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Un portrait filméL’écrivain suisse Paul Nizon saisi dans son antre parisien

Le film «Der Nagel im Kopf» du réalisateur Christoph Kühn donne la parole à un auteur au destin glorieux mais tortueux. A voir sur les plateformes internet.

L’auteur bernois Paul Nizon devant le 20 rue Simart où il a vécu pendant ses premières années parisiennes.
L’auteur bernois Paul Nizon devant le 20 rue Simart où il a vécu pendant ses premières années parisiennes.
FILMCOOPI

C’est un vieil homme encore vif que l’on peut croiser dans les rues de Paris, chapeau sur la tête et canne à la main. À 91 ans, Paul Nizon fait figure d’écrivain vivant parmi les plus renommés de Suisse, notamment en France où ses œuvres sont publiées par les Éditions Actes Sud. Le cinéaste Christoph Kühn est parti à sa rencontre pour le saisir dans son intimité parisienne afin d’évoquer une trajectoire surprenante. «Dans les années 1970, son roman «Stolz» l’avait rendu assez connu, remportant le Prix littéraire de la ville de Brême. Il était sur le chemin du panthéon allemand, éclaire le cinéaste. Mais il a disparu d’un coup pour se retrouver dans une chambre donnant sur une arrière-cour, à Paris où personne ne le connaissait. Il fallait oser! Mais se glisser dans les rangs d’auteurs vénérés comme Heinrich Böll ou Max Frisch lui faisait horreur.»

«Il a disparu d’un coup pour se retrouver dans une chambre donnant sur une arrière-cour, à Paris où personne ne le connaissait.»

Christoph Kühn, cinéaste
Paul Nizon, promeneur parisien. Pendant des années, l’écrivain suisse a été un anonyme dans la Ville Lumière avant de percer sur la scène littéraire française.
Paul Nizon, promeneur parisien. Pendant des années, l’écrivain suisse a été un anonyme dans la Ville Lumière avant de percer sur la scène littéraire française.
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Le réalisateur suisse, très épris de son livre «L’année de l’amour» (1981), a mis toutes les chances de son côté pour que Paul Nizon trouve le goût d’évoquer son passé, notamment ses premières années parisiennes, période douloureuse, solitaire, mais aussi étape séminale dans son développement d’écrivain, de créateur d’une forme très proche de ce que l’on a pu désigner plus tard par le terme d’autofiction. Son premier appartement, un «carton à chaussures», a ainsi été reconstitué pour le mettre en condition et l’auteur a été invité à s’exprimer en dialecte bernois, son idiome natal, alors qu’il maîtrise parfaitement l’allemand et le français.

Paul Nizon pendant ses premières années à Paris, acharné d’écriture et d’amour mais sacrifiant volontiers le second à la première…
Paul Nizon pendant ses premières années à Paris, acharné d’écriture et d’amour mais sacrifiant volontiers le second à la première…
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De ces quatre semaines de tournage et de rencontres, il sort le portrait d’un auteur au soir de sa vie, confessant un parcours et une volonté d’un autre temps. Sa vocation d’écrivain chevillée au corps dès son plus jeune âge, Paul Nizon n’a jamais douté, sacrifiant tout – même l’amour, ce continent qui l’émerveille pourtant – à l’écriture. En parenté avec la liberté des marginaux, des clochards notamment, il édifie sa carrière avec un acharnement suranné, proche de l’ascèse, portant très haut son exigence littéraire. «Je voulais être le meilleur, le plus grand», confesse-t-il à un moment. «Des gens comme lui, qui se donnent à 100% à leur création, je pense qu’il n’y en a plus aujourd’hui», renchérit Christoph Kühn.

Les bistrots, poste d’observation privilégié de Paul Nizon qui, s’il écrit depuis une subjectivité singulière, a toujours le regard braqué sur le monde.
Les bistrots, poste d’observation privilégié de Paul Nizon qui, s’il écrit depuis une subjectivité singulière, a toujours le regard braqué sur le monde.
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Pour un auteur qui avait écrit en 1970 «Diskurs in der Enge» sur l’impossibilité de créer dans un pays comme la Suisse, la reconnaissance française, venue dans les années 1980 avec la traduction de «Stolz», n’avait pas de prix… Voir la scène où le nonagénaire lit avec ravissement l’entrée du Larousse 2008 le concernant. Le titre du film, «Der Nagel im Kopf» (Le clou dans la tête), vient pourtant du dernier texte de Nizon, jamais achevé abandonné il y a une douzaine d’années.

«Paul Nizon: Der Nagel im Kopf» de Christoph Kühn (Suisse, 2020, 90’). A voir sur internet (Filmingo). Cote: ***

2 commentaires
    Baron Samedi

    «  Paul Nizon fait figure d’écrivain vivant parmi les plus renommés de Suisse » ... Tellement renommé que pas grand-monde était au courant de son existence !