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L’invitéLe retour de l’épreuve du chômage en Suisse

René Knüsel craint que le nombre de sans-emplois ne descende plus en dessous d’un certain seuil.

Le taux de chômage connaît une croissance inédite depuis le mois de février 2020. Le constat a de quoi susciter de l’inquiétude même si, en comparaison internationale, les chiffres suisses restent bas.

Il n’empêche que notre pays doit s’attendre à un nombre inédit de personnes sans emploi ces prochains mois. Les marques de la pandémie vont mettre du temps à s’inscrire dans les statistiques. Le nombre de chômeurs, définis comme les personnes ayant droit à des indemnités, a crû de plus de 50% depuis février 2019.

Les chiffres relatifs à la réduction de l’horaire de travail sont complexes à décrypter. Près de 800’000 personnes en bénéficiaient à la fin du mois de mai. Le dispositif de chômage partiel a permis, en théorie du moins, d’éviter un nombre important de licenciements. Près de 100’000 entreprises ont pu obtenir un soutien de l’assurance chômage pour payer les salaires, alors même qu’elles n’avaient pas suffisamment de travail à faire exécuter.

«Le nombre de laissés-pour-compte risque d’augmenter en raison d’une distribution toujours plus déséquilibrée des postes de travail au sein de la population.»

Que va-t-il advenir de ces personnes au cours de ces prochains mois? Cet outil s’est avéré plutôt efficace par le passé pour prévenir des licenciements. Qu’en sera-t-il dans les circonstances présentes? La croissance des sans-emplois parmi les personnes peu qualifiées, les jeunes primodemandeurs d’emploi et les travailleurs en fin de carrière doit nous préparer à l’idée d’une montée durable du chômage.

Le dispositif de prévoyance actuel est en mesure de soutenir la population sans revenu par le versement d’indemnités, mais pour une durée limitée. Et retrouver un emploi sera toujours plus compliqué à l’avenir.

Il est en effet à craindre que, comme le montrent les crises précédentes, le volume de sans-emplois ne descende plus en dessous d’un seuil, toujours plus élevé. En d’autres termes, le nombre de laissés-pour-compte risque d’augmenter en raison d’une distribution toujours plus déséquilibrée des postes de travail au sein de la population.

Innovation et investissements

Pour répondre à cette menace, des solutions innovantes doivent être réfléchies. Les plans d’investissement exceptionnel proposés ces dernières semaines constituent des occasions rares de penser l’avenir différemment. Des crises, il n’est souvent retenu que ses aspects négatifs. Certaines avaient créé des opportunités d’insuffler des dynamiques nouvelles.

Nous serions bien avisés de repenser notre relation au travail et à la place majeure qu’il a prise dans l’identité de l’individu. D’autres activités non rémunérées devraient aussi être valorisées. Les engagements en faveur de la collectivité, ceux créant du lien social, les travaux d’utilité écologique, les tâches éducatives et reproductives, les actions effectuées dans l’espace domestique, toutes actions non rétribuées alors qu’elles sont indispensables à notre développement.