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PatrimoineLe service Napoléon s’expose au château de Nyon

Composé de 106 pièces, le set en porcelaine orné de paysages suisses est présenté pour la première fois au public dans un écrin de choix.

Le glacier de Grindelwald orne  cette glacière offerte avec plus de cent autres pièces par Napoléon à la Suisse.
Le glacier de Grindelwald orne cette glacière offerte avec plus de cent autres pièces par Napoléon à la Suisse.
Nicolas Lieber / Musée historique de Nyon

La finesse de la porcelaine et le prestige du mariage entre l’or et le bordeaux confèrent une majestueuse unité au service de Napoléon qui a pris ses quartiers au château de Nyon. Sa spécificité? Les pittoresques «vues suisses» qui se déclinent sur plus de cent unités, dont 72 assiettes. «Cela illustre tout un imaginaire autour de la Suisse, qui était perçue à l’époque comme un pays très pur, relève le conservateur Vincent Lieber. L’eau est très présente.» Comme sur cette glacière portant l’illustration du glacier de Grindelwald ou cette jatte à fruits bordée d’une vue de Schaffhouse surplombant le Rhin. «Ma préférée c’est cette assiette avec l’Hospice du Saint-Bernard avec ces tons bleus et gris qui font ressortir le blanc de la porcelaine pour la neige», confie l’historien de l’art. Tous ces paysages trouvent leur origine dans les gravures des «Tableaux de la Suisse», rédigés par un officier helvétique à la cour de France et ont été réalisés de haute facture. Ce qui en fait la pièce maîtresse de la nouvelle exposition permanente du musée. «Il y a tout: l’esthétique et la qualité!»

Sur cette assiette figurant l’Hospice du Saint-Bernard, la translucidité de la porcelaine rappelle la cristallinité de la neige.
Sur cette assiette figurant l’Hospice du Saint-Bernard, la translucidité de la porcelaine rappelle la cristallinité de la neige.
Nicolas Lieber / Musée historique de Nyon

Et même un croustillant morceau d’histoire qui se déroule en 1804. Pour élégamment rappeler à Napoléon de s’acquitter de la dette pécuniaire que la France avait contracté auprès de la Suisse, la République helvétique a fait don de vaches laitières à l’impératrice Joséphine, connue pour sa passion des animaux exotiques. En retour, Bonaparte a offert ce prestigieux service de dessert au chef d’État de l’époque, le landammann Nicolas Rodolphe de Watteville. D’une valeur largement supérieure à celle des bovidés, l’étincelante porcelaine a servi de poudre aux yeux, visant à poliment repousser le remboursement aux calendes grecques.

Aux mains des descendants

Cet ensemble doit aussi sa rareté au fait que les 106 pièces ont miraculeusement traversé les époques sans finir en tessons. Et ce sur neuf générations de Watteville. C’est l’une des descendantes qui a entrepris de tout racheter, objet par objet, à ses cousins. À l’exception de 13 éléments qui ont atterri au Musée historique de Berne. Il faudra encore deux ans de négociations à Vincent Lieber pour convaincre la propriétaire de cette collection privée de l’offrir au regard des visiteurs.

Les restes d’une colonne romaine à Avenches apparaissent dans cette pastorale.
Les restes d’une colonne romaine à Avenches apparaissent dans cette pastorale.
Nicolas Lieber / Musée historique de Nyon

Ces derniers peuvent également découvrir une pièce unique de «singerie» produite par la manufacture de Nyon (lire encadré). On trouve cette scène comique avec des singes peinte sur une caissette pour oignons de fleurs qui trônait sur l’une des cheminées du château d’Hauteville, bâti sur la Riviera. «C’est le seul exemplaire qu’on connaît, note Vincent Lieber. Ils avaient une qualité de porcelaine qui était incroyable.» Ce qui a porté la renommée de la petite entreprise de 20 à 30 collaborateurs jusqu’à Londres, Naples ou Saint-Pétersbourg.

S’adapter sans sacrifier la qualité

Au fil de l’exposition, de délicates pièces de vaisselle témoignent des tendances qu’ont dû suivre les dirigeants de la manufacture. Attirant immédiatement le regard, le pot à eau décoré d’une scène de naufrage illustre le succès du roman «Paul et Virginie». Les modes se dessinent oscillant entre les bouquets de fleurs, l’esthétique épurée du néoclassicisme et le goût de l’exotisme. Mettant à l’honneur autant la Chine que le Japon, il a notamment fait grimper la production de services à boisson du moment que les gens aisés s’étaient mis au thé, chocolat et café.

Manipuler cet or blanc requiert un sacré tour de main. Pour que le public puisse s’en rendre compte, un film présente la porcelaine en 10 leçons. On y découvre le travail des tourneurs, modeleurs, brunisseurs, peintres et autres spécialistes qui préservent ce savoir-faire quotidiennement. «Il y a ce geste fantastique quand l’artisan fabrique la pièce et qu’elle se réduit», admire Vincent Lieber, qui a collaboré à cette nouvelle muséographie avec la scénographe Raphaèle Gygi, la restauratrice de porcelaines Hortense de Corneillan et l’historien Roland Blaettler, ancien conservateur de l’Ariana à Genève et auteur d’un volume de «Ceramica CH» sur les fabriques de céramique fine à Nyon. Le résultat titille la curiosité. Au sein des murs du château, les objets du patrimoine et les animations se répondent tour à tour pour évoquer les curiosités de cet art de la table si particulier.

Visite commentée les 1er nov. et 6 déc. à 16h. Atelier d’écriture les 15 et 22 oct à 18h30. Sur inscription. Ouvert de 10h à 17h jusqu’au 31 oct. puis de 14h à 17h. Fermé le lundi. Entrée: 8 francs (ou 6) et gratuit jusqu’à 16 ans.

www.chateaudenyon.ch