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L’éditorialLe virus et les limites de l’arbitraire

Cela fait maintenant près de sept mois que l’on vit avec lui. Il nous oblige à porter un masque, à limiter nos élans d’affection, à vivre avec des libertés restreintes. Le maudit virus n’a toujours pas d’antidote, et il faut faire avec.

Les États eux-mêmes, sans réponse pharmaceutique, sont désemparés. Ils ne peuvent faire que dans le système D et l’arbitraire. On les a vus, dans une Europe censée faire union ou au moins espace commun, imaginer toutes sortes de barricades: ce fut d’abord le cordon sanitaire, autour d’une Italie traitée comme une pestiférée, puis la fermeture générale des frontières, sacrilège économique, avant qu’on n’en arrive au compromis de la circulation des personnes sous étroite surveillance.

Pour autoriser l’entrée sur leur territoire, certains États, comme la Suisse, imposent une quarantaine. D’autres réclament des preuves de «bonne santé» via des tests de dépistage. Certains accumulent les mesures, d’autres n’en prennent pas. Résultat: en termes de moyens mis en œuvre, la plus totale des cacophonies règne en Europe.

La politique de l’équilibrisme – et on ne le dit pas avec une connotation négative – est forcément de mise face à un virus tueur qui enferme encore bien des secrets. Mais la tolérance à l’arbitraire a ses limites.

Jusqu’ici, les populations ont plus ou moins bien accepté, à l’exception de complotistes marginaux, de sacrifier une partie de leurs libertés individuelles au nom d’une lutte collective. Mais l’incohérence qui prévaut dans une Europe jonglant avec des codes couleurs et des seuils de danger différents pour qualifier le risque participe
à éroder la bonne volonté.

Un sentiment d’absurdité gagne le citoyen. Il est peut-être temps d’unifier les langages.

3 commentaires
    jean

    Je m`étonne que les éditorialistes n`en parlent pas, mais les réactions que l`on peut qualifier d`arbitraires ou meme d`exagérées qu`ont les gouvernements européens face a la pandémie peuvent aussi etre considérées comme des effets directs de la démocratie. Celle-ci implique en effet que, lorsque quelque chose tourne mal, les citoyens en accusent habituellement leurs gouvernements qui, conscients de leurs responsabilités, ne peuvent qu`accepter ces accusations puisqu`aussi bien les gouvernements démocratiques doivent en tout temps assumer leur gestion des crises. C`est la une grosse différence avec les gouvernements non démocratiques (ou "illibéralement démocratiques" comme certains s`intitulent aujourd`hui) qui n`acceptent que rarement ou meme jamais d`assumer la responsabilité quand les choses se mettent a foirer. Bref, puisque les gouvernements démocratiques européens savent qu`en cas de pépin ils seront considérés comme les premiers responsables, ils sont logiquement portés a en faire plutot trop que pas assez en matiere de prévention pandémique.