Albert Rösti: «Il faut résister aux fanatiques du climat»

En pointant du doigt la violence liée aux étrangers, l’UDC veut éviter le débat climatique. Le président Albert Rösti se défend de tout électoralisme et s’insurge contre l’hystérie ambiante.

Le président de l’UDC, Albert Rösti, reste offensif sur tous les thèmes chers à son parti, comme l’immigration, l’Union européenne et l’écologie.

Le président de l’UDC, Albert Rösti, reste offensif sur tous les thèmes chers à son parti, comme l’immigration, l’Union européenne et l’écologie. Image: Urs Flueeler/Keystone

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À cause des étrangers, c’est donc l’anarchie dans l’espace public?

Je n’ai pas dit ça. J’ai dit qu’on était proche de l’anarchie dans certains endroits. Et j’ai fait référence à la Reithalle à Berne.

L’UDC affirme qu’il y a des bords de lac contrôlés par des migrants, où on ne peut plus s’asseoir sur les bancs. Vous exagérez!

En juin, le groupe s’est rendu à Zurich. Nous avons accompagné des patrouilles de police jusqu’à 2 heures du matin. Et c’est vrai, des agents nous ont raconté que sur certains quais, il y a des bandes qui occupent des bancs. Ils jettent des bouteilles sur des inconnus. C’est un problème pour la police. Quand j’étudiais à Zurich, cela n’existait pas.

Les statistiques montrent pourtant une baisse de la criminalité.

C’est faux. Elles montrent que depuis la libre circulation des personnes, les délits graves sont en augmentation. Et puis, la statistique, c’est une chose; le ressenti, c’en est une autre. Tout citoyen doit pouvoir se sentir en sécurité. Or le soir, beaucoup de femmes évitent certains quartiers. Ce n’est pas normal. Et je le dis clairement, la violence en Suisse a un nom: les étrangers mal intégrés. Dans les affaires de viols ou de contraintes sexuelles, ils forment plus de la moitié des auteurs. Ils sont aussi surreprésentés dans les violences domestiques. Il existe chez eux un problème culturel du rapport à la femme.

Ce discours, c’est juste pour vous relancer en vue des élections. Admettez-le.

Ce n’est pas juste électoral. Au début de l’année, nous avions déjà exigé un durcissement des peines pour les crimes graves. Ce thème est important pour nous, et il le sera encore après les élections.

Pourquoi l’UDC n’arrive plus à dicter l’agenda politique?

On ne change pas notre politique en fonction de la météo. Notre but est de défendre les valeurs de sécurité et d’indépendance, qui sont menacées par le complot ourdi par les syndicats, les autres partis et les faîtières économiques. Tous cherchent à faire voter le plus rapidement notre initiative qui veut que la migration soit à nouveau gérée par la Suisse, et dans un deuxième temps faire passer l’accord-cadre, profitant de la bonne conjoncture actuelle. Cette stratégie est dangereuse. Elle reviendrait à nous faire adhérer à l’UE.

Mais ce discours ne prend pas. Tous les sondages vous donnent perdants.

Les sondages ne m’intéressent pas. Je suis là pour gagner. Ça signifie rester le premier parti, et garder notre pourcentage. Je ne vise pas davantage, car pour dépasser les 30% il faudrait un programme moins profilé. Or je veux que notre ligne soit claire.

Visez-vous des sièges en Suisse romande?

Il y a un espoir sur Vaud. Je suis en tout cas plus positif aujourd’hui pour la Suisse romande qu’il y a deux ans quand on a eu des pertes, notamment à Neuchâtel. Mais l’objectif des élections, c’est de défendre une Suisse indépendante et sûre, capable de gérer son immigration, de résister à la pression de l’UE qui veut nous intégrer, et de tous ceux qui veulent l’accord-cadre, synonyme d’adhésion, sans oublier les fanatiques du climat qui veulent détruire notre bien-être.

En somme tout est la faute de Greta Thun­berg. Vous la détestez?

Je n’ai rien contre elle, c’est plutôt positif que des jeunes s’engagent. Ce que je déteste, c’est l’instrumentalisation. Je ne crois pas au hasard, qui veut que Greta ait comme par enchantement émergé juste avant les élections européennes. Ce que je n’aime pas non plus c’est la pensée hallucinante qui est là derrière.

Hallucinante?

Certains affirment que la fin du monde approche, et qu’il ne nous reste que dix ans pour agir. Du coup, on veut nous interdire de voler, de prendre la voiture. On veut taxer les entreprises. J’ai même lu qu’il faudrait interdire les animaux domestiques parce qu’ils mangent trop de viande. C’est absurde. Dans les années 80, on nous a vendu la mort imminente des forêts à cause de la pollution. Elles sont encore là.

Vous croyez au changement climatique?

Bien sûr. Je vois comme tout le monde les glaciers qui fondent. On ne peut pas le nier, bien qu’il reste la question de la part de l’activité humaine dans ce réchauffement. J’ai eu un échange à ce sujet avec le climatologue Thomas Stocker. Il voulait me «reprendre en main» après certaines déclarations. Je lui ai dit qu’il y avait une différence entre nous. Qu’en tant que politicien je ne me mêlais pas de science et que lui, en tant que scientifique, il ne devrait plus se mêler de politique.

Mais vous avez quand même changé de cap sur le climat.

Pas du tout. La seule chose qui a changé, c’est l’intensité de notre communication. Pour le reste, j’ai toujours défendu la même chose; je suis contre les taxes et les interdictions qui pourraient nous faire perdre notre compétitivité. Nous nous retrouverions à devoir importer des biens produits à l’étranger selon des normes inférieures à celles qui prévalent ici. La Suisse ne représente qu’un millième des émissions de CO2 au niveau mondial. Si les autres pays ne font absolument rien, alors c’est même contre-productif que la Suisse soit la seule à taxer l’énergie.

Si personne ne bouge, on fait quoi?

Ce que la Suisse peut faire de mieux c’est continuer d’agir comme elle le fait maintenant. Notre production est déjà très écologique. Il faut promouvoir une agriculture et des produits locaux. Il faut aussi une économie libérale, peu taxée. C’est la garantie d’innovations. Et c’est grâce à elles que nous pourrons réduire les besoins en énergie, car en exportant ces nouvelles technologies, nous pouvons vraiment avoir un impact au niveau mondial.

Le parti est-il divisé? Il y a un discours différent chez les paysans UDC.

Non, tout le parti soutient nos positions. Mais il est clair qu’il y a une différence entre le discours d’un agriculteur, comme Pierre-André Page, et le ton employé par un Roger Köppel. Mais sur les mesures, on est tous d’accord.

Les Romands ont été choqués de votre amalgame entre nazisme et UE. Le bouvier bernois est-il devenu un pitbull?

C’était nécessaire de parler fort. Les médias répètent en boucle que le problème, c’est le climat, alors il faut réussir à se faire entendre pour expliquer où est le vrai danger. Avec l’accord-cadre avec l’UE, la Suisse risque de perdre sa liberté, son indépendance et sa démocratie directe.

Mais l’amalgame entre nazisme et UE, vous le cautionnez?

On a monté cette affaire en épingle pour éviter de parler du fond. C’est pour cela que j’ai emmené les médias sur le Grütli, pour montrer qu’il s’agit d’un message de résistance. Lors de la Seconde Guerre mondiale, la Suisse du général Guisan a pris le risque d’entrer en guerre pour défendre sa liberté. Aujourd’hui personne à part l’UDC ne semble prêt à agir.

«J’appelle régulièrement Blocher»

Christoph Blocher, il pense quoi de votre campagne?

Demandez-lui. Mais en général, s’il n’est pas content, il le fait savoir, et pour le moment il ne m’a rien dit.

À 79 ans, il a encore un rôle important au sein de l’UDC?

Sa vision stratégique est toujours très précieuse. Pour le moment, il se concentre sur un thème: la lutte contre l’accord-cadre, qui nous mènerait à une adhésion à l’UE. Il a même fondé une association, dont il est le vice-président. C’est une personne qui pense sur le long terme. En homme d’État, il a assuré sa succession à l’UDC en prenant de la distance. Ça ne signifie pas qu’il n’a plus d’influence. Il est présent quand c’est nécessaire.

Il vous appelle encore régulièrement?

C’est plutôt moi qui l’appelle. On ne se téléphone pas tous les jours, car nous sommes sur la même longueur d’onde. Nous nous connaissons bien, il connaît les mesures que nous prenons. Je les discute avec lui, et je lui demande son avis.

Mais c’est toujours lui qui financeles campagnes de l’UDC?

Nous n’avons jamais donné d’information sur le financement du parti.

Créé: 17.08.2019, 22h19

En dates

1967: Albert Rösti naît à Frutigen dans l’Oberland bernois. Il grandit à Kandersteg dans une famille paysanne. C’est son frère aîné qui reprendra l’exploitation.

2011: L’ingénieur agronome de formation est élu au Conseil national. Il est alors directeur de la Fédération suisse des producteurs de lait.

2016: Le Bernois accède à la tête du premier parti du pays. Il remplace Toni Brunner qui aura mené l’UDC à son plus haut niveau avec près de 30% des voix lors des élections de 2015.

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