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ÉditorialLe pouvoir du côté obscur de la Force… démocratique

«Dis, papa, comment ont-ils pu perdre avec autant de petits drapeaux orange aux balconsLa question posée pour de vrai au brunch dominical, elle n’est pas vite répondue. Le stigraben, la liberté individuelle et le pragmatisme économique alémanique expliqués à ma fille entre deux bouchées de chouquette avant de se rendre au boulot.

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La campagne, colorée en orange, a d’abord eu ce côté bon enfant, avant de virer, comme un hommage à Dark Vador mort ce dimanche, au côté obscur de la Force. Un débat qui tourne à l’aigre. L’économie, d’abord concentrée sur le vote sur l’immigration «modérée», a commencé à mener la bataille. De grands et petits patrons se sont exprimés. Et surtout, ces renégats de «centre gauche» les journalistes donc leur ont aussi ouvert micros et colonnes. Le reproche d’un déséquilibre nous a d’ailleurs aussi été fait dans le sens inverse. Et les sondages, comme toujours avec les initiatives, se sont resserrés en pointant vers le centre et le non.

Alors, oui, les médias dont nous sommes ont laissé équitablement la place aux deux parties. S’y sont exprimés Paul Bulcke après Dick Marty ou Jean-Pascal Bobst après Micheline Calmy-Rey. Aux complotistes du Covid qui nous voudraient inoculés par l’argent des pharmas ont succédé ceux dénonçant une sainte alliance entre les éditeurs et le monde entrepreneurial. Les rédactions étant évidemment aux ordres des patrons de presse, piétinant volontairement leur indépendance éditoriale.

Cette campagne a donc fini par déraper au-delà de tous les clichés. Y compris dans certains milieux de la société civile. Certains mots peu charitables, expérience vécue, sont même venus d’hommes d’Église. Le courrier des lecteurs est devenu difficilement gérable. Des articles ont été détournés en tous-ménages de propagande. Une députée vaudoise, qui n’est en est plus à un conflit d’intérêts près, a amené sur un plateau un dirigeant d’un pays africain avec lequel elle est en affaires. Et, cette fois-ci, pas question de pointer du doigt l’UDC pour durcir ou salir les slogans. Une campagne plus américaine que celle de Biden contre Trump, avec des swing states et des grands électeurs notamment ceux des petits cantons – qui font basculer dans le camp du non le vote populaire majoritairement pour.

Ce vote passé, on va donc pouvoir retourner aux fondements de notre démocratie directe et s’occuper de la valeur exacte de ce contre-projet. Qui paraît en effet bien peu pugnace sur le papier. Cette campagne a un peu ressemblé à celle de l’initiative Minder dans le sens qu’elle voulait mettre fin aux outrances d’un certain capitalisme. La victoire de l’outsider en moins. Finalement, on ne peut pas être décemment et chrétiennement contre la responsabilité des multinationales dans les pays où elles extraient leur matière première avant transformation. Et il faudra veiller à une mise en application stricte, pertinente, transparente.