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Le musée part, la maison resteL’Élysée repart en campagne

Au moment où l’institution muséale lausannoise va déménager à Plateforme 10, un petit retour historique
sur une demeure apparue à la fin du XVIIIe s’impose.

La façade sud de la maison de l’Élysée, dite Grande Maison Montagny jusqu’en 1835, depuis les escaliers de la première terrasse du parc, d’époque.
La façade sud de la maison de l’Élysée, dite Grande Maison Montagny jusqu’en 1835, depuis les escaliers de la première terrasse du parc, d’époque.
CHRISTIAN BRUN

Le dimanche 27 septembre prochain sera le dernier jour où le Musée de l’Élysée proposera une exposition (et la conclusion de sa fête de départ, «Le dernier éteint la lumière!») dans la maison du même nom – l’une des plus élégantes du XVIIIe sur terre vaudoise –, mettant ainsi un terme à 40 ans d’activité muséale dans les lieux. Car on a tendance à l’oublier, mais l’aventure culturelle n’a pas commencé par l’arrivée, en 1985, de Charles-Henri Favrod, venu alors défendre avec fougue le patrimoine et la création photographiques. Pendant les cinq années qui ont précédé cette nouvelle orientation, amenée à rencontrer le succès que l’on sait, la bâtisse avait abrité le Cabinet cantonal des estampes, parti depuis à Vevey. Mais cet épisode muséal – permis par l’achat, en 1971, d’une partie de ce qu’on appelait alors encore la campagne du Petit-Ouchy par l’État de Vaud – ne représente évidemment qu’une infime partie de l’histoire de ce site.

Le site de l’Elysée tel qu’il apparaît sur le cadastre de la ville de Lausanne en 1806. Le bâtiment cerclé de rouge n’existe plus.
Le site de l’Elysée tel qu’il apparaît sur le cadastre de la ville de Lausanne en 1806. Le bâtiment cerclé de rouge n’existe plus.
DR

La demeure remonte à 1780, année où Henri de Mollins en confie l’édification à l’architecte Abraham Fraisse, sur une propriété acquise en 1776 qui agrandit un terrain déjà en possession de sa belle-mère. Cet officier qui a servi la Hollande, membre du Conseil des Deux-Cents (l’ancêtre du Grand Conseil), déploie ses fastes sur un site probablement agricole comprenant logements, granges et écuries. «À l’époque, cela devient la mode d’acquérir une campagne – dénomination typiquement lémanique – consistant en une maison de maître et un domaine attenant», indique Gaëlle Nydegger, qui assure une visite guidée lors du week-end de clôture de l’Élysée. «L’Ancien Régime vit son moment de retour à la nature et l’aristocratie construit autant dans une idée d’agrément – les riches propriétaires occupent les lieux en été et en automne – que pour réaliser un placement financier. L’Élysée s’inscrit dans cette logique en capitalisant aussi sur le rassemblement familial de terrains.»

«L’aristocratie construit autant dans une idée d’agrément que pour réaliser un placement financier. L’Élysée s’inscrit dans cette logique»

Claire Nydegger, guide lors des visites guidées du 26 et 27 septemblre
L’une des salles d’agrément dans son état actuel avec, peut-être, le fantôme de Madame de Staël.
L’une des salles d’agrément dans son état actuel avec, peut-être, le fantôme de Madame de Staël.
CHRISTIAN BRUN

Il faut rappeler qu’à l’époque les pentes comprises entre la limite sud de la ville de Lausanne – la place Saint-François – et le petit village d’Ouchy ne comportent qu’un nombre ridicule de constructions. D’est en ouest, la campagne et les vignes dominent sans partage. Outre celui du Petit-Ouchy, le plan cadastral de 1806 dénombre quelques domaines, parmi lesquels ceux de Montriond, de Mont-Olivet ou du Denantou. Si la famille de Mollins se réserve le rez-de-chaussée, les autres appartements sont habituellement loués à des hôtes de passage, fortunés quand ils ne sont pas illustres. Les annales retiennent qu’en août 1807, Madame de Staël, Madame de Récamier et Benjamin Constant y séjournèrent, égayant leurs journées en faisant monter des pièces de théâtre dans les jardins, notamment une «Andromaque».

Une vue du parc, au sud de la maison de maître.
Une vue du parc, au sud de la maison de maître.
YVAIN GENEVAY

Le parc de la «Grande maison Montagny» – elle ne prendra le nom de l’Élysée qu’en 1835 – connut lui aussi quelques métamorphoses, même si ses terrasses et ses escaliers sont d’époque. «Au début, l’aménagement relève du pittoresque à l’anglaise, avec des lignes courbes et la recherche de points vue, relève Gaëlle Nydegger. Ensuite, au début du XXe siècle, sur le modèle de la villa-château, on lui donne une ordonnance plus française, donc plus structurée, avec l’ajout de topiaires (ndlr: arbres de jardin taillés) et un cadre plus géométrique.» À noter la petite grotte artificielle, du côté est, parfois utilisée par le musée lors de la Nuit des images sur laquelle les informations manquent mais où certains ont pu voir un usage de glacière où garder de «la glace afin de confectionner des sorbets rafraîchissants au cœur de l’été».

La demeure baroque, achevée en 1783, sera également plusieurs fois rénovée ou transformée, et il faut se garder de penser que l’entrée du musée correspondait à l’entrée principale historique, située du côté oriental dont la façade se distingue par sa ligne incurvée et concave. La plupart des spécialistes estiment que ses lignes n’auraient pas entièrement été pensées par Abraham Fraisse. Devenu architecte sur le tas mais ayant laissé de nombreux édifices dans le canton, il aurait pu profiter de plans en provenance de Hollande fournis par de Mollins.

Certaines salles de réunion actuelles tranchent un peu avec l’idée que l’on peut se faire d’une maison du XVIIIe…
Certaines salles de réunion actuelles tranchent un peu avec l’idée que l’on peut se faire d’une maison du XVIIIe…
CHRISTIAN BRUN

Au XIXe et au XXe, les propiétaires se succèdent jusqu’à ce que la parcelle, d’abord rattrapée par l’urbanisation de Lausanne, notamment suite à la construction de la gare en 1911, finisse dans l’escarcelle de l’État. L’édifice, bientôt réhabilité selon des normes historiques, lui reviendra – il profitait déjà de ses salles de réception. À moins d’une invitation du Conseil d’État, il est donc temps de profiter de la fête de l’Élysée pour visiter ses intérieurs. Le parc, lui, restera public.

Lausanne, Musée de l’Élysée, fête de clôture sa 26 et di 27 sept. Inscriptions aux différentes activités sur: www.elysee.ch

1 commentaire
    Nicki

    Magnifique maison de maître dont la ville a décidé de faire des bureaux pour les fonctionnaires....

    Comme la belle villa de Dorigny.