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L’invitéeLe télétravail ou l’histoire d’un revirement spectaculaire

Françoise Piron se réjouit que le travail à distance entre dans les mœurs, favorisant l’égalité des chances entre femmes et hommes.

Tout au début du mois de mars dernier, je me suis retrouvée dans l’Intercity en direction de Genève à une heure de pointe. Comme à l’accoutumée, il était bondé. Un constat dont j’ai fait part à mon voisin de siège. Quand il m’a expliqué qu’il faisait ce trajet depuis dix-huit ans, je lui ai demandé s’il avait déjà envisagé de travailler à distance depuis chez lui, un ou deux jours par semaine. «Je voudrais bien, mais mon employeur ne veut pas, ce n’est pas dans l’esprit de l’institution», m’a-t-il répondu.

Je serais curieuse d’entendre ce fameux employeur aujourd’hui sur ce sujet, car depuis lors le travail à distance s’est organisé en un temps record dans de nombreux secteurs économiques afin de faire face à la crise du Covid-19. L’urgence de la situation a généralisé cette mesure pourtant connue depuis longtemps, mais jusque-là assez peu mise en pratique.

«Les femmes ont encore tendance à envisager en premier lieu une baisse de leur pourcentage d’activité lorsque qu’elles ont des enfants»

En effet, jusqu’à cet engouement forcé généré par le confinement, les spécialistes des questions liées à la mixité avaient bien tenté d’expliquer que le télétravail était un moyen privilégié de parvenir à une meilleure égalité des chances entre les femmes et les hommes, notamment au niveau de la carrière. Il est particulièrement bien adapté à celles souhaitant conserver un taux à plein temps dans le but de progresser dans leur parcours, tout en conciliant leur aspiration professionnelle avec leur vie de famille. Car les femmes ont encore tendance à envisager en premier lieu une baisse de leur pourcentage d’activité lorsque qu’elles ont des enfants. Cette réduction a des conséquences sur le développement de leur carrière. Ainsi, le télétravail permet de conserver un taux d’activité élevé, cela même pour des postes d’encadrement.

Maintenant, un changement total de paradigme émerge. Nous entendons dans les médias des témoignages de cadres et dirigeants, majoritairement masculins, vantant les mérites du télétravail. Ils semblent le découvrir, apprécier ce gain de temps, d’espace, d’économie de surface de bureaux, et j’en passe. Mieux vaut tard que jamais, dit-on.

Pas de retour en arrière

Toutefois, permettez-moi de sourire à ce flot d’éloges subit! Lorsqu’il s’agissait de promouvoir le télétravail en vue de faciliter l’ascension des femmes à des postes à responsabilités, nombreux me répondaient que cette mesure était trop chère, compliquée à mettre en place, pas assez sûre, etc. À présent, les administrations publiques et même les écoles n’ont pas échappé à ce phénomène et se sont organisées en conséquence. Nous ne pourrons plus revenir en arrière.

Pour ces raisons, je lance concrètement un appel aux employeurs afin d’ancrer cette mesure une fois pour toutes dans les habitudes. Commençons par recenser ces bonnes pratiques, et dorénavant mentionner systématiquement dans les offres d’emploi, lorsque le poste le permet, la possibilité de travailler à domicile. Du reste, j’avais déjà déposé un postulat en ce sens début mars à la Ville de Lausanne. Modifions nos habitudes dès maintenant pour un mode du travail plus durable dès demain!

2 commentaires
    Jacques Gaillard

    Une mienne nièce vivant dans un pays vraiment confiné (une heure de sortie par jour maximum, ticket de caisse en poche pour prouver l'heure à laquelle elle avait fait ses achats) a vécu l'expérience du télétravail avec deux enfants en bas âge. Précisons que son mari est en déplacement en différents points du pays à 400 ou 500 km toute la semaine et que sa mère était bloquée par le même confinement à 200 km. de là: personne pour l'aider.

    En gros, ça a été: de 6 à 21 heures, enfants, ménage, nettoyage, repas etc. avec trois ou quatre heures de télé-travail parsemées ci et là comme elle pouvait, et de 21 heures à une heure du matin suivant, le solde des heures de travail qu'elle devait à son employeur. Et le lendemain à 6 heures… À la fin de l'exercice (11 semaines), elle était "à ramasser à la petite cuillère", la pauvre.

    Alors Madame Piron a globalement raison, mais il faudra faire quelques aménagements complémentaires. Sinon, j'imagine mal la vraie progression professionnelle promise par le télétravail pour les jeunes mères.