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Salon du livre de Genève 2020Le Salon du livre devient festival et squatte la ville

La manifestation déserte Palexpo pour cause de Covid-19 et essaime, de mercredi à dimanche, dans 40 lieux genevois: librairies, musées, théâtres, universités, cafés…

La nouvelle directrice du Salon du livre est coutumière de l’organisation de foires et a déjà fait ses armes auparavant à Palexpo.
Natacha Bayard.
La nouvelle directrice du Salon du livre est coutumière de l’organisation de foires et a déjà fait ses armes auparavant à Palexpo.
Lucien FORTUNATI

Les foires en 2020 ont la vie dure. Impossible d’agglutiner des milliers de personnes dans une immense halle et de charger les bus à bloc pour les y conduire. Comme les autres grands raouts de Palexpo, le Salon du livre (SDL) doit se réinventer sous la pression sanitaire. Une pirouette virtuose, et voici le bastringue tonitruant transformé en délicat quatuor à cordes. Lectures, débats, rencontres et dédicaces sont proposés cette année dans une quarantaine de lieux genevois et dévolus - sur réservation impérative - à une poignée de gens à la fois.

«Il a fallu prendre une décision dans le courant du mois de juin, rapidement, sur la base de ce que nous avons vécu au printemps, et nous avons décidé de ne pas maintenir le Salon du livre dans sa forme habituelle. Il fallait inventer une autre formule pour l’automne», commente Natacha Bayard, la nouvelle directrice de la manifestation, qui essuie là son baptême du feu. «C’est compliqué car pour nous, dans l’événementiel, la rencontre et l’échange sont au cœur de notre métier.»

Librairies en lumière

Rencontres et échanges, il y aura donc. En petits comités, pour des raisons sanitaires. Et en tenant compte de la réalité économique induite par la pandémie. En effet les éditeurs, comme tous les acteurs du monde du livre, sont mis à mal par le Covid. Parutions différées, librairies fermées, livraisons impossibles ont grevé leur trésorerie. Compliqué pour eux d’investir cette année des sommes rondelettes dans la location d’un stand si le SDL gardait son fonctionnement usuel.

L’idée d’atomiser la manifestation dans divers lieux de la ville permettait de remplir les deux objectifs. Musées, théâtres, librairies, hôtels, restaurants et cafés accueillent des animations chez eux et trouvent leur intérêt dans le brassage de clients. «Nous sommes ravis de collaborer avec de nouveaux partenaires culturels, et plus étroitement encore avec les libraires, très impliqués cette année. Les éditeurs ont certes moins de visibilité directe dans ce format, mais nous espérons que tous les acteurs de la chaîne du livre pourront en tirer bénéfice», note Natacha Bayard.

D’une foire d’éditeurs, le Salon de Genève devient un festival consacré à l’écrit et aux auteurs - à l’instar du Livre sur les quais, à Morges. La directrice commente: «Cette formule est une manière de célébrer le livre et de nous ouvrir aux publics des institutions qui nous accueillent.» La formule sera-t-elle du coup plus élitiste? «Au contraire. Nous cherchons à attirer le grand public et nous ne nous cantonnons pas dans des lieux culturels. Le restaurant de Pro Juventute, Un R de famille, recevra les enfants et les jeunes; l’Université populaire nous accueille; «le livre en partage» est un module d’échange entre un passionné de l’écrit et un passant autour d’un de ses livres coup de cœur», énumère la directrice.

Plans pandémie ciblés

Côté coronavirus, les organisateurs ont dressé un plan de protection spécifique à chaque endroit. Ils scrutent au jour le jour les annonces des autorités sanitaires et agitent leurs grigris pour éviter que le confinement ne vienne saper leurs efforts. Port du masque obligatoire partout pour les visiteurs, en plus des précautions habituelles de friction des mains au gel hydroalcoolique et de maintien des distances entre les gens. Quant aux intervenants, les organisateurs se plieront aux instructions du médecin cantonal. Natacha Bayard: «Nous avons une réunion lundi, afin de voir si les nouvelles consignes annoncées vendredi dernier par le Conseil d’État modifient quelque chose pour nous. Je ne pense pas mais le cas échéant, nous nous adapterons.»

Pour ce qui est de l’organisation, tout est chamboulé dans cette nouvelle mouture: la logistique, le fonctionnement, le budget. «Ce format différent est possible grâce au soutien de la Fondation pour l’Écrit et ses partenaires», résume la responsable. Aucune rentrée d’argent en effet, puisque tous les événements (ou presque) sont gratuits. Les modules en petits groupes devraient bien convenir aux rencontres avec les écrivains et aux séances de dédicaces. Les débats auront des airs de causerie et les visiteurs prendront sûrement plaisir à pousser la porte d’espaces qui leur sont habituellement fermés, comme les coulisses d’une maison d’édition (Zoé et La Baconnière).

Et si les Genevois adoraient ça? S’ils se laissaient séduire par ce format plus intime? Un retour dans la grande halle bétonnée de Palexpo pourrait alors leur causer une vive déception. «Nous nous sommes adaptés à la situation extrêmement particulière de cette année, souligne Natacha Bayard. Nous misons donc pour l’heure sur un retour du Salon du livre à Palexpo en avril 2021, avec les éditeurs comme exposants.»

Salon du Livre en ville, du mercredi 28 octobre au dimanche 1er novembre. Programme complet sur: www.salondulivre.ch