«Je ne connaissais pas à Pierre Maudet un tel côté grippe-sou»

GenèveLes adversaires du ministre dans la tourmente craignent qu’il s’accroche jusqu’à la retraite qu’il pourra toucher en juin prochain. Son rapport à l’argent interroge jusque dans son propre camp.

Les huit ans qu’il a passés au Conseil d’État permettraient à Pierre Maudet de percevoir une rente à vie de 7430 francs par mois. S’il démissionne avant, il touchera une indemnité de 437 802 francs.

Les huit ans qu’il a passés au Conseil d’État permettraient à Pierre Maudet de percevoir une rente à vie de 7430 francs par mois. S’il démissionne avant, il touchera une indemnité de 437 802 francs. Image: Laurent Guiraud

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Pierre Maudet aurait-il un problème avec l’argent? Au cœur de son propre camp, certains l’accusent d’être radin après la révélation, cette semaine dans la «Tribune de Genève», que le ministre ne payait pas sa contribution obligatoire à son parti, le PLR. Cela s’ajoute à l’affaire de son voyage à Abu Dhabi en 2015, offert par le prince héritier de l’émirat. On soupçonne alors le ministre lâché de toute part de vouloir rester à son poste coûte que coûte jusqu’au 29 juin prochain, date à laquelle il aura droit à une pension à vie.

Celle-ci s’élèvera à 89 161 francs par an, soit 7430 francs par mois, d’après les chiffres du Département des finances. Cette retraite est accordée aux magistrats restés au moins huit ans au Conseil d’État. S’il démissionne avant, il touchera une indemnité de 437 802 fr. Ces montants dépendent de son salaire, qui est actuellement de 265 273,25 francs par an.

L’élu étant un professionnel de la politique et n’ayant presque pas eu de carrière professionnelle, certains craignent qu’il attende le 29 juin dans le but de toucher cette rente. «Je n’ose pas imaginer que Pierre Maudet s’accroche au pouvoir pour cette raison mais je me demande si cela n’est pas envisageable, au vu des dernières révélations», s’inquiète Thomas Wenger, chef du groupe socialiste au Grand Conseil. Et pour l’UDC, Pierre Maudet ne devrait pas avoir droit à cette pension puisqu’il partirait à cause d’une affaire judiciaire.

Une association payait sa contribution

Cette crainte est renforcée par le fait qu’une association de soutien prenait en charge chaque année la contribution obligatoire au PLR de 10 000 francs de Pierre Maudet. Ce dernier aurait des oursins dans les poches, d’après les plus critiques. «On s’aperçoit qu’il n’y a pas de petits profits pour lui», juge Thomas Wenger.

La manœuvre fait en tout cas bondir au sein du PLR. «Je ne lui connaissais pas un tel côté grippe-sou. Pourquoi n’a-t-il pas donné cette somme via son compte personnel?» réagit un membre qui se dit «beaucoup blessé» par les affaires. «Je découvre des facettes de lui que j’ignorais», avance-t-il.

Ses proches affirment pourtant que le ministre n’a ni la volonté de s’enrichir ni des ennuis d’argent. Il n’aurait par ailleurs pas de problème pour payer sa défense. «J’ai eu l’occasion de le côtoyer pendant une dizaine d’années, je n’ai jamais eu l’impression qu’il avait comme souci premier ses salaires et ses revenus, témoigne le député PLR Rolin Wavre, chef de la campagne du Genevois pour le Conseil fédéral. Je le vois comme quelqu’un dont l’objectif est l’action politique.»

D’autres indiquent qu’il ne se reposerait de toute façon pas sur une éventuelle rente: «Ce n’est pas dans son caractère. Il pourrait trouver du travail dans le domaine de l’économie, où il aura été un très bon ministre.» «Mais retrouver du travail demande aussi une bonne réputation. Or, plus le temps passe, plus les révélations égratignent son image», nuance Thomas Wenger.

Contacté, Pierre Maudet réfute être motivé par la perspective d’une rente à vie. «Je n’ai jamais pensé à calculer le jour ou j’aurai droit à une pension de retraite», se défend le conseiller d’État. Il promet vouloir se battre pour l’action du Conseil d’État. Questionné sur son rapport à l’argent, il assure avoir un train de vie modeste.

«Pour moi, l’argent est un moyen, pas un but, indique Pierre Maudet. Je n’aime pas gaspiller l’argent. Je n’ai pas un mode de vie somptueux, mais plutôt sobre: je suis locataire, je n’ai pas de fortune personnelle, j’ai très peu de loisirs.» Le ministre le justifie par son «éducation protestante: je sais faire la différence entre un désir et un besoin. Et c’est vrai que cela peut me donner un petit côté Oncle Picsou, même si j’aime aussi faire preuve de générosité en privé.» (TDG)

Créé: 24.11.2018, 22h25

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