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EspionnageL’Espagne aurait mis sur écoute des séparatistes en Suisse

L’État espagnol aurait mis sur écoute au moins une séparatiste catalane en Suisse, sans l’autorisation des autorités helvétiques.

Le téléphone de l’ancienne députée catalane Anna Gabriel aurait été espionné en Suisse par le gouvernement espagnol (archives).
Le téléphone de l’ancienne députée catalane Anna Gabriel aurait été espionné en Suisse par le gouvernement espagnol (archives).
KEYSTONE/SALVATORE DI NOLFI

Les téléphones de séparatistes catalans auraient été infiltrés et écoutés par l’Espagne. Parmi les victimes, l’ex-députée Anna Gabriel, réfugiée à Genève. «Nous allons sûrement entreprendre des démarches en Suisse ou en Espagne», a dit mardi à Keystone-ATS son avocat.

Révélée lundi par le quotidien britannique «The Guardian», l’affaire est liée à un logiciel malveillant vendu par le groupe israélien NSO seulement à des gouvernements pour tracer des «terroristes et «des criminels», selon cette entreprise. «Nous avions des soupçons», a dit l’avocat d’Anna Gabriel, Olivier Peter. «Étant donné que les services de renseignement espagnols ne les nient pas, cela confirme selon nous» l’authenticité de ces écoutées présumées.

Des chercheurs qui œuvrent avec le groupe de messagerie WhatsApp avaient informé il y a un an Mme Gabriel de cette intervention. «Je ne vois pas d’autre État intéressé» à écouter l’ancienne élue catalane, dit M. Peter. «Cela confirme une persécution de certaines composantes des autorités espagnoles» contre elle.

Selon l’avocat, si les autorités espagnoles n’ont pas lancé une demande d’entraide à la Suisse pour de tels actes, «il devra y avoir l’ouverture d’une procédure pénale». Ces actes devraient être poursuivis d’office, ajoute-t-il.

«Politiquement», si l’État espagnol a écouté un téléphone en Suisse sans autorisation, «je trouve cela problématique et ce serait illégal», affirme Me Peter. Le Ministère public de la Confédération (MPC) dit lui ne mener «pour l’heure aucune procédure pénale dans le contexte indiqué».

De son côté, l’Office fédéral de la justice (OFJ) laisse entendre ne pas avoir autorisé ces écoutes, même s'il ne répond qu’indirectement. Il dit pouvoir, à la demande d’un État étranger, ordonner une surveillance pour établir où se trouve une personne poursuivie.

Aide exclue pour un délit politique

Mais cette situation requiert une «demande d’arrestation en vue d’extradition qui a des chances d’être accordée». Or, elle est impossible «si les délits en question ne seraient pas punissables selon le droit suisse ou sont des délits politiques ou militaires», précisément ceux qui sont reprochés à l’ancienne parlementaire. «L’existence d’une recherche en vue d’extradition est confidentielle», ajoute encore l’OFJ.

Ancienne députée catalane, Anna Gabriel avait quitté l’Espagne il y a plus de deux ans pour se réfugier à Genève après le référendum controversé dans sa région. La justice espagnole avait lancé début 2018 un mandat d’arrêt pour «rébellion, sédition et malversation de fonds».

Plus de 100 personnes

Outre Mme Gabriel, l’actuel président du Parlement catalan et un autre séparatiste auraient été visés par les écoutes. Interrogé par le Guardian, les services de renseignement espagnols ne répondent pas sur les allégations mais affirment «œuvrer en pleine conformité avec le système légal».

Le bureau du chef du gouvernement espagnol affirme «n’avoir aucune indication» que les téléphones des trois responsables catalans auraient été infiltrés. Il ajoute que ce dispositif aurait dû bénéficier d’une autorisation judiciaire.

Plus de 100 responsables gouvernementaux, activistes et dissidents de plusieurs pays auraient été affectés. Ces cyberattaques auraient eu lieu il y a un an sur deux semaines. Une fois dans le téléphone, tout le contenu est accessible aux malfrats.

La messagerie américaine a porté plainte aux États-Unis contre NSO. Le groupe israélien dément lui toute responsabilité et précise que seuls les clients pilotent les technologies qu’il leur vend.

ATS/NXP