Arno, ex-néonazi et ex-homophobe, se bat contre le terrorisme blanc

Arno Michaelis a tourné le dos au suprémacisme blanc pour réparer le mal qu’il a causé. Le massacre d’El Paso et la rhétorique anti-immigrants de Donald Trump l’inquiètent.

«L’amour gagne», le dernier tatouage d’Arno Michaelis. Réalisé par son ami Chris, il symbolise l’amitié entre ces deux suprémacistes blancs qui ont tourné le dos à la haine raciale.

«L’amour gagne», le dernier tatouage d’Arno Michaelis. Réalisé par son ami Chris, il symbolise l’amitié entre ces deux suprémacistes blancs qui ont tourné le dos à la haine raciale. Image: Jean-Cosme Delaloye

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La croix gammée tatouée sur son bras droit a été recouverte par une fresque colorée qui lui prend tout l’avant-bras. Et sur ses phalanges, Arno Michaelis, un ancien néonazi de Milwaukee, dans le Wisconsin, arbore un message: «Love wins». L’amour gagne. «C’est mon dernier tatouage», explique-t-il en conduisant dans les rues de Milwaukee, une ville située à une heure de route au nord de Chicago. «Ce n’est pas le plus réussi, mais c’est mon préféré car il a été réalisé par Chris, mon ami autodidacte.» Ce tatouage symbolise une amitié entre deux suprémacistes blancs qui ont tourné le dos à la haine raciale. Arno, l’ancien leader d’un groupe de musique skinhead, a aidé Chris à sortir du Ku Klux Klan en 2016. «Aujourd’hui, Chris aide lui-même un jeune à ne pas tomber dans le suprémacisme blanc, poursuit Arno Michaelis. C’est ça, l’amour qui gagne.»

La fusillade qui a fait 22 victimes samedi dernier à El Paso, au Texas, et les aveux de Patrick Crusius, le jeune tireur, selon lesquels il visait des «Mexicains», ont néanmoins ébranlé l’amour triomphant d’Arno. Pittsburgh, Tallahassee, Poway, Jeffersontown, El Paso… l’extrémisme blanc fait des victimes aux quatre coins des États-Unis depuis une année. Arno Michaelis décrit d’ailleurs un monde de la haine raciale dans lequel un extrémiste en inspire un autre grâce notamment à des médias sociaux qui jouent le rôle de caisse de résonance.

Malgré les 1600 kilomètres qui séparent Dallas – d’où est originaire Patrick Crusius – de Milwaukee, l’ancien néonazi perçoit des similitudes entre le parcours de l’auteur présumé du massacre d’El Paso et le sien. Comme lui, Patrick Crusius est issu d’une famille de classe moyenne et a grandi, selon un communiqué publié cette semaine par la famille de ce dernier, dans un environnement empreint d’«amour, de gentillesse, de respect et de tolérance».

Rien semblait non plus prédisposer Arno à haïr tous ceux qui n’étaient pas Blancs et hétérosexuels comme lui. Malgré cela, il a sombré dans la violence et l’extrémisme pendant sept ans, jusqu’à la naissance de sa fille. «Je suis un être humain qui a une capacité égale à faire du mal et à faire du bien, dit le quadragénaire. J’ai causé beaucoup de peine à des gens innocents, mais j’ai eu de la chance de pouvoir m’en sortir. Et ces dix dernières années, j’ai essayé de réparer ce que j’ai fait.»

Le langage du génocide

Samedi dernier, il rentrait d’une pièce de théâtre lorsqu’il a appris la tragédie d’El Paso. La pièce était inspirée par la fusillade dans le temple sikh de la région Milwaukee, le 5 août 2012. Ce jour-là, Wade Michael Page, un néonazi de 40 ans avait tué 6 personnes. L’augmentation du nombre de crimes haineux depuis que Donald Trump est arrivé à la Maison-Blanche inquiète Arno Michaelis. «Mon plus grand souci pour les États-Unis est que le président parle le langage du génocide, glisse-t-il. Avant l’Holocauste, Hitler comparait les Juifs à des rats. Au Rwanda, les Hutus décrivaient les Tutsis comme des blattes et des serpents. Aujourd’hui, le président des États-Unis compare les êtres humains à des animaux et à de la vermine.»

Génocide. Le mot claque. «Bien sûr il n’y a pas de camps de concentration aux États-Unis, précise Arno Michaelis. Et même si cette rhétorique ne mène pas au génocide, il se passe des choses inquiétantes dans ce pays. Organiser un raid pour renvoyer plus de 600 personnes hispaniques qui n’ont commis aucun crime (ndlr: mercredi, 680 sans-papiers ont été arrêtés dans le Mississippi), quelques jours après une fusillade à El Paso qui visait des Hispaniques, c’est inacceptable.» L’ancien skinhead revient constamment sur les violences raciales de Charlottesville il y a deux ans, au cours desquelles une jeune femme qui manifestait contre l’extrême droite avait été tuée. «Ce jour-là, les néonazis chantaient: «Une race, une nation, et maintenant commençons les renvois», souligne-t-il avant de rappeler que Donald Trump avait mis les néonazis et leurs opposants sur un pied d’égalité en estimant qu’il y avait des «gens bien» dans les deux camps. «Donald Trump doit être tenu pour responsable des mots qu’il utilise», poursuit l’ancien néonazi. Pour analyser le terrorisme suprémaciste blanc qui frappe les États-Unis en ce moment, Arno Michaelis parle de «violence romantique».

Pas de meilleure association

«Quand j’étais skinhead, le leader d’un groupe de skinheads à Chicago avait un label baptisé «Violence romantique». Je n’ai pas trouvé de meilleure association de mots pour décrire les mouvements extrémistes. Il y a toujours cette idée que la violence n’est pas seulement nécessaire, mais qu’en plus, elle est noble pour la survie de notre peuple.»

Aujourd’hui, Arno Michaelis s’engage au sein de Serve2Unite, un groupe qui aide les jeunes à ne pas tomber dans l’extrémisme. Parmi ses nombreux tatouages, il a des petits cœurs multicolores discrets sur la main gauche. «Je l’ai fait quelques jours après la fusillade du Pulse (ndlr: le 12 juin 2016 dans une discothèque gay d’Orlando). Je suis un ancien homophobe violent et ça m’a détruit de voir ces 49 personnes tuées. En plus, ces cœurs ont mal cicatrisé. Pour moi, le symbole est encore plus fort.»

Créé: 10.08.2019, 23h00

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