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Portrait de Sandrine RudazLe rêve hollywoodien d’une «petite Valaisanne»

À seulement 27 ans, l’ancienne élève de la Haute École de musique de Lausanne a déjà percé dans la musique de film aux Etats-Unis.

Sandrine Rudaz sur les escaliers du Conservatoire de Lausanne.
Sandrine Rudaz sur les escaliers du Conservatoire de Lausanne.
Vanessa Cardoso/24 heures

Certains se cherchent une vocation de longues années durant sans toujours y parvenir. D’autres la trouvent dès leur plus jeune âge sans jamais chercher. C’est un peu le cas de Sandrine Rudaz, musicienne et compositrice de musiques de film, aujourd’hui expatriée en Californie où elle décrocha l’année passée un «Hollywood Music in Media Award» comme Lady Gaga ou Justin Timberlake avant elle… La Valaisanne de 27 ans a été happée vers sa passion par un synthétiseur sommaire. Elle avait moins de trois ans et n’en a pas gardé de véritables souvenirs mais de vieilles photos en témoignent. «Mon père, qui a été bassiste dans plusieurs groupes et reste amateur de musique, avait offert ce synthé à mon frère aîné mais je me suis jetée dessus et je l’ai monopolisé», explique en souriant la diplômée de la Haute École de musique de Lausanne (HEMU).

Une conseillère d’orientation désorientée

Ses parents ont eu la sagesse d’accompagner leur fille dans ses aspirations musicales sans la pousser. Elle leur en reste reconnaissante. À 3 ans, leur petite intègre l’initiation musicale du conservatoire de Sion. À 4, elle se met à y étudier le piano, un instrument qui la fascine «mystérieusement». «Sandrine avait une compréhension intuitive très poussée de la musique ainsi qu’une conscience aiguë de son niveau du moment, chose que je n’ai jamais revue même chez mes élèves professionnels. Son talent inné, couplé à une forte capacité à l’autodiscipline et à une modestie presque excessive la faisait sortit du lot. Pour elle, la musique était une joie quasi vitale», se souvient Rita Possa ancienne doyenne du Conservatoire de Sion qui fut sa professeure de piano de ses 4 à ses 21 ans.

Rapidement, le prodige en arrive à s’entraîner sept jours sur sept sans jamais supporter la moindre exception. «Ça m’a valu de louper pas mal de fêtes d’anniversaires mais je ne regrette rien. J’ai forgé là une rigueur indispensable à qui espère devenir professionnel…» Cette passion l’obligera aussi à renoncer à la danse et au patinage. Mais ces «sacrifices» n’en sont pas car ils sont guidés par le plaisir et puis la Valaisanne a été très tôt consciente qu’ouvrir une porte implique souvent d’en fermer une d’abord.

«La musique de film est moins technique que la classique mais plus susceptible de faire naître des émotions»

Vers 13 ans, elle se découvre un amour pour le cinéma. «J’ai compris avec des films comme «Amélie Poulain» et l’envoûtante B.O. de Yann Tiersen à quel point une musique pouvait souligner ou même générer une émotion. La musique de film est moins technique que la classique mais plus susceptible de faire naître des émotions. Je me suis mis à en composer avec l’envie d’en faire mon métier.» Les années passent et l’ado continue à se former tout en essayant de comprendre comment devenir compositrice de musique de film. La conseillère d’orientation à qui elle soumet cet épineux problème au sortir du Collège s’en trouve… désorientée. Il n’existe alors en effet aucune formation de ce type en Suisse.

De solides fondations lausannoises

En attendant, la Sédunoise s’expatrie vers la HEMU de Lausanne, «à la grande ville». «Là, j’ai touché à plein de domaines et cela a forgé mes bases théoriques tout en me conférant plus d’ouverture.» Nombre de ses camarades s’étonnent de ses ambitions. Certains prennent parfois même un peu la musique de film de haut. Sandrine Rudaz ne se laisse toutefois pas démonter. Elle trace son chemin avec une tranquille détermination. En marge de ses études pourtant touffues, elle se paie des cours de chant, de guitare et de musique assistée par ordinateur dans l’idée d’élargir sa palette pour la musique de film. Son futur mari Frédéric, connu au collège à 17 ans, est déjà dans le paysage et il la soutient efficacement. Aujourd’hui, il boucle un doctorat en économie à Stanford tout en négociant les contrats de sa belle.

Vanessa Cardoso/24 heures

Le couple s’est exilé aux États-Unis en 2017. Lui pour ses études et elle pour parfaire sa formation et développer son réseau à Seattle auprès de son mentor Hummie Mann, un cador de la musique de film ayant officié à Hollywood. «Quitter ma famille et mes amis pour me lancer dans l’inconnu était aussi excitant qu’effrayant. Mais lorsque nos dossiers ont été retenus avec Frédéric, on s’est dit qu’on regretterait toute notre vie de ne pas y aller…» Aujourd’hui, la musicienne ne regrette aucun de ses choix. Tous, explique-t-elle, ont été pris en bonne partie en écoutant son intuition. «J’ai la chance d’en avoir pas mal et de pouvoir m’y connecter même lorsqu’elle est cachée derrière de la peur. La musique m’y aide beaucoup je crois.»

Les dangereux mirages californiens

Aux États-Unis, la musicienne a appris à se vendre même si elle n’en a guère le goût. «Cela compte autant que le talent musical pur dans ce business.» Pour cela, elle fréquente les nombreuses soirées à Los Angeles où les membres de l’industrie du cinéma se retrouvent. «Ce sont des sortes de speed datings professionnels où des collaborations se nouent et dans lesquelles démarre parfois un bouche-à-oreille qui finira par vous amener vers la bonne personne des mois plus tard. C’est ainsi que mes premiers projets ont commencé et en ont généré de nouveaux jusqu’à aujourd’hui.»

Pour éviter les mauvaises rencontres, la Valaisanne se fait parfois escorter de son mari. Mais le plus souvent, elle compte sur ses valeurs de base «finalement très suisses»: authenticité, simplicité et respect. Lesquelles forment comme une barrière de protection invisible autour d’elle. «Aux USA, les gens ont le contact et le compliment faciles. Ils ont aussi peu de barrières mentales. Pour eux, un échec c’est surtout un échelon de plus vers le succès», s’enthousiasme l’artiste. En même temps, celle qui a choisi de vivre entre Stanford et Los Angeles voit cette mégalopole comme «le cœur de l’artificiel et du paraître» étasunien. Y perdre son âme et ses valeurs est un piège dans lesquels beaucoup tombent. Sandrine Rudaz en est consciente et parvient à l’esquiver. «Au fond, je suis toujours la petite Suissesse simple tombée amoureuse de son clavier à l’âge de trois ans», conclut celle qui espère bien un jour rentrer travailler au pays.

3 commentaires
    Piero Gujemet

    Impressionnant, c’est une chance d’avoir une passion comme ça...y’en a qui ont des vies intéressantes, quand même...