Revue de presse Covid-19«Le vaccin Pfizer produira une immunité collective à long terme»
Pour «The Economist», trois questions demeurent. Sera-t-il efficace pour les personnes âgées? Préviendra-t-il l’infectiosité et sera-t-il efficace à long terme?

L’annonce de l’élaboration d’un vaccin contre le Covid-19 a été largement relayé par la presse comme étant la bonne nouvelle attendue pour mettre un terme à la pandémie.
«Les résultats annoncés jusqu'à présent sont basés sur une analyse provisoire menée par un groupe indépendant de contrôle des données.»
Le magazine «The Economist» y revient pour s’interroger sur différents aspects du vaccin Pfizer-BioNTech. «Il repose sur une technologie connue sous le nom d'ARN messager, ou ARNm. Il injecte le matériel génétique du virus dans l'organisme, qui utilise ce matériel pour créer une protéine normalement visible à la surface des particules virales, qui à son tour stimule le système immunitaire. Il est actuellement testé sur un groupe de 43’000 personnes d'origines ethniques diverses, et l'essai n'est pas encore terminé. Les résultats annoncés jusqu'à présent sont basés sur une analyse provisoire menée par un groupe indépendant de contrôle des données. Les entreprises prévoient de soumettre leurs données pour examen dans une publication scientifique. Il est possible que l'estimation de l'efficacité change, à mesure que d'autres données sont recueillies. Cela dit, les résultats sont suffisamment remarquables pour qu'il soit peu probable que le résultat final soit autre chose qu'un vaccin extrêmement utile», écrit le magazine.
Est-il efficace pour les personnes vulnérables?
«Trois questions importantes concernant le vaccin demeurent. La première est de savoir dans quelle mesure il fonctionne chez les personnes âgées, l'un des groupes les plus vulnérables au Covid-19, et qui pourraient ne pas réagir aussi bien. Une autre est de savoir s'il prévient l'infectiosité (il reste possible qu'un vaccin puisse empêcher une personne de présenter les symptômes du Covid-19, mais pas de le transmettre à d'autres). Et son efficacité à long terme est totalement inconnue», souligne «The Economist».
Malgré cela, il ne fait aucun doute que les résultats sont extrêmement positifs. En outre, Pfizer affirme que les essais en cours ne soulèvent pas de graves préoccupations en matière de sécurité, bien que d'autres données sur l'efficacité soient en cours de collecte.
Deux autres vaccins en cours de tests
Dans cet article, il est également question de deux autres vaccins en cours de fabrication. Celui d'AstraZeneca, une autre grande société pharmaceutique, avec une équipe de l'université d'Oxford, et de Moderna, une société américaine de biotechnologie (ndlr: présente en Suisse), sont également attendues dans les prochaines semaines. «Le vaccin AstraZeneca-Oxford est déjà connu pour stimuler une bonne réponse immunitaire chez les personnes âgées. Même si le vaccin de Pfizer n'est pas aussi efficace dans ce groupe, il y a donc de fortes chances qu'un autre vaccin fasse l'affaire», remarque le magazine.
«Pfizer ne déposera pas de demande avant d'avoir recueilli pendant deux mois des données de sécurité auprès des participants à l'essai.»
Pour la suite, «l'arrivée de vaccins pour maîtriser la pandémie est maintenant à portée de main. Mais cela prendra du temps. La prochaine étape consistera pour Pfizer à demander une autorisation d'urgence pour le vaccin en Amérique et en Europe. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) dispose d'un processus permettant d'utiliser ces autorisations dans les pays qui ne disposent pas d'organismes de réglementation. La demande pour le BNT162b2 devra attendre la troisième semaine de novembre. Pfizer ne déposera pas de demande avant d'avoir recueilli pendant deux mois des données de sécurité auprès des participants à l'essai. Les agences pourraient autoriser son utilisation dans les groupes à haut risque (par exemple, les médecins et les infirmières des hôpitaux) d'ici la fin de l'année, dans l'attente de nouvelles données de sécurité; une approbation plus large pourrait intervenir au cours du premier trimestre 2021. L'approvisionnement en vaccins sera également limité dans un premier temps, même si la fabrication de masse du BNT162b2 est en cours depuis octobre. Selon les projections actuelles, 50 millions de doses de vaccins seront disponibles en 2020, et 1,3 milliard en 2021.»
Gérer la distribution à travers le monde
«De formidables défis de distribution se profilent également à l'horizon. Le monde n'a jamais entrepris de vaccination à une telle échelle. L'UNICEF, l'agence des Nations unies pour l'enfance, sera l'un des organismes qui dirigeront la distribution mondiale des vaccins contre le Covid-19. L'organisation indique qu'elle achète chaque année des seringues pour les vaccinations de routine des enfants et que les demandes de covid devraient tripler ou quadrupler ce nombre. L'UNICEF et l'OMS sont en train de dresser la carte de la disponibilité mondiale des capacités de stockage de la chaîne du froid afin d'aider les pays à recevoir les vaccins», relève le magazine.
«À plus long terme, une efficacité de 90 % des vaccins permettra de générer une immunité collective. Si un nombre suffisant de personnes prennent un vaccin aussi efficace, les personnes qui ne le font pas ou qui ne peuvent pas le faire seront également protégées. À court terme, cependant, la priorité est que le monde fasse un bon travail en ciblant les injections de vaccins là où elles sont le plus nécessaires. Cela permettra de contrôler la pandémie et d'assurer une reprise plus rapide de l'économie mondiale. Les voyages et le commerce peuvent également revenir à la normale.» (…)
De nouvelles souches plus facilement contrées
«Et il y a une autre raison de se réjouir. L'approche de l'ARNm utilisée par Pfizer et BioNTech n'a jamais fait ses preuves chez l'homme auparavant. Les données recueillies lors des essais à grande échelle de cette technologie «plate-forme» permettent aux entreprises de procéder rapidement et facilement à des révisions mineures de la séquence d'ARNm, modifiant ainsi les protéines contre lesquelles l'organisme développe une immunité. Cela signifie que si de nouvelles souches de Covid-19 émergent, des révisions appropriées du vaccin pourraient être créées rapidement pour le contenir.
Il faudra probablement attendre plusieurs mois après l'approbation réglementaire pour que les vaccins aient un impact sur le cours de la pandémie. Mais cela marque le début de la fin», conclut «The Economist».
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