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ÉditorialLe théâtre à la rue

En période de crise, on se concentre sur l’essentiel, un noyau dur souvent assimilé aux questions économiques. À ce jeu-là, le monde des arts de la scène du canton de Vaud a tôt fait d’estimer qu’il fait partie des oubliés de la crise pandémique, rappelant ce que le monde du travail et l’attractivité des villes lui doivent, directement ou indirectement.

Lire aussi: Le monde de la scène veut être un acteur et non pas une victime

Passé un moment de désarroi et de jonglerie avec des complications administratives indispensables à sa survie, le voilà quittant ses planches habituelles pour faire irruption dans la vie politique et réclamer un peu plus d’attention. Des coups d’éclat sont programmés, une nouvelle association fédérant les compagnies est créée. La scène vaudoise s’élargit et l’on ne se plaindra pas que le monde du théâtre fasse du monde son théâtre.

«Le Covid ne peut pas devenir l’éponge avec laquelle on efface une ardoise déjà ancienne»

Mais, une fois de plus, le Covid révèle plus qu’il ne frappe. Le virus a ainsi dévoilé la fragilité d’une scène pléthorique où nombreux sont ceux qui tiraient la langue déjà avant la crise sanitaire. Il a surtout souligné une scène mal organisée, voire désunie, où l’individu l’emporte trop souvent sur le collectif, où la chasse aux subventions rend difficile la cohésion nécessaire à un dialogue de fond avec les autorités. Alors que de nombreux corps de métier peuvent compter sur des faîtières fortement structurées et en capacité de faire entendre leur voix, les arts vivants peinent à articuler la leur…

Cet état de fait semble sur le point d’évoluer. Dans cet apprentissage des règles du lobbyisme, les premières prises de parole sont véhémentes et il est heureux qu’elles le soient, mais elles auraient tort d’oublier ce qu’elles doivent à une situation qui met la société entière dans l’embarras – et l’on rappellera que le canton de Vaud est l’un des plus touchés par l’infection. Le Covid ne peut pas devenir l’éponge avec laquelle on efface une ardoise déjà ancienne.

L’heure des comptes définitifs est encore loin et l’on voit déjà les premiers effets dévastateurs d’une crise qui sévit depuis des mois sans que l’on sache avec précision l’ampleur des dégâts et des faillites à venir. Dans tous les secteurs, il y aura des morts et la culture ne fera pas exception, même avec la plus grande des solidarités.

1 commentaire
    Frederic

    Merci et bravo pour votre billet qui met en lumière les recoins grisâtres du monde du spectacle. Comme souvent, les tempêtes élargissent les voies d’eau et nous obligent, si ce n’est à écoper plus vigoureusement, à repenser l’intégrité du navire.

    Nos cousins français ont depuis longtemps apporté des réponses concrètes au statut des artisans de la scène en lui conférant un rôle d’intermittent du spectacle dans « l’exception culturelle ». Ne serait-il pas temps de nous pencher nous aussi, avec l’aide des pouvoirs publics sur le statut des métiers de la scène et leur économie particulière?

    De gros efforts des collectivités publiques ont été consentis en matière de formation, souvent d’ailleurs au détriment de notre communauté nationale pour sacrifier aux paillettes cosmopolites d’un élitisme de bon ton. Cependant, au sortir des écoles et des structures institutionnelles, c’est la loi de la jungle qui prévaut. Cerise sur le gâteau, la mise en concurrence des égo dans la course au sac des créativités par le truchement des subventions inscrit le système dans l’orbite du chacun contre tous.

    N’y aurait-il pas moyen de sortir enfin du délire de la « Création », pensum néo-libéral qui fabrique artificiellement de la valeur, pour penser les métiers de la scène comme un artisanat au service de la collectivité.