Du champ à l’assiette, on perd un tiers des aliments

Carottes pas assez belles, poissons pêchés accidentellement, pain sec: le long de la chaîne de production, les déchets sont nombreux.

Des denrées alimentaires récoltées dans les poubelles de supermarchés français par une association de lutte contre le gaspillage (Photo d'illustration).

Des denrées alimentaires récoltées dans les poubelles de supermarchés français par une association de lutte contre le gaspillage (Photo d'illustration). Image: AFP

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Les ménages helvétiques jettent jusqu’à 100 kilos de denrées alimentaires par an et par habitant. De leur côté, l’agriculture, les transports, l’industrie et le commerce contribuent au gaspillage à hauteur de 200 kilos par habitant. Environ un tiers de la production destinée aux Suisses est ainsi perdu. En gérant mieux ses provisions, une personne pourrait économiser jusqu’à 620 francs par an. Ce gâchis a aussi un impact sur la nature. Selon l’Office fédéral de l’environnement, il correspond à près de la moitié de l’impact causé par le trafic individuel motorisé. Le 15 mars, la Fédération romande des consommateurs (FRC) a profité de la journée des consommateurs pour lancer un appel contre ce gaspillage. La chasse est ouverte!

Pain et pâtisseries

«Beaucoup de céréales sont perdues dans les moulins, car nous avons des exigences de qualité élevées pour assurer un pain blanc standard», explique Claudio Beretta, fondateur de l’association Foodwaste.ch. Pour produire de la farine blanche, il faut retirer le son. Selon cet expert, on pourrait éviter environ 100 000 tonnes de perte si tous les Suisses privilégiaient le pain intégral. Parfois aussi des miches sont jetées le jour de leur production parce qu’elles n’ont pas été vendues en fin de journée. Or mettre une livre de pain à la poubelle revient à gâcher cinq baignoires d’eau utilisées pour sa production.

«On pourrait proposer ces invendus à prix réduit», plaide Claudio Beretta. Des solutions pour les ménages? On peut privilégier le pain au levain, qui se garde mieux. Si votre baguette est dure, pensez au grille-pain ou cuisinez-la. Et si vous ne voulez pas de pain au restaurant, précisez-le dès qu’on le pose sur la table. «Dans la restauration, il ne peut normalement pas être proposé à d’autres clients, pour des raisons d’hygiène», complète Barbara Pfenniger, responsable alimentation à la FRC.

Poissons

Le principal problème vient des prises accessoires (ou accidentelles) lors de la pêche, qui, souvent, sont rejetées à la mer. La solution pour le consommateur est de privilégier certains labels. Une partie de la production des piscicultures est en outre transformée en farine pour nourrir d’autres poissons. «On pourrait leur donner des granulés à base d’algues, riches en protéines», commente Barbara Pfenniger. Autre péché, nous privilégions les filets de poissons, ce qui provoque du gaspillage. Selon Barbara Pfenniger, on pourrait faire, avec les déchets qui en résultent, une farine riche en acides gras oméga 3, un très bon complément alimentaire.

Fruits et légumes

Une carotte a deux jambes? Elle risque de terminer au compost! Les normes esthétiques entraînent de grosses pertes, alors que de nombreux consommateurs semblent prêts à passer outre. Claudio Beretta en veut pour preuve une expérience faite en Grande-Bretagne. «En 2009, après de fortes pluies, les pommes de terre manquaient. Les normes esthétiques ont été revues à la baisse. Les gens l’ont accepté.» Pour que cela soit possible, il faut toutefois que tous les producteurs appliquent la même règle.

«Lorsque le marché est saturé, certaines salades sont laissées dans les champs», ajoute Barbara Pfenniger. Fruits et légumes mûrissent souvent en même temps et la demande ne suit pas forcément. Là, les consommateurs devraient être plus flexibles. Les consommateurs, justement: au magasin, ils ont les yeux plus gros que le ventre. Le mieux serait de faire ses achats plus souvent, mais en plus petites quantités. La FRC recommande encore d’apprendre à connaître ses besoins en observant ce qui est mangé dans la famille, et de remplir son caddie en calculant des portions. Côté conservation, même si les légumes de garde ont une espérance de vie supérieure aux salades, ne faites pas trop de réserves, sauf si vous avez une supercave. Finalement, nous ne mangeons pas certaines parties de nos légumes, qui pourraient l’être, comme les feuilles ou le tronc du brocoli.

Agrumes et fruits exotiques

Claudio Beretta appelle les consommateurs à accepter que, certaines années, il y aura notamment moins d’oranges. «Nous avons l’habitude d’avoir une grande variété en permanence. Pour s’en assurer, il faut prévoir des marges, ce qui entraîne parfois des surproductions.» Barbara Pfenniger dénonce aussi la vente à l’unité. «Les ananas, par exemple, doivent être calibrés et les trop petits sont laissés de côté. La vente au poids serait une bien meilleure solution.»

Fromage et petit-lait

Quand on produit du fromage, il reste du petit-lait. «Traditionnellement, celui-ci était donné aux porcheries qu’on trouvait autour des fromageries pour nourrir les cochons, raconte Barbara Pfenniger. C’est de moins en moins le cas.» Certes, il est employé pour faire du Rivella ou du sérac, mais d’énormes quantités finissent dans les canalisations. «Cette substance est riche en protéines. On pourrait la réduire en poudre, et l’ajouter à d’autres aliments», estime Claudio Beretta. Pour les yogourts, il est bon de rappeler aux consommateurs que les dates de consommation ne sont pas parole d’évangile. Vous pouvez manger votre pot de deux jours à une semaine au-delà, voire plus. À ce sujet, les produits de garde peuvent être consommés bien après la date figurant sur la boîte derrière les mots «à consommer de préférence avant…»

Huiles

Certaines rancissent, comme celle de noix ou de lin, et doivent être gardées au frigo. Claudio Beretta ajoute que beaucoup de déchets restent sur les bras après le pressage. Or, il y a là des substances intéressantes. «Le nion de noix donne un bon goût aux gâteaux, confirme Barbara Pfenniger. Mais les restes du colza, par exemple, sont amers: on les utilise plutôt pour les animaux.»

Bœuf

Aïe, aïe, aïe! Nous aimons les filets, mais nous oublions d’autres parties qui, du coup, sont perdues. «Nous privilégions les pièces qui se rôtissent facilement, détaille Barbara Pfenniger. Nous savons de moins en moins cuisiner un rôti ou un ragoût, alors que ce n’est pas si compliqué.» Et puis la viande de vaches laitières, plus ferme et plus goûteuse, peut aussi être hachée.

Le site de la FRC donne des conseils pour lutter contre le gaspillage, accommoder ses restes et propose un guide sur les labels alimentaires réalisés avec le WWF. Guide pour les poissons.

Créé: 18.03.2020, 14h52

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