Daillens: Les braqueurs du fourgon sont déterminés, aguerris et calmes

Plusieurs habitants du village vaudois ont filmé l’attaque d’un transport de fonds. Nous avons décortiqué ces séquences avec l’aide de l’expert en sécurité Alexandre Vautravers.

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L’attaque du fourgon blindé a eu lieu lundi dernier à 19 h 40 à la sortie du village de Daillens (VD). 20minutes.ch diffusait les premières images filmées de ce braquage sur les réseaux sociaux peu après 21 h. Quarante minutes plus tard, un communiqué officiel de la police cantonale vaudoise confirmait l’opération criminelle.

D’autres séquences filmées ont suivi sur internet. Une d’entre elles sort particulièrement du lot. Elle a été vue plus de 80 000 fois de lundi à vendredi sur 20minutes.ch. La qualité de ce document, publié par l’agence Keystone-ATS, explique ce score exceptionnel. C’est la première fois que le spectateur romand voit des vrais braqueurs à l’œuvre. Ils sont surpris juste après avoir arrêté par la force le transport de fonds.

L’auteur du film est un habitant de Daillens qui veut rester anonyme. Son attention a été attirée par le bruit de l’explosion qui a permis l’ouverture de la porte arrière du fourgon. Le témoin s’est retrouvé par hasard à quelques mètres du braquage, profitant de l’obscurité totale de la nuit. Les réverbères de la sortie du village éclairaient, en revanche, les malfaiteurs qui étaient filmés à leur insu.

Des détails surprenants

Les images montrent des criminels déterminés, aguerris et calmes. Chaque détail étonne. La lampe frontale, le cocktail Molotov, l’incendie, les caisses d’argent, les coffres des voitures ouverts, les papiers sur le sol, les parkas. Il y a aussi la solidarité qui s’exprime dans le groupe: les complices s’entraident pour faire vite. Le temps est compté. Pour mieux interpréter ces images, nous les avons décortiquées avec l’aide d’un spécialiste romand de la sécurité, Alexandre Vautravers.

Nous pouvons imaginer que ces auteurs agissent comme l’ont fait ceux des autres récentes attaques de transport de fonds en Suisse. Vaud est plus touché que les autres cantons. Six en 2018 et 2019. Les dernières attaques ont eu lieu au Mont-sur-Lausanne, à Chavornay et à La Sarraz. Les montants énormes transportés allèchent des bandes criminelles de Lyon, où convergent les enquêtes de police. Les auteurs de Daillens couraient toujours vendredi.

Plan d'urgence

Les spécialistes de la sécurité estiment que cette dernière attaque est celle de trop. À Daillens, de l’explosif a été utilisé. À La Sarraz, cet été, des coups de feu ont été tirés. Au Mont-sur-Lausanne, le feu avait été mis à des véhicules, à deux pas des habitations. Les partenaires public et privé tentent de trouver une solution pratique et viable économiquement (lire encadré ). Béatrice Métraux, conseillère d’État vaudoise en charge de la Police, a soumis un plan d’urgence à son gouvernement. Des propositions ont aussi été faites au niveau fédéral.

Le braquage d’un transport de fonds, image par image

L’attaque

Cette opération est relativement classique, selon notre expert, Alexandre Vautravers. Elle implique une bande armée, une dizaine de personnes, et «au moins quatre véhicules», explique-t-il. Une fourgonnette et une voiture de tourisme ont permis de stopper le transport de La Poste. Deux autres gros breaks de couleur noire ont été utilisés pour la fuite. L’attaque a eu lieu à la sortie du village de Daillens, où la route se réduit à une voie pour ralentir le trafic. À cet endroit, le centre colis de La Poste, point de départ et d’arrivée des convois, est à trois minutes.

«Les auteurs ont utilisé une fourgonnette bélier. Généralement il leur suffit de se mettre en travers de la route pour intimider le chauffeur d’en face et le contraindre à s’arrêter.» Simultanément, une petite voiture de tourisme a débouché à l’arrière du transport de fonds pour l’empêcher de reculer et l’immobiliser. Les convoyeurs sont pris en tenaille.

L’argent

Après avoir arrêté le véhicule et maîtrisé les deux convoyeurs dans la cabine semi-blindée, les assaillants s’occupent du coffre. Ils ouvrent la porte arrière du fourgon à l’aide d’un explosif, d’outils. Un complice s’engouffre dans la brèche et, depuis l’intérieur, jette les caisses contenant l’argent sur la route. À l’extérieur, d’autres personnes, munies de lampe frontale, récupèrent ces contenants et les chargent dans un break. Ces caissettes peuvent être en aluminium.

Les images indiquent que certaines sont transportées péniblement par deux personnes. Il est impossible de connaître le montant en jeu qui n’est jamais précisé par les autorités. Notre expert n’en dit pas davantage. Selon nos informations, les sommes peuvent être très importantes, jusqu’à 50 millions de francs par transport. Ce qui explique en partie l’attrait que représentent ces voyages pour ces braqueurs professionnels.

Le feu

Tout est organisé minutieusement, à la seconde près. Alors que certains s’occupent du chargement de l’argent volé, d’autres détruisent le matériel sur place. Les images montrent un homme qui met le feu aux véhicules qui ont permis d’arrêter le convoi. Il allume un cocktail Molotov et le jette dans la voiture de tourisme qui s’est collée à l’arrière du transport de fonds. La fourgonnette bélier, elle, avait pris feu quelques secondes auparavant. Le feu est utilisé pour effacer les traces, forcer les convoyeurs à sortir de leur cabine.

Selon notre expert, ces professionnels savent aussi utiliser les explosifs. Ils ne le font pas toujours. Il est en effet assez difficile de les manipuler en toute sécurité et de les fixer au bon endroit. Il est tout aussi difficile de choisir la bonne quantité. Enfin, la mise à feu de ces explosifs peut prendre plusieurs minutes, ce qui est parfois trop long pour une opération qui doit se dérouler le plus rapidement possible.

La fuite

Les auteurs n’affichent aucune précipitation. Ils chargent, incendient et montent dans les breaks noirs tranquillement. Les voitures s’en vont au pas. Ce calme n’étonne pas notre expert. Ces images ne montrent pas les hommes de main qui assurent l’encadrement de l’opération. Il y a certainement des hommes armés pour assurer la sécurité, guetter l’arrivée de la police.

Ce sang-froid s’explique aussi par le professionnalisme des auteurs, ajoute notre expert. «L’attaque a été planifiée, entraînée et exécutée avec un grand degré d’expérience.» La préparation est la clé du succès. Les auteurs effectuent des reconnaissances sur place et des filatures pour choisir où agir. Ils font aussi des enquêtes et des planifications détaillées. Tout cela demande du temps, de l’argent et des ressources humaines. «Des complicités internes facilitent peut-être ce travail, mais une opération reste avant tout une action planifiée de longue date.»

Images: Keystone

Créé: 07.12.2019, 23h01

Les fourgons ne doivent plus se déplacer seuls, mais escortés»

Le fourgon a été braqué à Daillens. À deux pas du centre colis de La Poste, point de départ et d’arrivée des convois de fonds. Il y a deux chemins pour accéder à ce terminal depuis l’autoroute A1. Le lieu de l’embuscade, lundi dernier, était isolé, à la sortie du village. Il y faisait nuit noire à 19 h 40.

Comment faire pour améliorer la sécurité? «Les transports de fonds ne doivent plus se déplacer seuls, mais en convoi ou escortés», estime Alexandre Vautravers. Cet expert, coordinateur du MAS en sécurité à l’Université de Genève, estime que des mesures d’urgence peuvent être prises. Ces caravanes de convoyeurs se composeraient de fourgons pour l’argent et d’autres véhicules pour l’escorte armée.

Notre expert propose d’autres solutions. Selon lui, la collaboration avec les patrouilles de police et le renforcement de la surveillance aux frontières sont essentiels: les braqueurs viennent de France voisine.

Ces propositions s’ajoutent à celles déjà formulées la semaine dernière. Cette dernière attaque à Daillens a été un déclic. Les partenaires public et privé estiment qu’il faut agir vite. Un terrain d’entente a déjà été trouvé sur trois points: le blindage renforcé des véhicules, la destruction automatique de l’argent et la limitation des montants transportés. Reste la question des coûts et du timing.

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