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Mesures CovidLe public va s’avancer masqué

La généralisation du port du masque, la fermeture des night-clubs et l’interdiction du service au bar sont les principales nouveautés imposées aux lieux de spectacle. Mesures de protection rassurantes ou contraintes économiques rédhibitoires?

Comme ici à la Scala de Milan, le public vaudois devra supporter un quadrilatère de tissu sur le nez durant toute la durée du spectacle, au moins jusqu’au 30 octobre. Et pas de ravitaillement au bar.
Comme ici à la Scala de Milan, le public vaudois devra supporter un quadrilatère de tissu sur le nez durant toute la durée du spectacle, au moins jusqu’au 30 octobre. Et pas de ravitaillement au bar.
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Dès jeudi, inversant le modèle antique, ce sont les spectateurs qui s’avanceront masqués face aux musiciens et aux acteurs. Le Conseil d’État vaudois a en effet unifié l’obligation du port du masque dans tous les lieux fermés accessibles au public – théâtres, salles de concert, musées, expositions, bibliothèques, cinémas, etc. Plus question de placer son quadrilatère de tissu sur le nez juste le temps de rejoindre son siège ou de passer un couloir: jusqu’au 30 octobre au minimum, la culture se dégustera de bout en bout sous filtre. Et la danse attendra des jours meilleurs, Vaud rejoignant Genève dans sa décision de fermer provisoirement clubs et autres discothèques à la promiscuité trop périlleuse.

Autre mesure forte: sur le modèle du secteur de la restauration, les consommations ne seront servies qu’aux places assises, avec l’obligation d’un dispositif d’identification. Autrement dit, prière d’ajouter au panneau «le bar est fermé durant le spectacle» un «mais aussi avant et après», sauf si l’organisateur ou la salle disposent d’un espace buvette avec service à table. Une sacrée perte de gain, compensée (?) par l’absence de limitation des spectateurs que redoutaient les professionnels.

Comme souvent après l’édiction d’une nouvelle salve de mesures depuis le début de la crise, tous les acteurs du secteur culturel ont chaussé leurs lunettes pour essayer de saisir dans quelle case leur activité tombait. Et comme toujours, c’est un grand méchant flou qui régnait mardi après-midi, chacun essayant d’adapter sa situation à une série de paramètres généraux concernant autant de cas particuliers. Au point que même Cesla Amarelle préférait s’enquérir de précisions auprès du médecin cantonal avant de nous confirmer certains cas pratiques dans la mise en application de mesures que tous espèrent provisoires.

Les concerts auront lieu, debout ou assis mais masqués

Sera-t-il possible d’aller voir Gaetan aux Docks lausannois le 27 septembre, le premier concert dans la grande salle depuis le 7 mars? Oui, répond le Canton. Les lieux entre 300 et 1000 places restent en format debout et sans limitation de jauge, mais le public sera séparé par «blocs» de 300 personnes. Masques sortis et bar fermé, bien sûr. Les spectacles de plus de 1000 personnes, eux, tombent sous le coup de l’ordonnance fédérale: format assis sauf autorisation exceptionnelle, traçage et plan sanitaire approuvé, au risque de l’annulation. Le Bureau cantonal temporaire des manifestations a été créé afin de simplifier les demandes des organisateurs. «Au moins on échappe à la loi sur les grandes manifestations et le ratio aux deux tiers de capacité, réagit Michael Drieberg, boss de Live Music Production, qui gère notamment le Métropole. Nous pourrons accueillir des spectacles à pleine jauge, avec masques mais avec aussi le risque que la rentabilité soit négative sans pouvoir ouvrir les bars.» Reste à trouver les spectacles, nombre de tournées internationales annonçant leurs reports à l’été 2021 au plus tôt… F.B.

Label Suisse sur le fil

À quatre jours de sa neuvième édition, le festival lausannois Label Suisse a reçu les nouvelles mesures de plein fouet – celles-ci prendront effet jeudi 17 septembre, soit la veille de son ouverture! «C’est fou, toute l’équipe bosse depuis ce matin pour savoir ce qui reste valable dans l’autorisation que nous avons reçue il y a quelques jours seulement. Cela concerne le plan sanitaire, la gestion des foules, le fonctionnement des bars, les scènes extérieures, surtout la possibilité d’utiliser des clubs qui seront fermés, comme le D!, qui devaient abriter des concerts! Ça mobilise plein de services de la Ville et du Canton et tous n’ont pas encore donné leur autorisation. Mais ça avance super bien.» Le festival confirmera mercredi matin s’il aura bien lieu. F.B.

Discothèques et night-clubs portes closes

Après une semaine de discussions avec les acteurs de la nuit, le Canton a tranché. Les discothèques ne pourront pas rouvrir avant novembre, au plus tôt. Thierry Wegmuller, patron d’ABCD Ciné-Dance, la société qui exploite le D! Club à Lausanne, commente la décision en comparaison avec d’autres cantons. «Nous avons déjà la chance d’avoir été consultés. Cela faisait partie des deux propositions que nous avons faites au Conseil d’État. Ouvrir les clubs privés en limitant l’accueil à deux tiers de leurs capacités, comme pour les stades, et avec un plan économique et sanitaire réaliste, ou les fermer temporairement en obtenant des compensations financières à fonds perdu.» Même son de cloche du côté du directeur du MAD, Igor Blaska: «Nous travaillons déjà à perte en limitant nos enceintes à 300 personnes. Cette décision a au moins le mérite d’être claire. Nous préférons cela que de rester dans le flou avec des jauges qui fluctuent. Même si notre but est bien sûr de travailler et de faire vivre notre lieu!» Pour l’heure, les organisateurs attendent encore des aides financières «adaptées et concrètes». A.C.

Théâtres masqués mais non limités

Un ouf de soulagement pour les théâtres. Si le public devra désormais rester masqué durant chaque représentation, il pourra toujours se déplacer en même nombre. «C’était ma première crainte, que les jauges soient diminuées et que nous devions à nouveau annuler des spectacles.» Pour Brigitte Romanens, directrice du Théâtre Le Reflet, à Vevey, les nouvelles mesures prises ce mardi par le Canton ne changent rien. «Nous avions déjà imposé le port du masque obligatoire et nous étions résolus à fermer notre bar. Nous avons pu passer le «crash test» avec le spectacle complet de Yann Marguet samedi dernier. Le public a très bien réagi.»

Pour le programmateur indépendant Thomas Lecuyer, la pilule a en revanche du mal à passer. Ses spectacles d’humour prévus à Lausanne au CPO pourront avoir lieu, mais pas ceux de l’ABC, considéré comme un night-club et donc contraint de fermer ses portes. «Il y a des incohérences et trop de différence de traitement entre les acteurs culturels. Je ne peux plus faire mon travail correctement, j’avance à l’aveugle.» A.C.