Pour Ada Marra, Berne doit agir contre la haine envers les élus

La Vaudoise demande la création d’une task force pour endiguer les menaces qui ciblent les élus.

Ada Marra (PS/VD), photographiée ici lors d'une émission de la RTS en octobre dernier, entend pallier le laxisme face aux insultes envers les élus.

Ada Marra (PS/VD), photographiée ici lors d'une émission de la RTS en octobre dernier, entend pallier le laxisme face aux insultes envers les élus. Image: Keystone

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Des messages sur internet ou des lettres d’une violence inouïe: «C’est quoi ton problème, sale p…, j’ai envie de mater du bobo, tu tombes bien!» Des allusions sexuelles ordurières. Des photos de pénis, d’armes. Dans le cadre de leur mandat, les élus suisses sont des cibles privilégiées d’injures et de menaces. Le phénomène reste encore tabou et peu documenté au plan national. Dans une étude menée l’an dernier par l’Union interparlementaire et l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, 60% des parlementaires femmes affirmaient avoir été victimes d’attaques sexistes sur internet.

À l’aube d’une nouvelle législature, la conseillère nationale Ada Marra (PS/VD) souhaite empoigner le problème à bras-le-corps. La Vaudoise dépose une motion signée par des élus de tous bords. Elle demande que les services du parlement fédéral mettent sur pied une task force pour accompagner les élus lorsqu’ils sont la cible de menaces et d’insultes dans le cadre de leur fonction. Ce groupe de travail serait notamment chargé de préparer les dénonciations et de contribuer à la recherche de l’identité des auteurs anonymes.

Pourquoi maintenant? Ada Marra a la conviction qu’une fenêtre historique est ouverte au terme d’une année marquée par le mouvement #MeToo et la cause des femmes. Et aussi qu’il est temps de combattre plus fermement des comportements qui, estime-t-elle, ont tendance à se banaliser. «On a été beaucoup trop laxiste ces dernières années, avec cette idée qu’un personnage public doit encaisser les insultes. Cela prend de telles proportions avec les réseaux sociaux! On ne peut pas apporter des réponses individuelles à un problème de société collectif.»

Au cours de sa carrière politique, la Vaudoise a elle-même reçu des centaines de messages à caractère injurieux. Dans le cadre d’un travail de master réalisé en 2012 par un universitaire sur l’émission de télé «Infrarouge», relayé par le journal «Vigousse», l’UDC valaisan Oskar Freysinger donnait même une sorte de licence à s’attaquer à celle qui devait alors souvent lui faire face. «Tout ce que t’as pas pu rentrer dans le lard des autres, tu peux taper sur Ada Marra, parce que t’as tout le monde à la maison qui va applaudir dans le salon parce qu’elle énerve prodigieusement», disait le Valaisan, évoquant ses stratégies médiatiques.

Plaintes pénales déposées

Aujourd’hui, Ada Marra crève l’abcès. Sa motion concerne cela dit tant les femmes que les hommes, eux aussi cibles d’injures et de menaces. Le vice-président du PLR Philippe Nantermod la soutient. «J’ai moi-même déposé deux plaintes pénales jusqu’ici. La première fois, la personne a été condamnée. La deuxième plainte est en cours. Mais, souvent, le problème est qu’il faut pouvoir identifier l’auteur.» Le Valaisan a son idée sur la manière dont les services du parlement pourraient s’impliquer. «On pourrait imaginer qu’ils trouvent un accord avec les réseaux sociaux qui ont un siège en Suisse, pour qu’ils transfèrent au moins l’identité des auteurs de propos qui tombent sous le coup de la loi.»

Isabelle Chevalley (PVL/VD) soutiendra elle aussi la motion. La conseillère nationale a porté devant la justice il y a quelques années des caricatures injurieuses publiées dans un journal satirique. «Je suis absolument dégoûtée. J’ai gagné tous mes procès, mais ça m’a coûté 10 000 fr. et je n’ai aucun sentiment de justice.» Et les partis, dans ces cas-là, ne sont d’aucune aide. «Ils sont démunis. C’est tellement spécifique. Quand je me suis ramassée ces insultes, je me suis sentie très seule», rapporte la Vaudoise.

Tamara Funiciello (PS/BE), souvent cible d’insultes, renchérit: «Pour pouvoir gérer un shit­storm , il faut des spécialistes.» Et une poursuite plus efficace, parce que les sanctions sont là: «Pour deux phrases, la personne condamnée qui m’avait injurié en a eu pour environ 1200 fr., détaille Philippe Nantermod. Je pense que la prochaine fois, elle y réfléchira à deux fois!»

Créé: 07.12.2019, 23h01

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