile malfaisant, il glisse sans bruit dans les ténèbres. Il s’en va dans la nuit, alors qu’il sait que chacun dort, qu’il ne court aucun danger, jeter dans les granges des allumettes enflammées.»

Défenseur de Decollogny, Me Sidney Schopfer déclare que les actes de son client ne sont compréhensibles que s’il est un dégénéré, ce qui devrait lui valoir la clémence de ses juges.

C’est raté: le jury, lui, estime au contraire que le jeune homme «n’était pas en état de démence» au moment des faits et le déclare coupable. Ce qui lui vaut d’écoper de 8 ans de pénitencier. Sans alcool ni allumettes.

1 commentaire
    Passleurer

    8 ans de travail forcé! Et il l'a plus jamais refait après? Quelle justice.. !