Coronavirus: toutes les questions que vous n’osez pas poser à haute voix

L'épidémie actuelle nous plonge dans un univers inconnu. C'est pourquoi nous avons demandé à des experts de faire le point avec nous.

Image: Nicolas Denis

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Que l’on soit cloîtré chez soi ou que l’on doive malgré tout sortir, que l’on vive seul avec son chien ou dans une grande famille, l’épidémie actuelle nous plonge dans un univers inconnu, avec son lot d’interrogations. Il y a les grandes questions et les plus petites. Puis-je boire dans le même verre que mon enfant? Puis-je aller courir dans la nature? Nous avons demandé à des experts de faire le point avec nous.

Cliquez sur une des questions pour arriver à la réponse.

1. Dois-je renoncer à la femme de ménage?

2. Puis-je embrasser ma copine?

3. Est-ce le bon moment pour tromper mon conjoint?

4. Un ado peut-il apporter les courses à ses grands-parents?

5. Puis-je encore faire l’amour avec mon mari?

6. Comment est-ce que je fête l’anniversaire de ma fille?

7. Qu’est-ce que je risque si je fais une partie de foot?

8. Suis-je hors risques au-dessus de 1500 mètres d’altitude?

9. Combien de kilos vais-je prendre en deux mois de confinement?

10. Puis-je aller courir dans la nature?

11. Comment apprendre à ses parents Skype à distance?

12. Puis-je boire dans le même verre que mon fils?

13. Puis-je aller voir le bébé de ma sœur qui vient de naître?

14. Mon conjoint peut-il assister à mon accouchement?

15. Combien d’amis puis-je inviter chez moi?

16. Si on est sept en famille, comment faire pour le petit-déjeuner?

17. Puis-je prendre un bain avec mon bébé? Et l’embrasser?

18. Puis-je partir en vacances de Pâques à Appenzell?

19. Puis-je attraper le virus dans une chambre d’hôtel?

20. Combien de fois par jour dois-je nettoyer mon téléphone?

21. Puis-je aller à un enterrement?

22. Puis-je maintenir mon mariage?

23. Les solutions pour les mains sont-elles mauvaises pour mon chien, si je le caresse ensuite?

24. Si nous sommes plusieurs à caresser le chat, peut-on se transmettre le virus?

25. Comment expliquer le coronavirus à mes enfants?

26. Les enfants peuvent-ils voir leurs amis?

27. Si je ramasse un aliment tombé sur le sol et le mange, y a-t-il un risque?

28. Le virus peut-il se propager sur les billets et les pièces de monnaie?


1. Dois-je renoncer à la femme de ménage?

Des questions de ce type, on s’en pose tous. Qu’il s’agisse de savoir si l’on peut continuer de confier ses enfants à quelqu’un ou si l’on peut laisser la femme de ménage venir chez nous. Pour y répondre, les médecins recommandent de faire preuve de bon sens et de procéder à une pesée d’intérêts. D’un côté, il y a vos besoins. Typiquement, beaucoup d’entre nous peuvent se passer d’une femme de ménage mais certains parents doivent faire garder leurs enfants parce qu’ils travaillent. De l’autre côté, il faut tenir compte de l’objectif des mesures actuelles.

Les restrictions que nous connaissons, donc, visent à épargner les personnes les plus vulnérables et à réduire la propagation de l’épidémie dans la communauté en limitant les contacts au strict minimum. Si votre nounou appartient aux groupes à risque (plus de 65 ans ou personnes déjà malades), renoncez-y! «Il faut bien comprendre qu’un jeune peut aussi être à risque, par exemple s’il a un asthme sévère ou s’il est immunodéprimé», rappelle le médecin cantonal neuchâtelois, Claude-François Robert. Dans votre réflexion, gardez aussi en tête que si votre femme de ménage restera à distance pendant qu’elle nettoie (c’est indispensable), elle devra probablement prendre les transports publics pour se rendre chez vous. «Si vous avez des contacts avec des personnes extérieures, la règle absolue est que vous devez pouvoir leur faire confiance», poursuit Claude-François Robert. En effet, ces gens doivent vous dire s’ils ont été en contact avec des malades, s’ils se sentent eux-mêmes malades ou même simplement patraques. Une précision: on ne sait pas encore avec certitude si une personne infectée ne présentant pas encore de symptômes peut transmettre la maladie et, si c’est le cas, combien de temps avant l’apparition des symptômes elle peut être contagieuse. Les personnes asymptomatiques ne représentent en tout cas pas les sources principales de contamination.


2. Puis-je embrasser ma copine?

Non! Anne Iten, médecin adjointe au service de prévention et contrôle de l’infection aux HUG, répond par la négative. Les rapprochements physiques, les bises, les embrassades et les poignées de main sont à éviter. Et, a fortiori, les baisers langoureux. «Le principe de base est que moins il y aura d’interactions, moins le virus va circuler et plus nous pourrons infléchir la courbe du nombre de cas dans une dizaine de jours», complète Pierre-François Robert.


3. Est-ce le bon moment pour tromper mon conjoint?

Vous êtes totalement hors des clous! Il est conseillé de rester le plus possible à la maison et de garder ses distances avec les autres. Sachez aussi que si le préservatif permet de prévenir les maladies sexuellement transmissibles, il n’apporte pas de protection dans le cas qui nous intéresse. «Et lors de rencontres ponctuelles, vous n’avez aucune façon de savoir si votre partenaire est porteur du virus ou pas», complète Lakshmi Waber, président de la Société suisse de sexologie.


4. Un ado peut-il apporter les courses à ses grands-parents?

Les grands-parents en question font partie des groupes à risque. Il faut donc faire preuve d’une prudence toute particulière et éviter les contacts. Ainsi, le Conseil fédéral a répété à maintes reprises que les aînés ne doivent pas garder leurs petits-enfants. «Leur apporter les courses, c’est très bien, complète Anne Iten. Mais celui qui le fait doit d’abord s’assurer qu’il n’est pas malade. L’idéal serait de sonner à la porte, de poser les paquets et de partir. Il vaut mieux ne pas entrer dans l’appartement et garder ses distances.» Un sourire depuis le pas de la porte, et à deux mètres, est malgré tout possible.


5. Puis-je encore faire l’amour avec mon mari?

«Il y a deux éléments importants: surtout respecter les consignes de sécurité actuelles, et poursuivre des activités sexuelles plaisantes de couple, probablement différemment de l’habitude si l’on veut éviter les risques de contamination, répond le psychiatre Lakshmi Waber. Rien ne montre que le Covid-19 est une maladie sexuellement transmissible, mais faire l’amour comme d’habitude, en respectant une distance de deux mètres, ce n’est pas possible. Et si l’un des partenaires est infecté, l’autre court un risque.» Pour bien faire les choses, il faudrait même faire chambre à part. Car partager très sagement un lit entraîne déjà une promiscuité. «On voit qu’il y a des tensions entre les recommandations, le désir d’une sexualité idéale et ce qui est possible dans le contexte actuel», poursuit Lakshmi Waber.

Selon le sexologue, ces questions doivent être discutées dans le couple, en tenant compte de sa situation particulière (les risques de chacun et les contacts qu’on a avec l’extérieur, notamment). Des conjoints ont par exemple décidé de vivre momentanément dans des lieux différents, parce que l’un est à risque et l’autre a des contacts avec l’extérieur. «Ce sont des décisions difficiles, admet Claude-François Robert. Mais il ne faut pas oublier que si nos efforts actuels ont un coût, ils auront aussi un bénéfice.»

Retenez encore trois choses. Si une personne est malade, elle doit s’isoler seule au moins dix jours, et jusqu’à 48 heures après la disparition des symptômes. Et ceux qui ont été en contact avec elle mais ne présentent pas de symptômes doivent se mettre en quarantaine durant dix jours. Enfin, si un conjoint est à risque, il faut bien entendu redoubler de vigilance.

Si l’activité sexuelle habituelle n’est plus possible, Lakshmi Waber conseille de faire travailler son imagination, en se découvrant autrement et en variant les pratiques érotiques. «Nous parlons de sexe indirect. On peut par exemple utiliser des sex-toys télécommandés, de la lecture ou des messages érotiques. Les personnes qui vivent à distance peuvent aussi recourir aux vidéos ou aux tchats sur internet, mais il faut alors être certain de pouvoir faire confiance à l’autre et vérifier qu’on utilise un serveur sûr.»


6. Comment est-ce que je fête l’anniversaire de ma fille?

«S’il y a trois ou quatre copines sages et qui comprennent la nécessité de respecter certaines règles, cela devrait aller», estime Claude-François Robert. Quoi qu’il en soit, l’anniversaire en confinement est un challenge. Marie-France Roux, du service d’animation l’Effées Création, donne quelques idées pour rendre cette journée particulière, tout en évitant le maquillage ou les tatouages, qui nécessitent de se rapprocher.

On peut d’abord mettre un message sous l’oreiller de son enfant, pour bien commencer la journée. La chasse au trésor dans l’appartement est une autre possibilité, tout comme la fabrication d’une couronne, d’un diadème de princesse ou d’un casque de héros. La Valaisanne propose aussi d’adapter le jeu de la pêche aux compliments.

Habituellement, chacun écrit une gentille chose sur la personne ou la lui glisse à l’oreille. «Cette fois, vous pourriez demander aux membres de votre famille mais aussi aux parents de ses copains de réaliser une petite vidéo, puis faire un film de ces messages. Ce souvenir va ainsi rester.» Dernière suggestion, les enfants aiment chanter et danser. «Vous pouvez le faire dans le salon, en restant suffisamment éloignés. Avec quelques lumières pour l’ambiance, ce sera parfait.» Et même sans anniversaire, ces activités occuperont peut-être vos bambins dans les prochains jours…


7. Qu’est-ce que je risque si je fais une partie de foot?

Rappelons que toutes les manifestations publiques et privées, y compris les manifestations sportives et les activités associatives, sont interdites. Le Conseil fédéral a précisé vendredi cette règle en interdisant les rassemblements de plus de cinq personnes. Et quand on est peu nombreux, il faut respecter une distance d’au moins 2 mètres. Selon l’ordonnance fédérale, une amende de 100 francs est prévue pour les contrevenants. «Il faut arrêter de plaisanter», a martelé vendredi le ministre de la Santé, Alain Berset, en évoquant les groupes qui se retrouvent en différents lieux.

Les enfants, donc, peuvent certes jouer ensemble en petits groupes (jusqu’à cinq) mais l’entraînement de foot (comme tous les autres), lui, est suspendu. Et pour cause. «Pendant une partie, on est nombreux, on a des contacts, on souffle et on crache, note Claude-François Robert. Et on se retrouve encore ensemble dans les vestiaires.» Bref, si vous voulez faire du sport, il faut choisir les activités qui se pratiquent seul.


8. Suis-je hors risques au-dessus de 1500 mètres d’altitude?

Non. Les êtres humains transportent le virus et facilitent sa propagation lorsqu’ils ont des contacts. Peu importe l’altitude. Pour mémoire, et toujours selon les connaissances actuelles, le virus se transmet essentiellement en cas de contacts étroits et prolongés (moins de 2 mètres et au moins 15 minutes), si une personne tousse ou éternue et que les gouttelettes contenant le SARS-CoV-2 atteignent votre visage ou si vous touchez une surface sur laquelle se trouvent ces gouttelettes puis portez la main à votre visage. Alors, que ce soit en plaine ou en montagne, les recommandations restent valables (garder ses distances, éviter de sortir, tousser et éternuer dans un mouchoir, se laver les mains régulièrement).


9. Combien de kilos vais-je prendre en deux mois de confinement?

«Vous allez peut-être aussi perdre des kilos», s’exclame Laurence Margot, référente alimentation à la fédération Fourchette verte suisse. Ne plus aller au restaurant et zapper les apéros sera bénéfique pour certains. Quant au personnel de santé, il vivra lui aussi une situation différente du reste de la population. Cela dit, pour beaucoup d’entre nous, le stress et les grignotages qui l’accompagnent sont nocifs pour la ligne. Et la sédentarité également. Les grands sportifs seraient particulièrement inspirés de réduire leurs portions. Et pour éviter les en-cas à tout-va, Laurence Margot conseille de structurer ses journées même en étant chez soi et de rester attentif à ce qu’on avale en privilégiant le bas de la pyramide alimentaire (eau, fruits et légumes et farineux).

Selon la diététicienne, l’isolement actuel peut aussi être une occasion de repenser son alimentation et de cuisiner, par exemple avec ses enfants. Voire, pour ceux qui ont un jardin, de planter ses propres salades. «Les gens se sont jetés sur les raviolis en boîte qui ne présentent pas d’intérêt gustatif ni diététique, se désole-t-elle. Cela leur rappelle peut-être l’enfance.» Côté réserves, mieux vaut privilégier les aliments qu’on aime… Puisqu’ils risquent fortement de nous rester sur les bras. Au passage, Laurence Margot précise que les légumes congelés ou en conserve ont une qualité nutritionnelle pratiquement égale aux légumes frais vendus en grande surface. Avec une préférence pour les premiers car les conserves contiennent du sel et des sucres ajoutés.


10. Puis-je aller courir dans la nature?

«Personnellement, j’en rêve», soupire Claude-François Robert. Pour le médecin, les exercices dans la nature permettent de prendre soin autant de son physique que de son psychique, tout en gardant absolument ses distances avec les autres.


11. Comment apprendre à ses parents Skype à distance?

Stéphane Koch, expert en stratégie numérique, conseille de leur envoyer l’une des nombreuses vidéos qui circulent sur internet. En veillant à deux choses: qu’elle soit récente et que les indications fournies correspondent bien à leur ordinateur. Et si vous ne trouvez pas votre bonheur, filmez-vous, mettez votre chef-d’œuvre sur YouTube et envoyez le lien.


12. Puis-je boire dans le même verre que mon fils?

«C’est typiquement ce qu’il faut éviter et qu’on peut facilement proscrire, même dans la sphère familiale, répond Noémie Wagner, médecin adjointe au service d’infectiologie pédiatrique des HUG. Il ne faut pas partager un même verre, ni un même couvert.»


13. Puis-je aller voir le bébé de ma sœur qui vient de naître?

Les hôpitaux ont fixé des règles pour de telles visites. Aux HUG et à l’Hôpital du Jura, seul le père peut se rendre à la maternité. Les autres membres de la famille, y compris les frères et sœurs du bébé, sont interdits. Au CHUV et à l’Hôpital du Valais, aucune visite n’est autorisée, pas même le père après l’accouchement. Une fois votre sœur rentrée à la maison, Noémie Wagner recommande surtout aux grands-parents et aux personnes vulnérables d’éviter de telles rencontres. Et puis, toute la famille n’a pas besoin de voir la prunelle de vos yeux immédiatement.


14. Mon conjoint peut-il assister à mon accouchement?

Tous les hôpitaux pour lesquels nous avons pu recueillir l’information, dans les cantons de Vaud, Genève et du Valais, garantissent cet accès. Nous ne sommes malheureusement pas parvenus à obtenir l’information dans les autres cantons.


15. Combien d’amis puis-je inviter chez moi?

Les repas privés, et en petit comité, ne sont pas interdits. Sur son site internet, l’OFSP demande néanmoins à chacun de réduire au maximum ses contacts sociaux et appelle, au nom de la responsabilité individuelle, à éviter toutes les activités sociales qui ne sont pas absolument nécessaires. Quel est le nombre limite? Pour mémoire, les rassemblements de plus de cinq personnes sont interdits dans l’espace public. En réponse à notre question, Anne Iten estime qu’il faudrait se restreindre à une ou deux personnes, pour être sûr d’avoir assez d’espace entre les gens. Ou mieux, privilégier Skype ou le téléphone. «Dans la situation actuelle, il faut vraiment prendre toutes les mesures possibles pour garder de la distance.»


16. Si on est sept en famille, comment faire pour le petit-déjeuner?

«Respecter les deux mètres de distance est probablement impossible dans la cellule familiale, d’autant que la situation va durer plusieurs semaines, rassure Noémie Wagner. Les mesures actuelles visent surtout à éviter les contacts en dehors de la famille étroite. Et ce sont ces limitations-là qui feront la différence si elles sont bien appliquées.» Le conseil est de garder le plus de distance possible et de prendre des précautions, en évitant par exemple de vous passer la cuillère que vous venez de lécher, en isolant un éventuel malade et en étant particulièrement vigilant s’il y a une personne à risque. Interrogé vendredi sur la question de l’interdiction des rassemblements de plus cinq personnes, Alain Berset a noté qu’on n’allait par exemple pas demander, dans le cas d’une famille nombreuse, que trois enfants restent à une place et les deux autres ailleurs.


17. Puis-je prendre un bain avec mon bébé? Et l’embrasser?

Le virus risque-t-il de se transmettre avec l’eau? Cette réponse n’est pas connue. Par contre, une baignoire est un lieu exigu, et cette promiscuité peut permettre une telle transmission. Et puis, quand on partage un bain, il y a un contact physique… Toutefois, on ne peut pas éviter les contacts avec un petit enfant, qui a besoin d’être embrassé ou d’être pris dans les bras. Noémie Wagner invite chaque parent à se demander quels gestes sont importants et lesquels ne le sont pas. Et à renoncer aux seconds. «C’est une question d’appréciation. Le bain pourrait entrer dans la deuxième catégorie. D’un autre côté, vous aurez probablement d’autres contacts étroits avec votre enfant s’il est encore petit.»


18. Puis-je partir en vacances de Pâques à Appenzell?

Pâques, c’est le 12 avril et les fermetures annoncées par le Conseil fédéral vont durer au moins jusqu’au 19 avril. Les vacances de Pâques s’annoncent donc compromises et les déplacements ne sont pas indiqués. «Actuellement, nous ne savons pas combien de temps la crise sanitaire va durer et le mieux est d’attendre avant de faire des projets de voyage», conclut Anne Iten.

Lors d’une conférence de presse, l’Office fédéral de la santé publique a évoqué la possibilité que le pic de l’épidémie soit atteint à mi-mai. Mais cette information doit être prise avec des pincettes. L’OFSP précise qu’il ne s’agit que d’une possibilité et que la Confédération travaille sur différents scénarios. «Donner des dates ne serait pas crédible», renchérit Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale à l’Université de Genève. Pour les experts comme pour la Confédération, la réponse à cette question dépendra aussi de l’impact des mesures (de distance sociale et d’hygiène individuelle) qui sont mises en place, ainsi que de leur respect par la population.

Le fait d’atteindre le pic de l’épidémie ne signifiera pas non plus que tout sera derrière nous et que la vie pourra reprendre son cours habituel. «Le pic, c’est le pire moment, et non la fin», résume Antoine Flahault. Selon l’OFSP, les mesures de distanciation sociale seront probablement encore valables par la suite, afin de maintenir les transmissions à un niveau le plus bas possible.


19. Puis-je attraper le virus dans une chambre d’hôtel?

Le virus ne reste pas suspendu dans l’air. Par contre, les gouttelettes qui le contiennent (et que les malades expulsent quand ils toussent ou éternuent) peuvent se trouver sur certaines surfaces si elles n’ont pas été nettoyées. Pendant combien de temps? Cette question n’est pas résolue, même si on parle en général de quelques heures. Ce qui nous renvoie à l’un des conseils primordiaux: il faut régulièrement se laver les mains et le faire dans les règles de l’art! Et puis, même à la maison, pourquoi ne pas faire un peu de ménage? Les produits de nettoyage habituels sont efficaces contre le virus.


20. Combien de fois par jour dois-je nettoyer mon téléphone?

Les téléphones, c’est un fait, sont des nids à bactéries. «Il faudrait utiliser le plus possible le kit mains-libres», recommande Stéphane Koch. L’expert en stratégie numérique conseille en outre de désinfecter son portable une fois par jour. D’autres prônent même un lavage à chaque fois qu’on nettoie ses mains.

«J’ai vu que des publicités apparaissent sur internet, avec des nouvelles techniques pour les laver. Par contre, je ne peux pas vous dire si elles fonctionnent», raconte Stéphane Koch. Nous allons donc en rester aux bonnes vieilles méthodes. Stéphane Koch prône l’usage d’une lingette désinfectante. Certains portables peuvent aussi être lavés avec de l’eau et du savon. «Mais il faut faire attention de ne pas placer les connecteurs sous le flux du robinet. Avec la vitesse, l’étanchéité de l’appareil n’est pas garantie.» Et puis, un conseil: vérifier que votre modèle appartient à cette catégorie avant de l’asperger…


21. Puis-je aller à un enterrement?

L’ordonnance fédérale n’interdit pas les funérailles, mais elle autorise seulement des «inhumations dans le cercle familial restreint». Sans vraiment préciser le nombre maximum de personnes. Il appartient donc aux Cantons de clarifier et aux Communes d’appliquer.

Par exemple, à Genève, le Conseil d’État avait déjà interdit lundi tout rassemblement de plus de cinq personnes, mais «les funérailles sont l’une des exceptions à la règle», nous a expliqué Anne Humbert-Droz, cheffe du Service des pompes funèbres, cimetières et crématoire en Ville de Genève. Cela dit, «le Conseil administratif a estimé qu’une cérémonie dans la stricte intimité familiale ne devait pas réunir plus de 20 personnes. Et cela vaut uniquement pour les grandes salles de cérémonie, où les règles de distance sociale peuvent être respectées». Cette consigne était encore en vigueur vendredi soir, quelques heures après les nouvelles mesures annoncées par le Conseil fédéral.

Par ailleurs, précise Anne Humbert-Droz, les entretiens avec les conseillers funéraires se font désormais par téléphone et certaines des chapelles ont été fermées (notamment les plus petites, où l’on est trop serré) car il est nécessaire de pouvoir appliquer les mesures de sécurité et préserver la santé du personnel présent. Autre exemple: à la Municipalité de Lausanne, Pierre-Antoine Hildbrand, dont dépend l’Office des prestations funéraires, notait jeudi que «l’arrêté du Conseil d’État vaudois de mercredi interdit les rassemblements de plus de dix personnes (ndlr: à l’intérieur comme à l’extérieur). Nous appliquons donc cette règle au Centre funéraire de Montoie et avons transmis la consigne aux sociétés de pompes funèbres». Hier, le répondeur de l’Office des prestations funéraires lausannois avançait toujours le nombre maximum de dix personnes, précisant que cela inclut tous ceux présents: le célébrant, le personnel des pompes funèbres, etc.

«C’est parfois difficile pour les familles, reconnaît Pierre-Antoine Hildbrand. Celles qui voudraient se réunir en plus grand nombre, nous les encourageons à procéder d’abord à l’inhumation (ou à la crémation) puis à organiser plus tard un hommage funèbre, quand ces mesures auront été levées.»


22. Puis-je maintenir mon mariage?

Roméo et Juliette ont prévu de se marier cet automne. Ils ont réservé un château, choisi le traiteur et même trouvé un célébrant laïque pour les aider à créer une belle cérémonie. Le hic, c’est qu’ils comptaient lancer cette semaine les formalités au Service de l’état civil en vue de la signature du contrat de mariage, qui doit avoir lieu avant les festivités. Mais patatras! Le Service est fermé jusqu’à nouvel avis!

Leurs amis Pierre et Paul ont plus de chances, eux qui avaient déjà terminé les démarches et fixé la date de leur partenariat civil. Mais il y a un bémol. Face à l’officier d’état civil, ils ne pourront être que quatre: le couple et les deux témoins. Marie et Joseph, pour leur part, sont consternés en consultant le site internet de l’État de Vaud: «Dès mardi 17 mars 2020, toutes les formalités en matière d’état civil sont annulées. Aucun nouveau rendez-vous ne sera pris jusqu’à nouvel avis.» Même le call center ne répond plus. Une hot-line a bien été mise en place, mais «exclusivement pour les cas d’urgence» absolue, par exemple… «en cas de décès imminent d’une des personnes concernées»!


23. Les solutions pour les mains sont-elles mauvaises pour mon chien, si je le caresse ensuite?

«Non, ces produits sont plutôt mauvais pour la peau de ceux qui doivent en utiliser beaucoup», répond Sabine Nicod, présidente de la Société vaudoise des vétérinaires. Les animaux, eux, sont protégés par leurs poils et l’alcool s’évapore rapidement. Après, il vaut mieux éviter d’asperger les yeux de Médor avec un tel produit…

Selon l’OFSP, les animaux qui vivent sous le même toit qu’une personne infectée peuvent éventuellement l’être à leur tour, mais ils ne tombent pas malades. Si vous êtes isolé en raison du coronavirus, il faut toutefois éviter autant que possible le contact avec votre chien ou votre chat. Une personne en bonne santé doit s’en occuper. Et si Médor doit sortir, il faut le tenir en laisse, éviter les contacts avec d’autres personnes ou d’autres animaux et faire une promenade brève.


24. Si nous sommes plusieurs à caresser le chat, peut-on se transmettre le virus?

Si l’on considère Mistigri comme «une surface», ses poils pourraient abriter des gouttelettes contenant du virus, comme c’est le cas d’une poignée de porte… Mais restons simples, en appliquant une règle de base: il faut se laver les mains après avoir touché un animal domestique.


25. Comment expliquer le coronavirus à mes enfants?

Selon le psychologue Philip Jaffé, cette mission ne devrait pas être laissée aux seuls parents. «La première ministre norvégienne a organisé une conférence de presse destinée aux enfants. C’est une façon de rappeler qu’ils appartiennent à notre société. Le Conseil fédéral insiste sur le fait que nous devons être solidaires, et ce message doit aussi être relayé auprès des plus jeunes.»

Le psychologue suggère aux parents d’enfants de moins de 4 ans d’approcher le sujet sur une base ludique et plus fictive. Les parents sont des as pour expliquer la sexualité avec des histoires d’abeilles… «C’est tout aussi simple d’élaborer des fictions autour des comportements que nous devons mettre en place. Il faut mettre l’anxiété parentale de côté et s’inspirer du film «La Vita è Bella».» On peut aussi dire à ces petits qu’il y a actuellement une maladie qu’on ne peut pas voir. Et que pour rester en bonne santé, toute la famille doit être hyperattentive aux questions d’hygiène.

«Au final, les enfants de moins de 4 ans ne se posent pas tant de questions que ça sur le fond des choses, ils sont curieux et prennent plaisir à écouter les explications», poursuit Philip Jaffé. Comment vont-ils comprendre qu’on doive tout à coup arrêter de toucher les autres alors qu’habituellement, on leur dit de serrer la main ou d’embrasser les amis? Vont-ils désapprendre ces politesses? «En fait, les plus petits sont surtout des imitateurs qui calquent leurs comportements et leurs pensées sur celles de leurs figures de référence, c’est-à-dire leurs parents, sans trop se poser des questions. Donc l’adulte peut dire qu’il continue à aimer tout le monde et que nous allons le faire différemment.»

Les enfants un peu plus grands vont certainement poser des questions, s’ils ne l’ont pas déjà fait. Prenez le temps d’y répondre et faites-le en restant plutôt factuel. Selon l’âge, vous pouvez par exemple expliquer que nous sommes tous en train de nous battre contre cette maladie, aussi bien les camarades de classe, les maîtres, les voisins, la famille, les médecins que le reste de la population. «Les enfants connaissent les microbes. Vous pouvez donc leur dire que ce virus est une famille de microbes, qui va rendre des gens malades, surtout des personnes âgées.» Forcément, le fait que la routine change interpelle les plus petits. «Il faut dire que pendant un certain temps, on verra moins de monde et on fera moins d’activité physique, peut-être même seulement à l’intérieur. Mais que cela sera aussi l’occasion de passer plus de temps ensemble.»

Le Valaisan recommande encore de veiller à ce que les enfants, comme les adultes, puissent garder des liens sociaux au-delà du cercle familial. «On parle beaucoup des contacts par vidéo interposée avec les grands-parents. Ce serait bien de le faire aussi avec les camarades de classe.» Les enfants de plus de 14 ans, eux, risquent fort de ne pas avoir besoin de leurs parents pour conserver de telles relations! «Pour une fois, les parents devraient encourager ces moments de partage virtuels. Mais pour éviter qu’ils se produisent 24 heures sur 24, ils peuvent proposer de planifier des horaires consacrés à cette activité.»


26. Les enfants peuvent-ils voir leurs amis?

Oui, mais il faut éviter les attroupements, que ce soit dans les parcs ou ailleurs. Les regroupements à plus de cinq ne sont pas autorisés. Il est aussi recommandé aux enfants de respecter au mieux les règles d’hygiène et de garder les distances. Daniel Koch, responsable de la division maladies transmissibles à l’Office fédéral de la santé publique, a insisté cette semaine sur le fait que les règles valent aussi pour les parents. Face à la presse, ce mardi, il a relevé que ces adultes se regroupent autour des places de jeux pour discuter puis amènent les courses à leurs propres parents.


27. Si je ramasse un aliment tombé sur le sol et le mange, y a-t-il un risque?

Interrogé sur le sujet il y a quelques semaines, le médecin cantonal adjoint Éric Masserey répondait qu’il n’y avait pas de danger en ce qui concerne le coronavirus. Par contre, un tel comportement n’est pas recommandé si on veut éviter la gastro-entérite. Le coronavirus peut-il se transmettre par la nourriture? Selon l’OFSP, aucun cas de ce type n’est connu à l’heure actuelle. Il ajoute que, si vous ne souhaitez prendre aucun risque, il faut laver et chauffer correctement les aliments.


28. Le virus peut-il se propager sur les billets et les pièces de monnaie?

Dans un tweet diffusé il y a un mois, l’Organisation mondiale de la santé répond que, si l’hygiène des mains est bonne, le risque d’être infecté en touchant des objets, y compris de l’argent, des billets de banque ou des cartes de crédit, est très faible.

Créé: 22.03.2020, 09h30

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