Marcel DettlingUn tombeur du PS va devenir le nouveau président de l’UDC
Le conseiller national schwytzois n’a plus que six doigts mais déjà un programme complet sur ce qu’il veut faire à la tête du parti.

Il y a zéro suspense. Le conseiller national schwytzois Marcel Dettling, 43 ans, sera élu en mars par acclamation comme nouveau président de l’UDC, en remplacement du Tessinois Marco Chiesa. Il est seul candidat déclaré et tous les papables potentiels se sont rapidement ralliés à lui lors de l’annonce de sa candidature.
Marcel Dettling, ce nom ne dit rien en Suisse romande. En Suisse alémanique, il est associé de manière indélébile à un traumatisme politique. Lors des élections fédérales de 2015, le chef du groupe socialiste aux Chambres fédérales Andy Tschümperlin est éjecté du Conseil national. La carrière politique du sexagénaire s’arrête brutalement.
Le tombeur du cador socialiste? Un remuant trentenaire de l’UDC, le député paysan Marcel Dettling, du petit village de montagne d’Oberiberg (SZ). Il déboule ainsi avec fracas sur la scène fédérale et ne mettra pas longtemps à faire son trou. Sympathique dans le contact, efficace à la TV alémanique quand il décoche ses flèches avec le sourire, il est très vite aspiré à la vice-présidence du parti suisse.
Quand il s’agit de remplacer Albert Rösti à la tête de l’UDC en 2020 après des élections fédérales perdues, l’UDC mise sur lui. Elle espère avoir trouvé son nouveau Toni Brunner, son président de cœur qui alliait auprès de la base jovialité, bon sens terrien et punch politique. Mais Dettling refuse. Il ne veut pas laisser en plan sa femme, ses trois enfants, sa ferme, ses vaches et ses moutons.
Deux coups du destin
Ses contingences familiales et professionnelles réglées, le paysan aux yeux bleus est désormais prêt à se jeter dans l’arène. Il sait d’ailleurs encaisser les coups. Il en a subi plusieurs sur le plan privé. À 12 ans, il perd sa mère qui décède d’un cancer du sein. À 18 ans, alors qu’il effectue un apprentissage, il est victime d’un grave accident. En coupant du bois avec une scie circulaire, il perd quatre doigts de la main gauche.
N’aurait-on pas pu lui recoudre les doigts? «Non, nous répond-il. C’était impossible. Ils ont complètement été hachés par les dents de la scie.» Il fait avec et plutôt bien. On ne remarque pas son handicap au premier coup d’œil, tout comme personne ne voit le doigt amputé du ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis.
Quelle est la priorité de Marcel Dettling à la tête de l’UDC? D’abord empêcher ces prochains mois que l’Union européenne «dicte à la Suisse» des accords bilatéraux où notre pays s’engage à reprendre automatiquement le droit européen. «La Suisse n’a pas à se plier à la Cour européenne de justice, ni à devoir payer des compensations si le peuple refuse de reprendre la législation européenne.»
«Que diriez-vous si la Suisse alémanique faisait la même chose que l’UE avec la Suisse romande et le Tessin?»
Quand on lui fait remarquer que l’UE est un grand marché et qu’elle veut imposer les mêmes règles du jeu à tous les pays, et donc à la Suisse si celle-ci veut en profiter, la réponse fuse. «C’est contraire à notre culture et au respect des minorités. Que diriez-vous si la Suisse alémanique faisait la même chose que l’UE avec la Suisse romande et le Tessin?»
L’autre priorité pour Marcel Dettling, c’est sans surprise l’immigration. «Nous ne voulons pas d’une Suisse à 10 millions d’habitants avec la pénurie de logements, le manque d’électricité, les bouchons et la surcharge des infrastructures que cela implique. Nous initiative populaire marche bien et nous communiquerons dessus dans les prochaines semaines.»
«Réintroduire les contrôles aux frontières»
Et ce n’est pas terminé concernant les initiatives populaires. L’UDC parle d’en lancer une pour protéger les frontières. L’initiative vise à mettre fin aux procédures d’asile sur le sol helvétique, à créer des zones de transit et à délocaliser les centres d’accueil à l’étranger.
Dettling a déjà exhorté en décembre le Conseil fédéral «à sortir de sa léthargie» et à «réintroduire les contrôles aux frontières». À quand le lancement d’une initiative populaire? «Nous allons encore attendre avant de la lancer, déclare le quadragénaire. Il faut voir ce que fait le nouveau conseiller fédéral Beat Jans.» Étant donné que Dettling a une ligne dure sur l’asile, on peut parier que l’initiative sera lancée sous sa présidence.
Il ne vise pas 30% des voix
Aux dernières élections fédérales, l’UDC a rempli ses objectifs et regagné près de 100’000 électeurs qu’elle avait perdus en 2019. Son chef de campagne n’était autre que Marcel Dettling. Ce dernier a-t-il comme objectif d’amener pour la première fois son parti à dépasser la barre des 30% des voix au niveau national? «Non. Mais on peut encore s’améliorer, notamment à Zurich, Berne et Lucerne.»
«Le niveau de mon français? Cela va pour discuter avec des copains mais pas pour participer à un débat politique à la radio ou à la télévision.»
Quid de la Suisse romande? Marcel Dettling va-t-il imiter l’ancien président Toni Brunner qui ne parlait pas un mot de français et qui restait en Suisse alémanique? «Non, je vais aussi venir en Suisse romande. J’ai d’ailleurs fait un apprentissage dans ma jeunesse près d’Yverdon. Et il y a encore un bon potentiel électoral à exploiter en Suisse romande.»
Et comment se débrouille-t-il en français? «Cela va pour discuter avec des copains mais pas pour participer à un débat politique à la radio ou à la télévision.»
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