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Le retour des festival classiquesLe Verbier Festival se réinvente pour avoir lieu physiquement

Le directeur Martin Engstroem annonce une édition 2021 «Covid-compatible». Tour d’horizon.

«Ce virus s’en ira une fois, on ne sait pas quand, mais en attendant, le monde artistique souffre énormément», explique Martin Engstroem.
«Ce virus s’en ira une fois, on ne sait pas quand, mais en attendant, le monde artistique souffre énormément», explique Martin Engstroem.
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Inconscience ou détermination? méthode Coué ou simple effet d’annonce? L’optimisme affiché par les festivals de musique classique qui annoncent leurs éditions 2021 pose beaucoup de questions, au moment où l’activité culturelle est à l’arrêt total. Évidemment, la situation n’est pas la même pour les Sommets Musicaux de Gstaad qui parient sur le prochain creux de la vague épidémique fin janvier prochain (lire encadré) et le Verbier Festival qui ne s’ouvrira que dans 9 mois.

Plus généralement, la configuration des concerts classiques se prête mieux au traçage que d’autres styles musicaux. Il n’empêche, ces annonces remettent la question des grands événements culturels sur le devant de la scène, dans une volonté farouche des organisateurs sinon de retour à la normale du moins de retour à la musique vivante et partagée. Martin Engstroem, fondateur et directeur du Verbier Festival, ne ménage en tout cas pas son énergie pour aider les artistes, en adaptant sa manifestation aux contraintes sanitaires.

Martin Engstroem programme la 28e édition de son festival
Martin Engstroem programme la 28e édition de son festival
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Qu’est-ce qui vous pousse à croire si fortement à une possible édition en été 2021

Ce virus s’en ira une fois, on ne sait pas quand, mais en attendant, le monde artistique souffre énormément. Le métier est à genoux, la situation est catastrophique pour certains, même les plus qualifiés. Grâce à notre fonds de soutien lancé ce printemps, nous avons pu récolter 650 000 francs et apporter de l’aide à 240 personnes en détresse, jeunes ou moins jeunes, musiciens ou techniciens, qui font partie de la grande famille de Verbier. C’est avant tout pour eux que nous voulons offrir une 28e édition.

Comment le Verbier Festival a-t-il survécu à 2020?

Le bilan n’est pas finalisé et nous attendons encore des décisions de la Confédération et de la commune. Notre entreprise a cependant passé le cap avec un déficit probable, mais supportable. Nous attaquons 2021 avec beaucoup de questions. Quel type de festival organiser, avec quel budget, comment investir? Heureusement, nous comptons sur des mécènes et des fondations privées qui n’ont pas eu trop de dégâts jusqu’ici. Avec le conseil de fondation et les autorités, nous fonçons sur une édition quasi normale. À vrai dire, nous n’avons pas vraiment le choix.

Pourquoi?

Le festival représente une entrée importante pour la commune de Bagnes. Elle a besoin de nous pour la saison d’été. Cette année, la clientèle suisse a compensé les touristes étrangers absents et c’était très bien. Mais vont-ils revenir l’an prochain? On ne sait pas. C’est pourquoi il est important pour nous de revenir en pleine force, avec l’orchestre, avec la tente, avec l’académie. La billetterie, qui représente normalement 26% du budget, est le poste le plus risqué.

Avez-vous déjà prévu des adaptations importantes?

Oui, car il s’agit de faire en sorte que les festivaliers se sentent en sécurité. Les artistes et les 300 jeunes de l’académie se feront tester au Châble avant de monter à la station. Et nous ferons des tests régulièrement sur place. À la salle des Combins, qui compte normalement 1750 places, nous comptons avec deux tiers de capacité. Pour compenser, nous proposons deux concerts par soirée, à 18 h et à 20 h 15, avec des tarifs réduits. Les concerts seront plus courts et sans entracte, ce qui influence fortement la programmation. Mais peut-être que cela attirera davantage le jeune public. La seule chose à laquelle nous renonçons pour le moment, ce sont les bars. Les spectateurs pourront toutefois profiter des restaurants, ou du concert à l’église à 20 h.

«Nous avons besoin de vraies émotions avec de vrais musiciens devant nous.»

Martin Engstroem, directeur du Verbier Festival

Pensez-vous pouvoir réunir tout l’orchestre?

Nous avions déjà fait toutes les auditions un peu partout dans le monde au début de l’année. Nous allons donc garder les gens sélectionnés. La plupart ont accepté de revenir. J’ai aussi demandé à notre directeur musical Valéry Guerguiev quel était l’effectif minimum de l’orchestre pour lui, fixé à 10 premiers violons. Pour le moment, nous planifions avec 16 premiers violons, comme d’habitude.

Manifestement, vous ne tenez pas à réitérer la solution essentiellement en ligne de l’été dernier.

Le streaming a été une expérience magnifique, avec 96 heures de rétrospective sur Medici.tv et beaucoup de récitals en direct offerts quotidiennement par des artistes de premier plan. Mais cela ne peut être une solution à long terme. Nous avons besoin de vraies émotions avec de vrais musiciens devant nous.

Verbier FestivalDu 16 juillet au 1er aoûtwww.verbierfestival.com

2 commentaires
    Diana Wenziker

    Bel exemple de force positive. "Nous avons besoin de vraies émotions avec de vrais musiciens devant nous". A appliquer à tous les arts. Et à la vie en général