Il parvient à «voir» grâce à un œil bionique

SantéAveugle, Gowri Sundaram fut le premier Suisse à recevoir un œil artificiel. L’opération s’était déroulée à Genève. Il témoigne.

Gowri Sundaram et ses lunettes équipées d’une minicaméra qui permet d’envoyer des images à son cerveau.

Gowri Sundaram et ses lunettes équipées d’une minicaméra qui permet d’envoyer des images à son cerveau. Image: Georges Cabrera

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«Cette technologie a incontestablement amélioré ma qualité de vie, même si je n’ai pas véritablement retrouvé la vue…» Gowri Sundaram a 71 ans. Atteint d’une rétinite pigmentaire (maladie dégénérative) vers l’âge de 20 ans, il est progressivement devenu aveugle. Aujourd’hui, pourtant, il peut «voir». Grâce à un œil artificiel, aussi appelé œil bionique.

Ce Genevois a été le premier Européen à en bénéficier. L’opération, sur son œil droit, s’est déroulée en février 2008, aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Lunettes spéciales

«C’était long, l’intervention a duré huit heures, se souvient le septuagénaire. En résumé, il s’agissait d’implanter 60 électrodes – un système appelé Argus II – directement sur ma rétine. Une caméra vidéo intégrée à des lunettes spéciales (ndlr: celles qu’il porte sur la photo ci-dessous) envoie les images de l’extérieur vers un petit processeur qui les convertit en signaux électriques. Via le nerf optique, ces signaux sont ensuite envoyés vers mon cerveau, qui les utilise pour recréer des images.»

Gowri Sundaram témoigne pour la première fois à visage découvert. «Il y a dix ans, on n’était pas certain de la réussite de cette intervention dans la durée, il ne fallait donc pas faire trop de publicité. Et puis elle a coûté 150 000 dollars! Il s’agissait donc de conserver un certain anonymat autour du patient qui en avait bénéficié», sourit-il.

Prendre son temps

Aujourd’hui, les doutes sont levés sur l’efficacité de cette technologie développée par la société américaine Second Sight. «Je porte le même appareil depuis dix ans, souligne Gowri Sundaram. Il fonctionne parfaitement, moyennant des adaptions effectuées chaque année. Car n’oublions pas que la maladie avance…»

Encore faut-il s’entendre sur le mot «parfaitement». Que voit-il réellement lorsqu’il porte ses lunettes spéciales? «Des ombres, des formes. Je peux distinguer les contours d’une porte ou d’une fenêtre, par exemple. Ou encore une personne si elle bouge, et un objet, sans pour autant pouvoir les identifier. Pour les couleurs, c’est beaucoup plus difficile. Mais surtout, tout se fait lentement, car il faut du temps pour balayer le champ visuel, puis pour que les images captées par la caméra et transmises ensuite au cerveau sous la forme de signaux électriques prennent corps.»

Intégrer les malvoyants

Dès lors, il n’utilise pas chaque jour cette technologie dont bénéficient aujourd’hui une centaine de patients en Europe. «Par exemple, elle est peu adaptée pour se déplacer. Là, ma canne blanche et mon chien d’aveugle sont nettement plus performants!» poursuit cet ancien ingénieur en électronique, devenu plus tard rédacteur technique puis rédacteur en chef pour une revue internationale de défense.

Quant à lire ou à regarder la télévision, «il ne faut même pas y penser, c’est impossible, avoue cet Indien d’origine, arrivé à Genève à l’âge de 9 ans. En revanche, de ce côté-là, de fantastiques progrès technologiques ont été réalisés. Pensez seulement aux logiciels parlants intégrés dans les téléphones portables. Avec le mien, si on m’envoie un message écrit, il le transforme automatiquement en un message audio. Je suis d’ailleurs émerveillé par tous les efforts qui ont été entrepris afin d’améliorer l’intégration des aveugles et des malvoyants.»

Prêt à rejouer les cobayes

Habitué à sa cécité depuis des décennies, Gowri Sundaram a testé de multiples traitements pour ralentir la progression de sa maladie, au gré de l’avancée des recherches. «Je suis un scientifique, jouer les cobayes ne m’a jamais fait peur, assure-t-il. Mais pour l’heure, l’appareil que je porte demeure à la pointe de la technologie et m’offre une certaine indépendance. J’aimerais simplement pouvoir mieux interpréter les signaux qu’il m’envoie. Et parce que je rêve encore de revoir un jour des visages et de beaux paysages, je reste à l’affût des avancées médicales. Et je suis prêt à les tester.» (Le Matin Dimanche)

Créé: 29.12.2018, 22h24

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