Votre navigateur est obsolète. Veuillez le mettre à jour avec la dernière version ou passer à un autre navigateur comme ChromeSafariFirefox ou Edge pour éviter les failles de sécurité et garantir les meilleures performances possibles.

Passer au contenu principal

AboLe Royaume à Genève
À quoi servent vraiment les youtubeurs?

Le Royaume du web, en 2018, à Palexpo. En 2023, la manifestation a été rebaptisée le Royaume, tout court.
Abonnez-vous dès maintenant et profitez de la fonction de lecture audio.
BotTalk

Pour commencer, un exemple pêché parmi les milliers de vidéos publiées sur internet. Voici Amixem. Tout porte à croire que ce jeune trentenaire a réussi dans la vie. Son créneau? Le déballage de colis perdus. Face caméra, Amixem (Maxime pour les intimes) ouvre les paquets en y ajoutant force commentaires volontiers scabreux. Tiens, un thermomètre rectal. Et ceci, n’est-ce point une tapette à fesses avec des menottes?

La communauté des spectateurs est aux anges. Selon le compteur de la plateforme YouTube – invérifiable par conséquent –, cela fait 3'992'252 vues rien que pour cette séquence publiée le 18 juin 2023. Voilà pour sûr un «gros youtubeur», comme aime à se qualifier lui-même ce Lyonnais né en 1991, actif également sur TikTok, Instagram et Twitch.

Une précision encore: avant de procéder au déballage, ledit créateur de contenus n’oublie pas de mentionner qui sponsorise sa vidéo. La marque est bien visible à l’écran et le produit présenté en détail. Le divertissement peut commencer.

Le contenu qui place des cookies supplémentaires est affiché ici.

À ce stade, vous trouverez des contenus externes supplémentaires. Si vous acceptez que des cookies soient placés par des fournisseurs externes et que des données personnelles soient ainsi transmises à ces derniers, vous devez autoriser tous les cookies et afficher directement le contenu externe.

Ici vient le Royaume. De quoi s'agit-il? Une sorte de Paléo des smartphones, un Montreux Jazz des VRP numériques, présentés en chair et en os sur une même scène. Curieuse idée, a priori. Amixem sera de la partie, ainsi qu’une quarantaine d’autres animateurs du web. La première édition s'est tenue en 2017 à Genève, dans les hangars de Palexpo. Après trois années et un succès public galopant, puis trois ans de pause Covid, le Royaume fait son grand retour du 29 septembre au 1er octobre.

L'enjeu du Royaume reste probablement sans intérêt pour l'ancienne génération. Mais pas pour les 12-25 ans, public cible de l’événement. Pas moins de 10'000 visiteurs sont attendus sur les trois jours, déclinés en deux volets, les après-midi pour les enfants et les ados, les soirées pour les jeunes adultes. Où notre génie des cartons partagera la vedette avec Tibo InShape, le roi de la musculation, L’atelier de Roxane et ses conseils cuisine, ainsi que Le Grand JD, un Genevois celui-là, amateur de maisons hantées. Et Furious Jumper encore, Denyzee, Lorenzo, Mosimann, comme Akamz…

Des jeux vidéo, des vidéos gags, du sport aussi, voire des bribes d’infos, parfois. Surtout, du divertissement. Et du marketing. Les soap operas des Trente Glorieuses usaient des séries télé pour vendre des savonnettes. Les youtubeurs de l’an 2023 se lancent des défis trampoline en promouvant des produits de beauté.

«On a l’impression que l’internet francophone est gigantesque. Ce n’est pas le cas. En 2023, ils ne sont guère plus d’une centaine capables de déplacer les foules.»

Bertrand Saillen, directeur du Royaume, à Palexpo.

Pourtant, tout n'est pas rose dans l'affaire. Dans le monde des influenceurs, les millionnaires à qui on voudrait ressembler restent l'exception. Pour les autres, les 150'000 créateurs estimés en France par l'Union des métiers de l'influence et des créateurs de contenus, le quotidien est précaire et les perspectives professionnelles aléatoires. Rappeler alors la baisse progressive des placements de produits. Également les mesures envisagées par le gouvernement français, arguant qu'il s'agit là d'un marché publicitaire à réguler prestement.

Ce portrait nuancé des youtubeurs, nous l'entendons à présent de la bouche de Bertrand Saillen, directeur du Royaume. Patron de Mediaprofil, à Vevey, lui-même spécialisé dans la production visuelle, il éclaire notre lanterne sur les destins contrariés, parfois merveilleux, des animateurs du web.

Bertrand Saillen.

Un salon consacré aux stars de YouTube, c’est unique en Suisse?

Ce type d’événement est nouveau. Comme c’est le cas, en France, du GP Explorer, lancé en 2022 par le vidéaste Squeezie: les invités pilotent des Formule 4 sur le circuit du Mans. J’y étais, parmi 80'000 spectateurs. Hallucinant.

Les invités sont les mêmes qu’au Royaume à Palexpo?

En partie. On a l’impression que l’internet francophone est gigantesque. Ce n’est pas le cas. Des personnalités à même de nourrir un gros événement, on en comptait une cinquantaine en 2017. En 2023, ils ne sont guère plus d’une centaine capables de déplacer les foules.

Que proposent-ils dans le cadre du Royaume?

Le public ne vient pas seulement pour faire des photos et des dédicaces. On développe l’aspect scénique. Cette année, Amixem cartonne avec ses colis perdus. Pour le Royaume, il m’a demandé une cinquantaine de colis, que l’on découvrira en live. On présente également les coulisses du métier, en particulier la production vidéo. Sont prévues des discussions sur les difficultés du business, de l’entrepreneuriat, comment développer une marque. Des niches plus poussées se dessinent. La grande tendance, c’est la création de thé vert matcha. Des échanges sont prévus avec le public, pour aborder notamment la santé mentale. Consommer du TikTok huit heures par jour reste un problème. Il s’agit d’inciter le public à mieux sélectionner les contenus, plutôt que de tout bouffer.

S'inquiéter de l'abus d'écran, n’est-ce pas paradoxal pour qui se doit de capter un maximum de consommateurs?

Le problème concerne également les créateurs qui se trouvent eux aussi dans cette situation de dépendance.

«Soyons honnêtes: derrière tous les grands créateurs de contenus, il y a des entreprises, des équipes et des moyens conséquents.»

Bertrand Saillen, directeur du Royaume

Quel intérêt de voir ces gens en vrai, puisque le lien est déjà établi via les écrans?

Il y a une telle identification qu’elle devient plus forte encore. Le public est heureux de les voir autrement que derrière un écran. Après tout, ce pourrait être une intelligence artificielle.

S'intéresser aux coulisses, c’est dans l’intention de faire pareil?

Beaucoup de jeunes ont ce rêve. Mais soyons honnêtes: derrière tous les grands créateurs de contenus, il y a des entreprises, des équipes et des moyens conséquents. Des exceptions existent, comme le Grand JD, qui monte seul ses vidéos. Mais le Royaume vaut aussi comme tremplin, comme ça a été le cas pour Léna Situations en 2019. La programmation est constituée de dix têtes d’affiche pour 30 nouveaux créateurs. 

Ce qui avait du succès en 2017 est-il encore à la mode en 2023?

Les demandes évoluent très vite. Il y a six ans, ce sont les réactions face caméra qui avaient du succès, les gags, les sketchs de Cyprien ou de Norman, inspirés par le stand-up. La tendance a évolué vers de très gros concepts, avec de gros moyens. Avec TikTok, enfin, on est sur des formats beaucoup plus courts, plus «buzz». Avant, les créateurs formaient comme une colonne vertébrale. En 2023, leur nombre a explosé. Rien que pour la Suisse, je peux citer 30 créateurs présents sur TikTok, de Zlefino qui peint des montagnes à Naswyn qui joue avec sa voix grave.

«Si on demande à n’importe quelle personne se rendant au Royaume pourquoi elle consomme ces contenus, la réponse reste simple: pour le divertissement.»

Bertrand Saillen, directeur du Royaume

Exception faite des stars telles que Léna Situations, quelle est l’espérance de vie d’un youtubeur?

Des participants à l’édition 2017 du Royaume, plusieurs ont disparu, mais d’autres perdurent, et bien. Créer du contenu régulièrement peut devenir rébarbatif, que ce soit du divertissement ou du lifestyle. À chaque créateur, sa communauté qui attend un truc précis. Certains ont réussi à proposer de nouveaux contenus. D’autres, en cherchant du neuf, ont été lâchés par leur communauté.

De la réussite d'une caste limitée, on a tendance à faire une généralité?

Clairement. Parmi les invités du Royaume en 2023, la moitié vit très bien, grâce à la monétisation YouTube, aux partenariats commerciaux avec les marques et à leur participation à des événements. Cela dit, même avec 4 millions d'abonnés YouTube, Le Grand JD ne roule pas sur l’or. Dans son cas, les coûts de production sont importants.

Alors, à quoi servent vraiment les créateurs de contenus?

Si on demande à n’importe quelle personne se rendant au Royaume pourquoi elle consomme ces contenus, la réponse reste simple: pour le divertissement.

Les aînés ont une vision trop négative des youtubeurs?

Qui est due à la consommation de leurs enfants, leur dépendance au téléphone. Cette critique était moins forte en 2017, elle s’est accentuée depuis 2019. On arrive à certaines limites, à ne pas dépasser pour que les gens se sentent dans un bon équilibre.

Le Royaume, du vendredi 29 septembre au dimanche 1er octobre, Palexpo, Genève. Infos: le-royaume.ch