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EditorialL’école vaudoise a chanté tout l’été

Ce printemps, malgré le caractère soudain de la fermeture des classes, de nombreuses enseignantes et de nombreux enseignants vaudois ont accompli des miracles. De leur propre initiative, ils et elles ont fait avec les moyens du bord: donné des cours par visioconférence, maintenu le contact avec leurs élèves par WhatsApp ou porté des leçons jusque dans les boîtes aux lettres des familles qui ne disposaient pas de moyens de connexion à internet ou d’imprimantes. Ils ont prouvé que la fermeture des établissements scolaires ne les empêchait pas de poursuivre leur vocation.

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Seulement, si l’on doit rendre hommage à ce dévouement d’une partie du corps enseignant, la réalité était malheureusement très disparate. Beaucoup d’enfants et de jeunes n’ont pas vraiment bénéficié d’un «enseignement à distance», comme l’appelle un peu pompeusement la cheffe du Département de la formation et de la jeunesse, Cesla Amarelle, mais simplement de «fiches à compléter à domicile». Comme si l’école était revenue au temps des fessées.

«Les autorités cantonales n’ont pas investi massivement dans les nouvelles technologies et ne semblent pas avoir de plan d’action fort»

Sans surprise, certains élèves ont décroché. Aujourd’hui, six mois plus tard, alors que la menace d’une nouvelle fermeture des écoles est de plus en plus réelle en raison de la situation sanitaire, il n’y a plus d’excuses possibles. Au lieu de combler les lacunes en termes d’équipement pour un vrai enseignement à distance, au lieu de former au mieux le personnel sur le plan technique et pédagogique à ce possible défi, l’administration scolaire vaudoise a passé son temps à se regarder le nombril. Et à espérer que les classes restent ouvertes. Qu’il n’y ait pas de deuxième vague.

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Le Conseil d’État répète aujourd’hui à quel point l’enseignement est l’un des biens les plus précieux d’une société. Mais contrairement à d’autres Cantons, Vaud n’a réagi que tardivement. Les autorités cantonales n’ont pas investi massivement dans les nouvelles technologies et ne semblent pas avoir de plan d’action fort. Les syndicats enseignants dénoncent l’impréparation et le manque de formation du personnel. On a eu la fâcheuse impression que l’école vaudoise a chanté tout l’été.

11 commentaires
    Un enseignant

    Merci M. Plattner de relayer une réalité du terrain que le discours officiel tente de masquer grossièrement !

    Le niveau d’impréparation pédagogique et numérique dans plusieurs gymnases vaudois est affligeant : malgré leurs demandes insistantes depuis l’expérience chaotique du printemps, les enseignants, soucieux de communiquer au moins correctement et de manière uniforme avec leurs élèves en cas de nouveau confinement - à défaut de pouvoir véritablement ENSEIGNER, car ils savent, eux, que cet art perd malheureusement l’essentiel de sa substance à distance -, n’ont pour beaucoup pas encore reçu d’outils informatiques fonctionnels. Souvent, aucune formation n’a été proposée dans les établissements, ni aux élèves, ni aux enseignants ; aucun espace n’a été mis à disposition pour se familiariser à ces outils, ou, plus fondamental encore, pour développer des stratégies favorables à une transmission et à un apprentissage des savoirs à distance : car l’écran n’est pas une salle de classe !

    C’est donc dans l’urgence que ces outils commencent à être communiqués, et que cette réflexion se développe chez les enseignants, sans aucun appui de leur hiérarchie autre que l’envoi de directives - cela après 10 semaines de reprise et devant l’imminence d’un nouveau confinement…

    Les élèves et leurs familles, surtout les plus défavorisées socialement, ainsi que les enseignants qui ont à cœur de réaliser au mieux leur mission, seront les premières victimes de cette incurie impardonnable.