AboCour criminelle en FranceLe procès du mari abuseur et des 50 violeurs a débuté
Un homme a drogué sa femme pour la livrer à des inconnus et assister aux viols à près de 100 reprises pendant dix ans. Cinquante coaccusés comparaissent à Avignon.

La salle de la Cour criminelle du Vaucluse, à Avignon, est spacieuse et prévue pour une centaine de personnes, mais avec le procès qui s’est ouvert lundi matin pour l’affaire dite des «viols de Mazan», elle est à moitié occupée par les seuls accusés. Ils sont 51 hommes à comparaître pour viols. Parmi eux, le mari, Dominique P., 73 ans aujourd’hui, qui pendant presque dix ans, entre juillet 2011 et octobre 2020, assommait régulièrement sa femme avec du Temesta pour la livrer, inconsciente, à des inconnus recrutés sur internet pendant qu’il filmait la scène.
Les enquêteurs ont retrouvé 92 scènes de viol impliquant 72 agresseurs. Certains sont morts, d’autres n’ont pas pu être identifiés, 50 l’ont été et comparaissent au procès. À l’époque des faits, ils étaient âgés de 21 à 68 ans. La victime, elle, était sexagénaire.
Hasard invraisemblable
Cela peut sembler invraisemblable, mais cette affaire serait restée inconnue si des clientes de supermarché, un jour de septembre 2020, n’avaient surpris un homme tentant de filmer sous leurs jupes. La police l’arrête et c’est en examinant son matériel informatique qu’elle découvre les viols concernant son épouse. En octobre 2020, quand les enquêteurs la convoquent pour une audition, Gisèle pense qu’il s’agit de l’affaire du supermarché, que son mari lui a avouée.
Elle décrit son mari comme «un super mec», «prévenant», «attentionné», cela fait quarante-sept ans qu’ils sont mariés, ils ont trois enfants, des petits-enfants, ils mènent une vie heureuse de retraités. Quand les policiers lui demandent s’ils pratiquent l’échangisme, elle a un haut-le-cœur: «Non, quelle horreur, je ne supporterais pas la main d’un autre. Il me faut du sentiment.» C’est alors que les policiers lui montrent les images…
Quatre ans plus tard, Gisèle arrive au tribunal accompagnée de ses trois enfants. Le moment est difficile, elle porte des lunettes de soleil, passe sans un mot devant les journalistes et s’apprête à affronter les 50 hommes qui ont abusé d’elle, mais après beaucoup d’hésitation elle a pris une décision à laquelle elle ne dérogera pas: elle renonce à demander le huis clos et veut que le procès se tienne en public.

Ce sera l’objet principal du premier jour de procès. Le procureur et plusieurs avocats de la défense demandent un tel huis clos. Ils disent vouloir éviter un «spectacle» avec la projection des vidéos, l’un d’eux s’exclame: «La justice ne s’honore d’aucun déballage du malheur.» Gisèle, elle, est de l’avis contraire: à travers ses avocats, elle demande une publicité des débats «complète, totale, jusqu’au bout». Après une brève interruption de séance, le président du tribunal lui donne raison et refuse le huis clos.
Huis clos refusé
Derrière cette question du huis clos, il y a un enjeu: au-delà du procès de son mari et des 50 violeurs inconnus, Gisèle veut faire le procès de la «soumission chimique». Sa fille Caroline, âgée aujourd’hui de 42 ans, en a fait un combat personnel et a créé une association, M’Endors Pas, pour lutter contre ceux qui droguent des femmes pour en abuser.
Car sur les 50 accusés, tous ne reconnaissent pas les faits de la même manière. Certains admettent avoir violé une femme inconsciente, mais d’autres affirment qu’ils pensaient prendre part à un jeu de couple libertin où la femme était consentante et non droguée. Ce sera une des questions centrales du procès: pouvaient-ils supposer un consentement alors qu’ils étaient recrutés sur un site intitulé «À son insu», que la victime ronflait, ne réagissait pas, et que le mari avait tout un rituel de précautions: se déshabiller dans la cuisine, se passer les mains à l’eau chaude, se cacher en cas de réaction, pour éviter qu’elle ne se réveille.

Sur toutes les vidéos, aucun agresseur ne fait marche arrière au vu des circonstances. Ils sont non seulement de tous âges, mais aussi de toutes conditions sociales – maçon, pompier, militaire, gardien de prison, infirmier, journaliste, chauffeur routier, cadre d’entreprise. Il y a des individus en situation précaire ou sous tutelle, mais aussi un conseiller municipal, certains vivants seuls, d’autres en couple ou en famille. «C’est révélateur de ce qui se passe dans notre société, ce sont des gamins, des vieux, c’est tout le monde», estime Caroline, la fille de la victime et du père violeur.
L’ADN révèle un autre viol
Dernier détail sordide: une analyse ADN a permis d’établir la culpabilité de Dominique P. dans une tentative de viol, en 1999 – ce qu’il reconnaît. Il nie en revanche être l’auteur d’un viol avec meurtre commis dans des circonstances similaires, en 1991. Ces actes feront l’objet d’un autre procès. Celui des viols de Mazan, petite localité du Vaucluse où les époux habitaient, doit durer jusqu’à la mi-décembre.
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