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L’invitéLe traçage du Covid-19,
un enfer pavé de bonnes intentions

Yan Giroud souhaite que Berne renonce au projet d’application.

Alors que le parlement fédéral doit prochainement se pencher sur la base légale qui servira au lancement de l’application suisse de traçage des cas de Covid-19, la section vaudoise de la Ligue suisse des droits de l’homme s’inquiète vivement des risques qu’une telle application fait courir en matière de libertés individuelles, particulièrement dans le domaine du respect de la vie privée. Si l’objectif de sauver des vies est louable, cela ne doit pas se faire un détriment des valeurs fondamentales qui fondent notre démocratie.

Comme le rappelle la professeure Solange Ghernaouti, experte internationale en cybersécurité et directrice du Swiss Cybersecurity Advisory and Research Group à l'Université de Lausanne, «les techniques d’anonymat […] permettent souvent d’identifier indirectement les personnes». Elle s’inquiète, elle aussi, de la mise en place d’un «système de fichage et de contrôle des personnes à grande échelle», susceptible en plus «de porter atteinte au secret médical». Les risques de piratage de tout système informatique existent, de même que les utilisations abusives des données, que ce soit le fait d’acteurs étatiques ou privés.

«Un pas de plus en direction de la banalisation de pratiques intrusives dans la sphère intime»

Certes, le Conseil fédéral affirme aujourd’hui que l’utilisation de cette application se fera sur base volontaire. Mais c’est un pas de plus en direction de la banalisation de pratiques intrusives dans la sphère intime, «à haut potentiel liberticide».

Le 20 mars, Singapour proposait son application de traçage de manière volontaire et anonyme. Un mois plus tard, elle en lançait subitement une seconde, dont l’utilisation est désormais obligatoire pour entrer dans les bâtiments publics, les centres commerciaux et les entreprises. Les gares et les parcs publics pourraient suivre.

L’actualité française doit aussi nous inquiéter. Alors que se met en place un État autoritaire, l’installation récente d’un logiciel de reconnaissance faciale dans le métro parisien est également des plus préoccupantes en matière de libertés individuelles. Il s’agit officiellement de déterminer le pourcentage de personnes portant le masque – alors que ce dernier est obligatoire dans les transports publics. En Chine, les outils de contrôle mis en place pour définir les «crédits sociaux» de l’ensemble de la population ne sont pas une chimère. La technologie existe et elle est à disposition.

Libertés en péril

Ce contexte international, de même que l’assujettissement précipité à des solutions numériques aussi liberticides qu’illusoires, doit nous alerter. La mise en place d’un outil de traçage de la population met en péril nos libertés individuelles, alors que son efficacité n’est de loin pas démontrée, puisqu’elle ne sera utilisée qu’a posteriori et ne remplacera de toute évidence pas le traçage manuel effectué par les médecins.

De sérieux doutes se posent donc quant à la proportionnalité de cette mesure. Il serait prudent que le parlement fédéral renonce à ce projet aux conséquences trop incertaines.