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AboPortrait de Gilles Allali
Le spécialiste de la mémoire avoue oublier souvent ses clés

 Gilles Allali, directeur du Centre Leenaards de la mémoire au CHUV.
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Ceux qui ont lu «L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau» se souviennent sûrement de ces passionnants récits de consultations mettant en scène la relation particulière d’interdépendance se tissant entre le praticien et son malade, loin de celle, obsolète, du docteur tout-puissant et de son patient vassalisé.

Fasciné depuis toujours par le système nerveux, Gilles Allali cite volontiers l’essai du médecin Oliver Sacks comme l’ouvrage fondateur de son attrait pour le métier de neurologue. «Ma mère me l’avait mis entre les mains, ça avait aiguisé ma curiosité», commente le professeur de l’UNIL et directeur du centre Leenaards de la mémoire, un service du CHUV spécialisé dans le diagnostic et la prise en charge des pathologies neurodégénératives. «À 44 ans, je fais encore partie des «jeunes» médecins. Je n’ai jamais expérimenté la situation du médecin omniscient. Je considère du reste qu’il est dangereux d’avoir des certitudes. C’est avec les patients qu’on a des idées, qu’on comprend.»

Le spécialiste de la cognition et de la mémoire annonce du reste clairement la couleur: «Je dis souvent à mes patients que je me trompe. La neurologie est une discipline qui nécessite beaucoup d’humilité… Il y a tant de choses qu’on ne sait pas.» Des patients, il en voit beaucoup: près de 1500 par année dans son centre. «J’ai la chance de pouvoir partager mon temps entre la clinique, la recherche et l’enseignement. Je consulte énormément, ça prend du temps, mais j’adore ça!»

Aller à l’essentiel

C’est au contact de Frédéric Assal, responsable de l’Unité de neuropsychologie et neurologie comportementale des HUG, qu’il affine sa pratique en matière de  consultation. «Il a un sens clinique au-dessus de la moyenne. C’est en l’imitant que j’ai appris à me contraindre sur le plan temporel, de réduire la durée de mes rendez-vous avec mes patients. Ceci pour aller à l’essentiel et affiner la pertinence de mon diagnostic.» «Il ne faisait pas partie de ceux qui posaient le plus de questions, mais je sentais qu’il observait énormément, se souvient de son côté le médecin de l’hôpital genevois. Contrairement à beaucoup d’autres médecins, il est ouvert à apprendre des autres, à leur soutirer des bonnes pratiques. C’est indéniablement une qualité.»

«Gilles s’attache au contenu et non au contenant. Il a un souci du détail en termes de connaissances et de sciences qu’il n’a pas pour son apparence.»

André Zacharia, neurologue et ami de longue date

Cheveux en bataille et blouse blanche sur le dos, Gilles Allali reçoit dans son bureau dépouillé du CHUV. Seules les photos de ses trois enfants égaient la pièce. Quand il s’exprime, le professeur monte le volume de sa voix sur certains mots, comme pour capter l’attention d’un auditoire et faire taire les éventuels chuchotements. Un ton magistral qui tranche avec les rotations et loopings qu’il fait subir à son marteau à réflexes depuis le début de l’entretien. «Cet outil résume bien ce qui me passionne dans la neurologie: avec un examen d’une simplicité confondante, on est capable d’extrapoler sur le fonctionnement du cerveau.» «Gilles s’attache au contenu et non au contenant, commente son ami de longue date, le neurologue André Zacharia. Il a un souci du détail en termes de connaissances et de sciences qu’il n’a pas pour son apparence.»

Physicien ou médecin

Fils d’un physicien et d’une professeure de lettres tous deux Juifs tunisiens, Gilles Allali est né et a grandi à Genève, où ses parents se sont rencontrés des années auparavant. «Comme beaucoup d’autres, ils ont fui leur pays au début des années 1960, quand les Juifs se faisaient assassiner en Algérie voisine.»

Le futur neurologue hésite entre une carrière de physicien ou de médecin et entreprend même d’étudier les deux disciplines, avant de se raviser et de choisir médecine. Tout comme sa sœur de 5 ans sa cadette, Danièle, devenue immunologue. «J’ai grandi dans un milieu favorisé. Si mes parents n’avaient pas quitté leur pays, je n’aurais pas eu accès aux mêmes études, et ne serais certainement pas au poste que j’occupe aujourd’hui.»

«Les enfants ont une naïveté totale dans l’approche des choses que l’on perd en grandissant et qui m’est utile pour poser mes diagnostics. Souvent, leurs observations sont pertinentes.»

Gilles Allali, neurologue

Séparé, il consacre son temps libre à ses trois enfants: Tsiporah (2 ans), Yonathan (6 ans) et Salomé (9 ans). «C’est une chance et une protection de les avoir, parce qu’ils m’obligent à lâcher mon travail. Même si je leur en parle énormément parce qu’ils me posent constamment des questions sur ma journée! Ils ont une naïveté totale dans l’approche des choses que l’on perd en grandissant et qui m’est utile pour poser mes diagnostics. Souvent, leurs observations sont pertinentes.»

Trouble attentionnel

Au contact de ses enfants, Gilles Allali s’émerveille comme un père, mais aussi comme un neurologue. «Vous avez devant vous le développement du cerveau en action! Mon fils apprend à lire en ce moment. On peut trouver cela génial sans comprendre les processus. Mais quand on a cette connaissance de la façon dont la lecture se met en place, c’est d’autant plus impressionnant à observer!» Parfois, son expertise le frustre aussi. «Dimanche, nous sommes allés voir les ours à Berne. Lorsque l’oursonne a fait son entrée, les gamins étaient hystériques! Or, je sais bien que Tsiporah, qui n’a que deux ans, ne gardera aucun souvenir de cette scène.»

«J’oublie tout le temps mes clés! La dernière fois je suis resté coincé devant chez moi… Elles étaient restées sur la porte, dans la serrure!»

Gilles Allali, neurologue

En tant que spécialiste de la mémoire, le neurologue est-il moins sujet aux caprices de la sienne? «Pas tu tout! J’oublie tout le temps mes clés! La dernière fois je suis resté coincé devant chez moi… J’ai dû attendre qu’une voisine rentre… Elles étaient restées sur la porte, dans la serrure! Ce n’est pas du tout original, c’est un trouble attentionnel qui arrive à beaucoup de monde à cause de la fatigue ou qu’on pense à autre chose de plus important. Mais les clés, c’est important! Ne pas les retrouver peut vraiment vous mettre dans l’embarras!»

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