L’affaire Maudet plonge le Conseil d’État dans le flou

Sans son leader, l’Exécutif genevois est déstabilisé, regrettent les députés. Ceux-ci ne le voient pas d’un bon œil alors que d’importants sujets seront traités ces prochains mois.

Réélu dès le premier tour en avril, Pierre Maudet était voué à jouer un rôle central au sein du Conseil d'État. Son absence se fait ressentir.

Réélu dès le premier tour en avril, Pierre Maudet était voué à jouer un rôle central au sein du Conseil d'État. Son absence se fait ressentir. Image: Laurent Guiraud

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La classe politique genevoise est dans la tourmente depuis cinq mois et le déclenchement de l’affaire visant le voyage de Pierre Maudet à Abu Dhabi. Le président provisoire du Conseil d’État, Antonio Hodgers, estimait ainsi dimanche dernier dans nos colonnes sentir une grande fébrilité sur tous les dossiers. Les députés de tous bords confirment cet état particulier dans lequel se trouve la République, mais ils visent le gouvernement. Pour beaucoup, l’Exécutif est miné par l’affaire. «Le fait que Pierre Maudet soit le maillon faible ne facilite pas le travail du Conseil d’État. Il en était le pilier. Sans lui, le gouvernement est affaibli», estime le député MCG François Baertschi. C’est dans ce contexte que les six conseillers d’État et demi vont devoir affronter des dossiers plus que compliqués: budget 2019 et réforme de la fiscalité des entreprises (PF17) en tête. Or, l’Exécutif doit composer sans sa locomotive libérale-radicale, contrainte de lâcher la présidence, la police et l’aéroport. «Il manque de la clarté dans l’action du gouvernement dans les dossiers qui arrivent, reproche Bertrand Buchs, qui présidait le PDC Genève jusqu’à jeudi. En mai, nous espérions avoir un Conseil d’État fort qui ferait passer ses projets au parlement. Tout était calibré pour que Pierre Maudet impose sa voix et soit entendu. C’est désormais fini.»

Du coup, c’est le Grand Conseil qui sortirait vainqueur de l’effacement de celui qui rêvait d’un destin fédéral. «La légitimité, l’assurance énorme qu’il avait ne sont plus là, analyse l’élu UDC Marc Fuhrmann. Les députés ont plus de force car le contrepoids n’est plus présent. L’équilibre a changé.» Pour son homologue du MCG François Baertschi, «Pierre Maudet réussissait de par sa force de conviction à faire passer presque n’importe quel projet. Son envoûtement, sa baraka ne sont plus là.»

Blocage de projets

Au PLR aussi, on juge que «la situation n’est pas simple, vu les défis qui attendent le canton de Genève», rapporte Alexandre de Senarclens, président de la section cantonale. Il reproche une parole peu claire de l’Exécutif depuis le recul pris par Pierre Maudet: «Le Conseil d’État est déstabilisé, cela s’est vu dans ses différentes prises de position. On peut sentir de la fébrilité dans les déclarations contradictoires de son président Antonio Hodgers.»

Ce dernier affirmait aussi constater un blocage autour des projets portés par Pierre Maudet. Le Grand Conseil a ainsi supprimé un crédit d’étude pour la construction de la prison des Dardelles. «Je suis convaincu qu’un certain nombre de députés ont voté en ce sens en voyant le ministre affaibli, juge François Baertschi. Des doutes ont envahi le reste de sa politique alors qu’avant celle-ci était pleine de certitudes.»

Un tel désaveu pourrait-il se reproduire? «Lorsqu’un conseiller d’État veut faire passer un projet et est auditionné en commission, sa tâche est plus compliquée si le lien de confiance est rompu, reconnaît le chef de groupe socialiste Thomas Wenger. Il faudra voir comment cela va se passer.»

Tous regrettent cette situation d’incertitude qui pourrait encore durer des mois. La balle est désormais dans le camp de la justice et les auditions vont s’enchaîner. De nouvelles perquisitions montrent que l’enquête n’est de loin pas terminée (lire ci-dessous). Les députés s’inquiètent de l’issue de la procédure. «Si Pierre Maudet reste au gouvernement, il ne retrouvera pas le poids qu’il avait, estime Bertrand Buchs. Quand on a perdu la confiance, on ne la retrouve pas.»

Le risque d’avoir un Conseil d’État déstabilisé sur toute la législature semble bien réel car si Pierre Maudet revient au premier plan, il récupérerait la Police, la présidence ou encore l’aéroport cédés à ses collègues. «Un conseiller d’État va travailler et apporter sa vision sur ces dossiers pendant six mois avant de devoir peut-être les laisser. C’est intenable», avance Thomas Wenger.

Divorce, l’occasion ratée

Des élus jugent que ces problèmes auraient pu être évités si Pierre Maudet avait quitté son poste. Il conserve encore l’Économie. Ses six collègues de l’Exécutif sont pointés du doigt pour ne pas l’avoir poussé dehors. «Le Conseil d’État a raté le coche au moment du communiqué du Ministère public (ndlr: qui demandait la levée de l’immunité du ministre). Il aurait dû lui signifier le divorce à ce moment-là, critique Bertrand Buchs. Maintenant, ils sont obligés d’attendre que les choses bougent du côté de la justice.» À défaut de pression forte de l’Exécutif, des députés attendent que le ministre parte de lui-même. «C’est à Pierre Maudet de prendre ses responsabilités pour redonner de la crédibilité aux institutions genevoises, estime Thomas Wenger. Il doit prendre la mesure de la grave crise institutionnelle qu’il a générée.» (TDG)

Créé: 06.10.2018, 23h00

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