Les antitiques pour animaux peuvent être dangereux pour l’entourage

Les insecticides présents dans les traitements pour animaux de compagnie sont-ils anodins pour les enfants? Une chercheuse de l’Université de Lausanne en doute. Mais fabricants et vétérinaires ne jurent que par eux.

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Enlever une tique à son chien, ou son chat, à l’aide d’une pince ad hoc? Efficace, mais fastidieux.

La tentation est grande dès lors de prendre les devants à l’aide de produits antitiques, poux et puces, et les traitements ne manquent pas. Sous forme de spray, de collier, de gouttes, les marques Frontline ou Martec Pet Care proposent des solutions radicales, mais onéreuses: environ 40 francs pour un spray, 36 francs les six pipettes pour chats, 44 francs celles pour chiens. Certes, une fois appliqué, le produit agit longtemps, respectivement de quatre à huit semaines. Mais c’est précisément sur ce point que l’usage de ces insecticides peut se révéler problématique.

De la poule à l’œuf
Nathalie Chèvre, de la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’Université de Lausanne, lance un avertissement: «J’ai moi-même utilisé ces produits pour traiter notre chatte, qui développait une allergie aux piqûres de puces. Mais j’ai bien vite arrêté avec la naissance de notre fils. Car on oublie que non seulement ces substances restent longtemps dans le pelage, mais aussi que les animaux se frottent aux meubles, se roulent sur la moquette, et laissent des traces de ces insecticides. Or ceux-ci sont des poisons qui ont fait l’objet de peu d’études quant à leur éventuelle toxicité pour l’être humain, et surtout des enfants en bas âge.» Et de pointer du doigt les traitements proposés par Frontline, qui contiennent du fipronil. «C’est un insecticide dangereux, car il agit sur le système nerveux central des insectes, ce qui provoque leur mort. Le fipronil est du reste régulièrement impliqué dans la disparition des abeilles, et dans l’affaire des œufs de poule contaminés, en 2016. Le fait même qu’il ait pu passer de la poule à l’intérieur de l’œuf démontre qu’il n’est pas anodin.»

«Ces insecticides sont des poisons qui ont fait l’objet de peu d’études quant à leur toxicité éventuelle sur les humains, et surtout les enfants en bas âge»

Les colliers Pet Care contiennent, eux, du dympilate, ou diazinon pour son nom commercial, un produit mis au point par Ciba Geigy en 1952 déjà. «Il est pire que le fipronil, car c’est un insecticide de première génération, conçu pour attaquer tous les animaux, et pas seulement les insectes.»

Aux États-Unis, il est encore autorisé pour les cultures, mais a été interdit dès 2004 pour tout usage domestique. En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation de l’environnement et du travail (ANSES) a suspendu l’autorisation de mise sur le marché de plusieurs colliers antiparasitaires, en raison «de risques potentiels en cas d’exposition chronique, sur le long terme, par voie cutanée, chez l’utilisateur et plus particulièrement chez l’enfant».

Martec se justifie en rappelant que «pour chaque médicament vétérinaire, un dossier détaillé doit être soumis à Swissmedic afin d’obtenir l’autorisation de mise sur le marché du produit, qui n’est pas approuvé tant que son efficacité n’a pas été démontrée et qu’il n’y a pas de danger pour les humains ou les animaux». Swissmedic, chargé de surveiller le marché des produits thérapeutiques, a examiné de près la procédure de l’ANSES. «Après évaluation des données, nous avons décidé de ne pas suspendre les autorisations correspondantes sur le marché suisse, déclare la porte-parole Danièle Bersier. En France, une réévaluation de la sécurité des colliers antipuces contenant du dympilate a été effectuée et la suspension de l’autorisation de mise sur le marché a été levée au début de l’année 2013.»

Interdit pour les animaux d’élevage
Quant au fipronil, «il est autorisé en Suisse et dans les pays de l’Union européenne dans certains médicaments vétérinaires exclusivement destinés au traitement d’animaux de compagnie, poursuit Danièle Bersier. Par contre, ils ne sont pas autorisés pour les animaux d’élevage, parce que la concentration maximale de résidus dans les aliments d’origine animale n’a pas été fixée.»

Le groupe Boehringer Ingelheim, qui produit la gamme Frontline, précise que «lorsque les produits sont autorisés selon les recommandations, ils ne présentent aucun risque pour la santé des enfants qui côtoient des chiens et des chats». Toutefois, concède-t-il, «il est fortement conseillé de ne pas laisser les enfants jouer avec les animaux traités avant que le site d’application ne soit totalement sec».

Dans le doute, Nathalie Chèvre préconise de renoncer à la prévention systématique: «Mieux vaut attendre qu’une tique soit là et l’enlever, et ne recourir à un spray ou des gouttes que dans certains cas bien précis, pour traiter un problème réel, comme une dermatite par exemple. Malheureusement, j’observe que les vétérinaires prescrivent toujours ces produits d’emblée.» Ce que confirme le vétérinaire cantonal vaudois Giovanni Peduto: «L’utilisation d’antiparasitaires, accompagnée d’un contrôle visuel pour enlever rapidement les tiques, reste centrale dans la prévention des maladies véhiculées par les tiques.»

Les marques commencent cependant à virer de bord, comme Martec, qui propose un collier antiparasite en tissu à base de geraniol, principe actif souvent présent dans les huiles essentielles.

Que valent les solutions alternatives?

Début 2018, la chaîne française Botanic retirait les pesticides chimiques de ses rayons animaleries. En lieu et place, elle propose depuis colliers, pipettes ou shampooings à base de margosa et de pyrèthre, reconnus pour leur effet répulsif sur les parasites. On peut aussi peigner l’animal avec quelques gouttes d’huile essentielle de géranium. Ou saupoudrer de la terre de diatomée, qui lacère la carapace des insectes, lesquels meurent déshydratés.

Attention cependant de ne pas composer les mélanges soi-même, avertit Nathalie Chèvre: «Les huiles essentielles sont très concentrées, et il faut garder à l’esprit que le métabolisme des chiens et des chats est différent du nôtre.» Il se trouve aussi des solutions à base de diméticone, une huile au silicone qui englue les parasites. Selon l’Association suisse pour la médecine des petits animaux, «les produits naturels comme l’huile de coco ou le cumin sont malheureusement inefficaces. Beaucoup de propriétaires les essaient au début de la saison des tiques, mais optent ensuite pour des préparations plus efficaces qu’ils trouvent chez leur vétérinaire.» La pince à tiques, elle, reste une valeur sûre.

Créé: 13.07.2019, 23h23

Ils agissent durant plusieurs semaines



Les colliers Pet Care de Martec, ou les pipettes Frontline: des produits antiparasites autorisés par Swissmedic. Le premier contient du diazinon, l’autre du fipronil. Deux insecticides qui agissent durant des semaines, sur les animaux, mais qui peuvent aussi se retrouver là où ils se frottent (chaises, coussins, moquette). Il convient d’être vigilant avec les enfants, surtout en bas âge. Les recommandations conseillent de ne pas caresser l’animal durant les 24 heures qui suivent le traitement.

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