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Leconte, l'éternel «Bronzé»

Le réalisateur Patrice Leconte a tâté de l'humour sous toutes ses formes. Le VIFFF présente en sa présence «Les bronzés font du ski», «Tandem», «Les grands ducs», «Ridicule».
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Invité du 5e Vevey International Funny Film Festival cette semaine, Patrice Leconte ne s'avoue pas damné par l'aura des «Bronzés». Déjà parce que, 40 ans après, le cinéaste peut se targuer d'une œuvre hétéroclite où le drame, la romance ou le film d'animation ont alterné avec la comédie. «Mais j'adore être poursuivi par les bronzés! Je suis très fier d'avoir réalisé ces films inusables», insiste le septuagénaire, pas bégueule.

Réjoui de découvrir le Musée Chaplin, ce créateur polymorphe qui enfant, était surnommé «le gros Babar», avoue néanmoins préférer Buster Keaton au clochard légendaire. «Je préfère le quant-à-soi modeste de Keaton à l'assurance ostentatoire de Chaplin.» Lui aussi se tient volontiers dans l'ombre. «Certains me disent, «Rassurez-vous, nous ne parlerons pas des «Bronzés». Mais ces films ont compté pour moi, autant que «Monsieur Hire», qui, détail troublant, n'a pas une once, pas un gramme de légèreté dans sa tristesse. Ma femme d'ailleurs, quand elle le découvrit, s'inquiéta de ma santé mentale!»

Et de soupirer: «Je me compare à la montagne, avec son adret, le versant ensoleillé, et l'autre sombre, l'ubac. Les cruciverbistes connaissent.» Mots croisés, donc.

Dans une carrière si diverse, quel fut votre plus gros pari?

Ce n'était pas gagné d'avance de dérailler de mon train-train d'une comédie par an. J'ai eu la chance de voir des films comme «Tandem» ou «Le mari de la coiffeuse», appréciés. Ça m'a permis de continuer.

Vous avez vécu aussi des flops quasi inexplicables.

C'est très mystérieux. Le producteur Christian Fechner, avec qui j'ai expérimenté succès et échecs, m'a dit un jour: «Nous pourrions lister les raisons pour lesquelles un film marche, ce serait les mêmes que pour un autre qui n'a pas marché». Quand j'ai réuni Alain Delon et Jean-Paul Belmondo, 25 ans après «Borsalino», «Une chance sur deux», ça devait intéresser. Et non, tout le monde s'en fichait.

Cette inconnue, n'est-elle pas propre au rire, plus qu'au drame?

S'il y avait des recettes… le rire, c'est si fragile, incertain. Et si cruel quand il échoue.

Pourquoi en avoir tenté toutes les variantes, de la saillie drolatique à la peau de banane, au gag surréaliste?

Je ne voulais pas ronronner dans une seule gamme. Je suis convaincu que si l'auteur s'ennuie, il a toutes les chances de lasser son auditoire.

D'où aussi, votre souci d'aller vers de nouveaux acteurs?

L'acteur, c'est une personnalité qui donne l'appétit. Ensuite, je n'ai plus qu'à me mettre à table. Ils ne me dévorent jamais, car cela supposerait un rapport de force qui ne m'intéresse pas. Moi je veux une confiance réciproque, affectueuse.

Ainsi des «Grands ducs», sublime et savoureux «nanar» pourtant, avec Marielle, Rochefort et Noiret?

Ah, diriger ces trois-là en même temps, c'était magique. Ils étaient si peu frileux, embarqués dans la connivence et l'envie d'aller au loin, en toute liberté.

Avez-vous apprivoisé Hallyday dans «L'homme du train», ou Paradis dans «La fille sur le pont», en douceur?

C'est aussi parce que je suis cadreur sur tous mes films. Et alors, les acteurs savent qu'ils peuvent lâcher prise et oser. Car à l'image, le réalisateur est là, à un mètre de leur visage, et cette intimité, peu fréquente dans le cinéma français, les rassure. Je peux toujours les rattraper.

Jusqu'où le rire a-t-il changé?

Et tant mieux qu'il change! Jadis, les tenants du rire, c'était Claude Zidi, Gérard Oury, Robert Lamoureux. L'avènement du café-théâtre les a rendus poussiéreux. Puis est venue la génération Canal+. Des gens comme Étienne Chatiliez ont aussi bousculé l'humour. Car le rire concentre l'évolution sociétale. Des trucs nous font marrer aujourd'hui, qui ne le faisaient pas il y a 40 ans. Et vice versa.

De nos jours, l'humour n'est-il pas castré par la correction à outrance?

Tous les faits de société modifient le barème, poussent des gags hors cadre. Même si par définition le rire doit être impolitiquement correct pour garder sa puissance d'ironie, d'autodérision déjà.

Ce paradoxe explique-t-il le faible niveau des comédies françaises?

Je suis conscient d'avoir fait des films qu'il serait impossible de monter aujourd'hui. J'ai vécu une mauvaise série de projets tombés à l'eau. Moi, j'y mets la même énergie, j'y crois. Alors, l'échec… vous vous retrouvez gros Jean comme devant, puis vous y retournez (ndlr: en production, un Maigret avec Gérard Depardieu).

D'où aussi votre éclectisme créatif, romancier, documentariste, etc.?

Les années passent plus vite à mon âge, je n'ai pas envie de glandouiller. Autrement, mieux vaut m'inscrire dans un club de scrabble ou enjamber le balcon.

Le suicide, constante de vos films…

Monsieur Hire lâche la gouttière, la coiffeuse se jette dans l'écluse, c'est vrai. Mais plus on cause du suicide, moins on passe à l'acte. Au fond, le rire nous fait prendre conscience du noir. «C'est la plaine qui donne son relief à la montagne», est-il dit dans «Ridicule». Mélocomique