«Le chien euthanasié est une victime collatérale»

Un chiot avait été euthanasié par crainte de la rage. Un test pratiqué après sa mort a révélé qu’il était sain. Le vétérinaire cantonal s’explique.

Michel Rérat est le vétérinaire cantonal genevois depuis bientôt quatre ans.

Michel Rérat est le vétérinaire cantonal genevois depuis bientôt quatre ans. Image: Nicolas Righetti/Lundi13

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Un chiot ukrainien entré illégalement en Suisse a été euthanasié le 10 janvier par les autorités genevoises. Une décision prise le jour même qui avait choqué sa propriétaire. Une analyse pratiquée post mortem avait en effet révélé que l’animal n’était pas malade. Le vétérinaire cantonal, Michel Rérat, justifie la sentence qu’il a prononcée.

Pourquoi le chiot «Mikle» a-t-il été euthanasié?

Plusieurs manquements, comme une non-annonce à la douane, une puce non homologuée, la provenance d’un pays à risque de rage et des documents officiels falsifiés, nous ont fait évaluer le risque comme grave. Sa propriétaire a été entendue le 8 janvier. Elle ne nous a pas fourni d’informations supplémentaires, alors qu’elle avait eu trois semaines pour le faire. Nous avons demandé au laboratoire officiel. Il n’avait pas délivré ce document, il y avait alors une forte suspicion de trafic. Pour nous, cela devenait vraiment grave, surtout au vu de l’origine du chien, l’Ukraine, pays où la rage est présente. Ne restait plus que l’option de l’analyse, sur le cerveau de l’animal, pour déterminer s’il était atteint de la rage. Le test a heureusement été négatif.

La propriétaire est-elle à l’origine du faux document ou est-elle victime?

Elle a déclaré qu’elle a été en contact avec une association de protection des animaux en Ukraine. Nous ne pouvons déterminer exactement si elle en a été victime ou non. Mais, comme je l’ai écrit dans ma décision, j’ai pu voir que son nom figurait dans les personnes de contact sur le site de l’organisation.

Quel danger représente la rage aujourd’hui?

Le danger est encore très présent, même si la maladie a disparu de Suisse et semble donc lointaine. Pas loin de chez nous, dans les Balkans, au Maghreb et en Europe de l’Est, elle est encore présente et n’est pas surveillée. Une importation venant de ces pays est donc plus sensible. La rage est encore responsable de 59 000 décès par an dans le monde et il n’y a aucun traitement. Au printemps 2019, une infirmière norvégienne qui avait rapporté un chiot d’Indonésie en est morte.

Les défenseurs des chiens et de leurs propriétaires vous accusent d’euthanasier trop facilement. Que répondez-vous?

Ma mission est d’assurer la sécurité des détenteurs et des chiens, de leur permettre de se promener en sécurité à Genève. Les mesures que je dois émettre sont là pour protéger la population. C’est quand la situation est vraiment défavorable que nous ordonnons une euthanasie. Dans la majorité des cas, on essaie de prononcer des isolements à domicile. Mais il faut vraiment s’assurer que les risques que le chien soit porteur du virus soient faibles.

Quand un chien vient d’un pays à risque de rage, ne serait-il pas possible de le laisser en quarantaine plutôt que le piquer?

Cela ferait courir un risque aux personnes soignantes. La période d’isolement dure 180 jours pour les pays à risque de rage. Nous ne pouvons garder un chiot seul car, en période de socialisation, cela pose vraiment des questions de protection des animaux. Il faudrait donc mettre un deuxième chien avec lui. Et s’il s’avère que le premier avait la rage, ce sont deux animaux qu’il faudrait euthanasier.

«Mikle» a été euthanasié le jour de la décision, rendant tout recours inutile. Est-ce bien normal?

Cela dépend du risque encouru. Quand il s’agit d’un cas de zoonose (ndlr: maladie transmissible d’un animal à l’homme et inversement), j’ai besoin de savoir dans les plus brefs délais si l’animal est atteint ou non. Et, malheureusement, le test de la rage se fait après la mort. En fait, nous n’ordonnons pas la mort de l’animal mais plutôt son analyse. Il y a un droit d’opposition à ma décision mais a posteriori. Alors oui, c’est une douche froide car vous apprenez coup sur coup le décès de votre animal et le résultat négatif du test. Les gens disent alors qu’on l’a tué pour rien.

À l’ère des revendications antispécistes, n’est-ce pas rétrograde de punir un animal pour les erreurs de son maître?

Nous avons une mission de protection sanitaire de la population. Cela est malheureusement injuste pour l’animal du fait du comportement de son maître, le service vétérinaire est tributaire de la situation non conforme. C’est tout de même le propriétaire qui n’a pas respecté les règles d’importation.

Vous comprenez que cela choque?

Bien sûr, je comprends l’émotion. Cette solution est insatisfaisante pour tous. Ce qui est dur, c’est que le chien est la victime collatérale. Toutes les mesures que nous devons prendre, c’est lui qui en subit les conséquences. Nous essayons de sensibiliser les gens pour éviter que ceux-ci ramènent des chiens illégalement surtout de pays à risque de rage.

On peut imaginer que le vétérinaire chargé de l’euthanasie le vit mal…

C’est sûr. Cela se fait sur ordre du vétérinaire cantonal, le praticien doit exécuter la mesure ordonnée. Il y a une certaine colère pour le professionnel. Pas contre moi mais contre ces personnes qui mettent le chien dans cette situation.

Créé: 01.02.2020, 22h57

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