Le Conseil islamique de Blancho enseigne à manier le couteau

Le Conseil central islamique suisse a organisé un camp de survie réservé aux jeunes hommes, avec leçon de maniement du couteau. Dans quel but? Enquête.

Combien de participants à ce week-end? Où était-ce? Le CCIS, présidé par Nicolas Blancho, n’a pas souhaité répondre. Image: Peter Klaunzer/Keystone, DR

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L’annonce interpelle. On y vante un week-end de survie réservé aux jeunes hommes, durant lequel les participants apprennent notamment «la psychologie dans des situations d’urgence» et le «maniement du couteau».

Cette annonce a été postée sur le site du Conseil central islamique suisse (CCIS), alors qu’un recours est pendant contre son président, Nicolas Blancho, et son porte-parole, Qaasim Illi, pour propagande terroriste.

En juin 2018, les deux hommes ont été acquittés par le Tribunal pénal fédéral à cause d’un vice de forme. Mais deux vidéos qu’ils avaient relayées sur les réseaux sociaux ont été reconnues comme du matériel de propagande pour le groupe terroriste Al-Qaida. L’auteur des vidéos, Naïm Cherni, a été condamné à 20 mois de prison avec sursis. Il a aussi fait recours.

C’est dans ce contexte que le CCIS a organisé, les 21 et 22 septembre dernier, son premier camp de survie avec leçon d’utilisation du couteau.

«Pure provocation»

Deux spécialistes de la sécurité que nous avons contactés sont interloqués. «Nicolas Blancho joue toujours avec les limites et essaie ensuite de s’en défendre. Mais on sort d’un attentat à l’arme blanche à Paris. Proposer ce genre d’activités quand on est en attente d’un procès pour diffusion de propagande terroriste, c’est de la pure provocation», estime Frédéric Esposito, politologue au Global Studies Institute, à Genève.

Un autre expert en sécurité, qui requiert l’anonymat, estimant son analyse sensible, réagit ainsi: «C’est une manière d’approcher les jeunes pour les mettre dans un moule. Ce sont des méthodes qui ont conduit, en d’autres circonstances, à mener des gens sur des théâtres de guerre. Mais, bien sûr, le clan Blancho dira que c’est de la parano. Et il en profitera pour se poser en victime, la stratégie est connue. On a affaire à une organisation maîtresse dans l’art de marcher sur le fil du rasoir.»

Sollicité pour des précisions sur son camp de survie – Où était-ce? Combien de personnes y ont participé? Y a-t-il un lien avec l’islam? Qui donnait le cours de couteau? Etc. –, le CCIS nous répond ainsi qu’il «n’a aucun intérêt à contribuer à un article, qui vise uniquement à le diaboliser, et avec lui l’islam et les musulmans de ce pays».

Dans les faits, le Conseil central islamique suisse, d’obédience salafiste, compte comme membres à peine 1% des musulmans de ce pays. Si Nicolas Blancho se défend d’avoir contribué à la radicalisation de qui que ce soit, son association a eu des liens troubles. Deux jeunes Biennoises parties en 2014 dans des zones contrôlées par l’État islamique étaient par exemple proches du CCIS.

Faut-il dès lors s’inquiéter des camps de survie qu’il organise? «Le CCIS agit par opportunisme. Il surfe sur la vague de radicalisation islamique tout en proposant une offre qui rencontre beaucoup d’intérêt aujourd’hui de manière générale. Mais le faire au grand jour n’a aucun sens si on a un agenda caché, estime Frédéric Esposito. En revanche, les frais d’avocats coûtent cher. L’offre me semble pertinente pour alimenter l’hypothèse d’une tentative de recruter de nouveaux membres tout en récoltant davantage d’argent.»

Liens rompus avec le Qatar

Tant Nicolas Blancho que Qaasim Illi sont en proie à des difficultés financières. En 2017, ils admettaient ne payer ni primes maladie ni impôts. L’association qu’ils dirigent est-elle aussi dans le rouge? Les derniers comptes publiés datent de 2013. Le Conseil central islamique suisse déclarait alors toucher 133 000 francs de cotisations de ses membres ainsi que 193 000 francs de généreux donateurs. Depuis, plus rien de public. Notre demande de pouvoir consulter le rapport d’activité 2018 est restée sans réponse.

En revanche deux éléments nouveaux montrent que les sources de financement étrangères dont a pu bénéficier Nicolas Blancho et son équipe se tarissent. En 2016, le Bernois converti admettait dans un entretien au «Temps» aller à l’étranger lorsqu’il avait besoin de financement. Il avait d’ailleurs fondé à Berne deux associations, avec pour président un membre de la famille royale du Qatar. Or nous avons découvert que ces deux associations ont été radiées du Registre du commerce au printemps de cette année. Le lien tendu vers le clan Al-Thani, qui gère la Qatar Charity, l’une des plus importantes sociétés caritatives du Golfe, est rompu.

Sa réorientation en une sorte de club de loisirs ne suit-elle que des motifs financiers? Notre expert anonyme en doute. «L’hypothèse me semble fragile. Pour moi, ce n’est pas avec cela qu’ils vont récolter de l’argent. En revanche ils vont attirer de nouveaux adhérents», s’inquiète-t-il. Prochaine montée d’adrénaline au calendrier du CCIS: une escape room fin octobre à Berne.

Créé: 12.10.2019, 23h01

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