Un chêne trentenaire se bat en duel avec une villa

L’arbre contrarie la réalisation d’une villa familiale dans le hameau de Vers-chez-Perrin. Une autorisation d’abattage a été demandée, au grand dam de Pro Natura.

Le chêne, âgé de 35 ans, figurait sur la mise à l’enquête du projet avec la mention «arbre à conserver».

Le chêne, âgé de 35 ans, figurait sur la mise à l’enquête du projet avec la mention «arbre à conserver». Image: Jean-Paul Guinnard

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«Au pied de mon arbre, je vivais heureux.» Manifestement, ce couple de Vaudois de Payerne n’a pas l’intention d’entonner un jour dans son jardin l’air célèbre de Georges Brassens. Selon la demande déposée jusqu’au 20 août au pilier public de la Commune, il souhaite en effet faire tomber le chêne trentenaire qui se dresse fièrement sur la parcelle où il entend construire sa villa. Ce que plusieurs personnes contestent, comme en témoignent les oppositions venues sanctionner la demande d’abattage.

Pro Natura figure au nombre des opposants. Et ce qui agace avant tout sa section vaudoise, c’est que les propriétaires de ce terrain situé à Vers-chez-Perrin - un des quatre hameaux du bourg broyard – ont visiblement changé de plan depuis le début de l’année. Lorsqu’ils ont mis à l’enquête publique la construction de leur villa familiale fin février, leur projet composait avec la présence de l’arbre, en bordure de parcelle.

«Le plan joint au dossier consultable auprès de l’administration communale et sur le site de la CAMAC (Centrale des autorisations en matière de construction) indiquait noir sur blanc la présence de ce chêne avec la mention «arbre à conserver». Comment peut-on dès lors revenir quatre mois plus tard avec une demande d’abattage et faire comme si les deux objets n’étaient pas liés?» s’énerve Pierre Hunkeler, membre du comité de Pro Natura Vaud.

Et ce n’est pas la justification versée au dossier qui va l’apaiser. Elle indique que la position de l’arbre entre en conflit avec la construction d’une villa. «Mais il est évident que c’est bien le contraire, que c’est la construction de la maison qui entre en conflit avec l’arbre. Ce dernier ne peut évidemment pas être déplacé, contrairement à la villa, reprend-il. Et la taille de la parcelle le permettrait.» Selon l’écologiste, le chêne se trouvant en bordure de terrain, il suffisait de tenir compte de sa position au moment de l’élaboration des plans.

Le propriétaire affirme ne pas avoir reçu pour l’heure de retour de la Municipalité de Payerne au terme de la deuxième procédure d’enquête. Il ne souhaite dès lors pas s’exprimer. «La situation va apparemment être très compliquée, c’est un fait. La seule chose que je peux dire, c’est que quand on est arrivé avec la demande d’abattage, la Municipalité a accepté de la publier. Maintenant, j’attends qu’elle revienne vers nous pour voir quelle suite à donner à toute cette histoire.»

Du côté des autorités communales, on confirme que des oppositions ont bel et bien été déposées. «Elles sont en cours de traitement par notre Service de l’urbanisme et nous nous déterminerons au terme de la procédure», affirme la syndique, Christelle Luisier. Pour sa part, l’architecte tempère.

«Nous n’avons pas l’intention de raser l’arbre pour le raser», explique-t-il. Il assure que l’objectif initial était de le conserver. «Mais après une étude d’implantation concrète sur site, il apparaît que ses racines risquent d’être trop abîmées et qu’à terme il ne survive pas. Les règlements communaux et cantonaux autorisant l’abattage dans ce type de situation, la demande de mise à l’enquête est apparue comme une précaution nécessaire.»

Pour Pro Natura, les choses sont claires: la construction peut se faire, mais l’arbre doit rester debout. L’organisation exige donc que la demande d’abattage soit considérée comme nulle. «Le dossier ne mentionne même pas de mesures de compensation. Généralement, on propose un montant financier ou, le plus souvent, le replantage d’arbre.»

Réponse de l’architecte: «Mais c’est évident que si on l’abat, on replantera une essence de valeur écologique équivalente. C’est de toute manière une exigence légale.» Quoi qu’il en soit, dans son opposition Pro Natura demande donc à obtenir l’assurance que la Municipalité de Payerne prendra toutes les mesures nécessaires pour que le chantier ne porte pas préjudice à l’arbre, son tronc, sa couronne et ses racines. «On a déjà vu, lors de chantiers de construction qu’au cours d’une manœuvre, une machine abîme malencontreusement un arbre…» soupire, non sans ironie, Pierre Hunkeler.

Créé: 24.08.2019, 22h34

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