Des braqueurs venus de l’Est multiplient les attaques de bancomats

Le nombre de distributeurs de billets pris pour cible a bondi l’an dernier, d’après FedPol. Le phénomène vient des pays voisins. Polices et banques doivent s’organiser pour lutter contre les criminels.

Braquage à Leytron (VS), le 13 décembre 2019.

Braquage à Leytron (VS), le 13 décembre 2019. Image: Police VS

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le nombre d’attaques de bancomats par explosif a pris l’ascenseur depuis l’an dernier. Les criminels ont fait voler en éclats 22 distributeurs en 2019, d’après les chiffres de l’Office fédéral de la police (FedPol) contre 2 en 2017 et 4 en 2018. Pour FedPol, tous les modes opératoires (outils, gaz, explosifs…) connaissent une progression. Il s’agit d’une des principales préoccupations sécuritaires du moment. «Le phénomène touche l’ensemble des pays européens. Nous constatons une hausse significative aussi en Suisse», constate la porte-parole Anne-Florence Débois.

Jusqu’à présent, les pays les plus touchés étaient les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Italie et la France. Les criminels se sont désormais déplacés chez nous. L’agence européenne de police Europol a publié l’été passé un rapport documentant le phénomène. Elle expliquait ainsi que celui-ci faisait tache d’huile à mesure que la réponse sécuritaire se mettait en place dans les pays.

La criminalité se déplace car celle-ci est perpétrée par des malfaiteurs mobiles. «Ce sont généralement des délits commis par des petits groupes de trois ou quatre personnes, liées à des bandes organisées principalement issues des pays de l’Est», précise ainsi FedPol. Proche de la frontière, Genève est particulièrement touchée (lire ci-contre). Pour tenter de récupérer leur butin, les malfrats usent de divers modes opératoires. Il peut s’agir d’outils traditionnels (chalumeau, meuleuse…), de gaz introduit dans l’appareil dans le but de le faire sauter, voire d’explosifs artisanaux. Lorsque ces derniers sont employés, FedPol peut alors enquêter sur mandat du Ministère public de la Confédération.

Les banques suisses s’inquiètent que les criminels aient passé la vitesse supérieure en s’en prenant toujours plus à leurs installations. «Nous devons malheureusement constater ces derniers mois une hausse des attaques sur les bancomats, regrette Philippe Thévoz, porte-parole de Raiffeisen. Elles concernent plus particulièrement les régions proches des frontières et des grands axes.» UBS confirme que la branche est touchée mais assure n’avoir subi pour sa part que des «cas isolés», sans souhaiter communiquer davantage pour des raisons de sécurité.

Si les bancomats sont davantage ciblés, c’est notamment parce que les succursales ont tendance à ne plus avoir de monnaie. «De nombreuses banques Raiffeisen automatisent leurs agences en introduisant le concept de banque conseil sans cash aux guichets», rapporte Philippe Thévoz. La police abonde en ce sens.

À Cologny, le 31 janvier 2020, dernière attaque en date. Photo: Roland Rossier

«À la suite des attaques d’agences dans les années 1990, avec prise d’otages notamment, les succursales ont de moins en moins d’argent. Les voleurs se sont donc reportés sur les transports de fonds et les bancomats, car il faut toujours déplacer la monnaie et la distribuer», confirme Jean-Christophe Sauterel, responsable de la communication de la police vaudoise.

Pour les spécialistes, la Suisse est également plus vulnérable car elle peine à se passer du cash (lire ci-dessous). «Notre pays est globalement attractif car il y a encore beaucoup de distributeurs et ceux-ci contiennent beaucoup d’argent», poursuit Jean-Christophe Sauterel.

La solution la plus évidente face à ces attaques passe par la diminution du nombre de bancomats et de billets à disposition dans les appareils. Les autres pays européens s’y sont mis. Ainsi, les Pays-Bas ont instauré une fermeture des bancomats la nuit. Europol précise en effet que les faits se déroulent généralement entre 3 et 4 heures du matin. En Belgique, la banque Argenta a arrêté ses distributeurs pendant près de trois mois cet automne, avant d’en supprimer des dizaines. En France, certains bancomats sensibles doivent être vidés chaque soir.

Pour réduire la perspective de butin, l’Hexagone a aussi développé divers systèmes pour mieux maculer les billets. La technique n’est en effet pas toujours suffisante. La quantité d’argent souillé dépend de la qualité du procédé employé par les banques. Lorsque la peinture est mauvaise, les malfaiteurs peuvent par exemple laver les billets, indique Europol.

Le canton du Jura avait subi deux attaques à l’explosif, au gaz, en 2016. Il n’y en a plus eu jusqu’à l’an dernier, à Alle. Les forces de l’ordre évoquent un potentiel succès des mesures prises. «Nous avions demandé l’installation de dispositifs antiexplosion dans les bancomats. L’appareil détecte que du gaz est introduit et en empêche la détonation», indique Bertrand ­Schnetz, chef de la police judiciaire jurassienne.

Les banques sont conscientes qu’elles doivent agir. Elles commencent à mieux se protéger. Raiffeisen affirme chercher «à dissuader les malfrats en rendant difficile l’arrachage des appareils (par de meilleurs ancrages notamment), en mettant moins d’argent dans les distributeurs, en renforçant la surveillance aux abords des établissements financiers et en augmentant les installations de vidéosurveillance», détaille Philippe Thévoz, de Raiffeisen.


Les Suisses réduisent leur dépendance à l’argent liquide

Les Suisses restent des Européens très gourmands d’argent liquide. Surtout en comparaison avec les leaders mondiaux des transactions électroniques, les Suédois. Les chalands helvétiques diminuent cependant, tout doucement, leur dépendance au numéraire (billets de banque et pièces de monnaie).

Les habitants de la Suisse effectuent certes encore près de la moitié de leurs achats en cash, comme en témoigne l’étude de la Haute École des sciences appliquées de Zurich et de l’Université de Saint-Gall, publiée l’an dernier. Et, chaque semaine, l’indigène helvétique craque: il retire en moyenne 140 francs en liquide. En dépit de cette constance, un brin rétrograde, le Suisse trahit de plus en plus un vrai béguin pour un autre moyen de paiement: la carte de débit.

Mais si! Des chiffres le prouvent. Ainsi le consommateur effectue en Suisse 47,7% des transactions avec du liquide et celles-ci équivalent à 26,5% de ses dépenses. Simultanément il ne paie guère plus que le quart de ses achats avec la carte de débit, mais ces opérations constituent déjà près de 29% du coût global de ses emplettes. Le second mode de paiement est donc utilisé moins souvent, mais pour des montants plus élevés.

Cette évolution, comme d’autres facteurs, semble encourager les grandes banques à diminuer la présence d’automates à monnaie dans leurs réseaux d’agences respectifs. UBS y a ainsi réduit de près de 17% le nombre de ces machines au cours des dix dernières années et Credit Suisse de 20%.

«Les retraits d’espèces, aux distributeurs automatiques ou aux guichets, diminuent régulièrement dans nos succursales, conformément aux tendances prévalant sur le marché, relève Jean-Paul Darbellay, porte-parole de Credit Suisse. Des solutions de paiement mobiles, comme Twint, Apple Pay, Samsung Pay ou Google Pay prennent en revanche de l’importance. Ces dispositifs mobiles rendent les paiements plus faciles, plus rapides et plus sûrs.»

En matière de bancomats et de cash, PostFinance ne relâche en revanche pas ses efforts. La filiale de La Poste suisse a augmenté de 20% l’effectif de ces engins en dix ans. «Nos clients peuvent en plus utiliser notre carte pour retirer de l’argent liquide sans frais chez de nombreux partenaires, comme Migros, les CFF, Coop Pronto, Denner ou Manor», indique Johannes Möri, porte-parole de PostFinance. P. RK

Créé: 08.02.2020, 22h25

Nombre de bancomats attaqués à l'explosif

Genève renforce la sécurité face aux attaques à l’explosif

L’an dernier, le canton du bout du lac a été la cible de huit attaques de bancomats, dont six par explosion. Jusqu’à présent, les criminels utilisaient du gaz, mais désormais ils sont passés à la vitesse supérieure.

«2019 a marqué l’apparition avérée d’un nouveau moyen explosif, soit l’usage de TATP», rapporte Alexandre Brahier, porte-parole de la police genevoise. Également appelé mère de Satan, à base de peroxyde d’acétone, cet explosif est très prisé de l’État islamique.

La bombe fabriquée est artisanale. «Le TATP ne provient évidemment pas de fournisseurs agréés, mais est produit dans des ateliers clandestins et est considéré comme particulièrement instable», précise Alexandre Brahier.

L’Office fédéral de la police (FedPol), compétente en matière d’explosifs, indique que les composants sont achetés sur internet. C’est également sur internet que les criminels trouvent des tutoriels nécessaires à sa fabrication.

Lors d’une attaque, l’un des auteurs «officie comme artificier, amateur, voire inexpérimenté, mais dont on ne peut que douter des compétences techniques réelles», estime la police genevoise. Son action comporte d’importants risques pour les malfaiteurs mais aussi pour les civils et les forces de police.

«Un dosage mal maîtrisé peut conduire, dans le meilleur des cas, à une tentative et, dans le pire, à une explosion trop importante», indique Alexandre Brahier.

La police a donc adapté sa manière d’intervenir. Les démineurs du Nedex doivent parfois se déplacer. La vulnérabilité de Genève, du fait de la proximité de la frontière, et la multiplication des attaques a poussé le canton à mettre en place une brigade d’enquête dédiée aux bancomats.

«Elle œuvre tant dans le domaine de l’analyse et de la prévention que dans la poursuite des auteurs», détaillent les forces de l’ordre. Ce groupe spécialisé dans les distributeurs échange aussi régulièrement avec les polices étrangères et des autres cantons suisses.

Les mesures genevoises ont permis de ralentir le rythme des attaques. Elles ont cessé après l’interpellation, en septembre der, de trois auteurs de l’explosion d’un bancomat à Bernex. Elles ont toutefois
repris le 31 janvier lorsqu’un distributeur UBS a été éventré par une explosion à Cologny.

Articles en relation

Huit et neuf ans de prison pour les braqueurs de la Coop des Palettes

Tribunal criminel L'homme qui a tiré quatre fois dans le supermarché et son complice ont été condamnés par le Tribunal criminel. La tentative d'assassinat n'a pas été retenue. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.