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ÉditorialLe triage économique tue aussi

C’est une bonne nouvelle: le Conseil fédéral ne veut pas laisser mourir le sport en Suisse, condamné à évoluer dans des stades et arènes vides depuis fin octobre. Il souhaite octroyer 115 millions de francs à fonds perdu aux formations professionnelles et semi-professionnelles. Cette aide soumise à des conditions strictes, notamment une baisse des hauts salaires, est aujourd’hui nécessaire.

Mais cette bonne nouvelle a son pendant. Par contraste, elle souligne aux yeux des secteurs et indépendants qui attendent eux aussi des perspectives économiques que l’empressement à agir est différencié à Berne.

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Elle renforce ainsi le sentiment de concurrence entre les acteurs économiques en mode survie, une concurrence que le Conseil fédéral a lui-même favorisée. En ne cessant de répéter depuis le début de la deuxième vague qu’il n’y aura pas d’argent pour tout le monde, que certaines entreprises ne seront pas sauvées, le Conseil fédéral creuse la digue qui, lors de la première vague, soudait la société.

Aujourd’hui, le sentiment qui monte tient, cela dit, plus de la colère que de la jalousie. À défaut de critères objectivables, l’approche d’aide sectorielle choisie par le gouvernement finit par donner l’impression que celui qui crie le plus fort et qui a le plus de relais à Berne est servi en premier. Il faut être aveugle pour ne pas voir l’enthousiasme des sept Sages lorsqu’ils évoquent le sport et expliquent pourquoi ils le soutiennent à fonds perdu: le sport forme, rassemble, offre des modèles à la jeunesse. C’est évidemment vrai. Mais ne peut-on pas en dire autant de la culture? Et les restaurants ne sont-ils pas aussi des ciments de la société?

«Aujourd’hui, le triage économique que l’on prête, intentionnellement ou non, au Conseil fédéral risque aussi d’avoir des conséquences mortelles.»

L’État ne pourra pas trouver de solutions à tous les désastres engendrés par la crise actuelle. Les aides pour les cas de rigueur finiront par arriver, une fois passées par le filtre des Cantons. Mais, comme le dit un restaurateur, la pandémie nous a appris que la solidarité devait permettre d’éviter in fine le triage des malades à hôpital. Aujourd’hui, le triage économique que l’on prête, intentionnellement ou non, au Conseil fédéral risque aussi d’avoir des conséquences mortelles.

5 commentaires
    CHARLES PITTET

    Si Charles le veut, je peux mettre en bas tous vos hôtels de genève sans la Pandémia. Il vous restera que le service de table. A vous de m'entendre.