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Médias romandsLe viol trop souvent traité comme un fait divers, selon un rapport

L’institut Décadrée a analysé 1120 articles de onze rédactions romandes traitant de violences sexistes. Son rapport indique que 40% des textes figurent dans la rubrique «faits divers» et ne présentent pas un angle politique ou sociétal.

La méthode d’analyse textuelle de l’institut Décadrée comporte douze critères qui prennent en compte la forme, la description des violences sexistes ou les éléments informatifs et de sensibilisation.
La méthode d’analyse textuelle de l’institut Décadrée comporte douze critères qui prennent en compte la forme, la description des violences sexistes ou les éléments informatifs et de sensibilisation.
Keystone

Les médias romands traitent encore trop les violences sexistes comme relevant du fait divers ou de la rubrique people, au lieu d’un phénomène de société ou de santé publique. C’est une des principales observations du rapport «Traitement médiatique des violences sexistes», de l’institut Décadrée.

Créé en 2016, l’institut de recherche et de formation et laboratoire d’idées sur l’égalité dans les médias a analysé 1120 articles de onze rédactions dans les cantons de Genève, Vaud et du Valais entre février 2019 et février 2020. Sa méthode d’analyse textuelle comporte douze critères qui prennent en compte la forme, la description des violences ou les éléments informatifs et de sensibilisation.

«La moyenne générale s’élève à 0,19, ce qui correspond à une note scolaire de 3,5 sur 6. La marge d’amélioration est importante», a indiqué mardi la directrice de Décadrée Valérie Vuille. En mai 2019, six mois après le lancement de son manifeste pour un meilleur traitement médiatique des violences sexistes, la moyenne était de 0,06. La Grève des femmes, la même année, a contribué à une prise de conscience.

Reste que la moyenne et le nombre d’articles évoluent en dents de scie sur un an. «L’actualité n’a pas forcément une influence sur la moyenne», note Valérie Vuille. Plus d’articles traitent du sujet lors de la semaine du 25 novembre, date de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, alors qu’un rapport d’Amnesty sur les violences sexuelles n’a pas beaucoup d’impact.

Pointe de l’iceberg

Dans les grandes lignes, le rapport constate que 40% des articles sur les violences sexistes figurent dans la rubrique «faits divers» et 30%, dans la rubrique «people», contribuant à en faire une affaire privée. À l’inverse, seuls 15% des articles présentent un angle politique ou sociétal.

En outre, les violences sexistes les plus médiatisées sont les viols, soit 46% des articles. Or le viol ne constitue que la pointe de l’iceberg, occultant le harcèlement de rue, la violence morale ou encore le langage et les blagues sexistes. Et en dépeignant l’auteur des violences comme un animal, un étranger ou un alcoolique, 28% des articles contiennent des éléments qui l’excusent ou le dédouanent.

Sensibilisation

Le rapport relève encore que seul 26% des articles citent des ressources d’aide, comme des centres d’aide aux victimes. «C’est autant d’occasions manquées de prévention», souligne Valérie Vuille. Selon elle, il faut comprendre ces ressources dans une conception large, qui englobe les spécialistes à même de déconstruire les mythes et les mécanismes de banalisation des violences sexistes.

En conclusion, le rapport émet une série de recommandations à l’intention des médias: révéler le phénomène, faire attention au choix des mots, ne pas culpabiliser les victimes, montrer le caractère social des violences, décrire l’escalade de la violence conjugale ou encore éviter le sensationnalisme et le romantisme. Décadrée va les sensibiliser à cette question pendant trois ans.

ATS/NXP