La dernière ferme de Lausanne doit disparaître

Vieille de plus de 200 ans, la ferme Aebi pourrait céder la place à des immeubles. Des habitants du quartier se mobilisent pour y préserver un peu d’agriculture.

Sur un peu moins de 2 hectares, le domaine Aebi forme un véritable îlot paysan au milieu d’un quartier urbanisé.

Sur un peu moins de 2 hectares, le domaine Aebi forme un véritable îlot paysan au milieu d’un quartier urbanisé. Image: Jean-Paul Guinnard

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L’endroit est des plus champêtres, avec ses arbres fruitiers, ses serres et son marché à la ferme. Une vision agricole qui contraste pour le moins avec la rangée d’immeubles plantée juste derrière. C’est que nous ne sommes pas dans le Gros-de-Vaud, mais bien à Lausanne, au beau milieu du quartier de Chailly.

Vieille de plus de 200 ans, la ferme Aebi a connu l’époque où les environs comptaient plus de champs que d’habitations. Aujourd’hui, elle n’est autre que la dernière exploitation agricole en zone urbaine lausannoise. Depuis quelques semaines, les Chaillérans se font pourtant à l’idée de voir disparaître l’antique maison paysanne.

«J’en suis tombée par terre», lance une dame venue acheter des fruits et légumes sur place, comme c’est l’habitude pour nombre de gens du coin. Mais pour Jean-Marc Aebi, le propriétaire des lieux, il n’y a pas d’autre solution que de tourner la page: «J’ai les cheveux blancs, et mes enfants ne sont pas intéressés à reprendre le flambeau. Ils font tous des métiers bien différents!»

Sur la parcelle occupée par la ferme familiale, il prévoit désormais de construire quatre immeubles de quatre étages destinés au logement. Le projet, qui a déjà fait l’objet d’un concours d’architecture est aux mains des services de la Commune en vue d’une mise à l’enquête publique. «Le marché à la ferme continuera jusqu’à la fin de l’année. Les travaux pourraient commencer début 2020», détaille Jean-Marc Aebi.

«J’ai été maraîcher pendant quarante ans avec grand bonheur, mais force est de constater que cette ferme tombe en ruine.» S’asseoir dans la cuisine de la vieille bâtisse ramène effectivement dans les années 50.

Au mur, il montre une photo délavée de son grand-père: «C’était l’un des derniers maraîchers à venir au marché de Lausanne avec une carriole tirée par un cheval.» Avec la disparition des grands-parents, il y a trente ans, la maison a cessé d’être habitée, mais la ferme a continué d’être bien active. Elle est connue loin à la ronde pour ses sapins de Noël, et elle produit encore ses propres fruits et légumes vendus sur place avec ceux d’autres producteurs de la région.

Propositions de la population

Alertés par la nouvelle, plusieurs riverains se sont réunis au cours de l’été pour évoquer l’avenir de ce dernier vestige paysan en ville. Mais l’humeur n’est pas à lancer une opération de sauvetage.

«La destruction de la ferme embête tout le monde, mais comme le bâtiment n’est pas classé, il n’y a pas grand-chose à faire. La disparition de l’offre de vente directe est peut-être ce qui a fait le plus parler», souffle Lionel Zufferey, l’un des organisateurs de ces rencontres citoyennes. Il constate que le bâtiment de la ferme se trouve sur un terrain qui appartient à la famille Aebi. En revanche, une partie du périmètre est, quant à lui, propriété de la Commune. «À ce stade, nous voulons saisir l’opportunité de proposer des projets à la Ville pour maintenir de l’agriculture urbaine sur ces parcelles-là.»

La vente directe est très prisée des Lausannois. Sa disparition à la fin de l’année fait beaucoup parler d’elle. Photo: Jean-Paul Guinnard

Fin août, une petite délégation a rencontré des représentants de la Commune pour présenter les envies des habitants: jardins communautaires, potager pédagogique, vente de légumes et de produits du terroir font partie du lot. Mais il est aussi question de créer une buvette, un terrain d’aventures, voire un four à pain communal. «La Ville a recueilli nos propositions, la balle est dans leur camp», estime Isabelle Veillon, de l’association locale Chailly 2030, qui a également participé aux réflexions.

Il est encore trop tôt pour dire si le projet de remplacer la ferme par un lot d’immeubles rencontrera des oppositions lors de la mise à l’enquête. «Notre association ne va pas passer son temps à lutter contre la destruction de la ferme. Ce serait un travail énorme», indique pour sa part Isabelle Veillon. En revanche, certaines voix en appellent déjà à la Municipalité: «À l’heure où l’on ne cesse de parler de nature en ville, il y a un devoir de prendre soin de ce vestige du passé paysan de Lausanne!» estime Grégoire Gonin, un autre habitant des environs.

«Si la Municipalité souhaite préserver cette ferme, elle garde la possibilité de refuser le permis de construire, explique pour sa part le syndic de Lausanne, Grégoire Junod. Mais nous devrons faire une pesée d’intérêts en tenant compte notamment de la valeur patrimoniale du bâtiment et les rénovations nécessaires au vu de l’état dans lequel il se trouve.»

La municipale Natacha Litzistorf, qui défend une politique de promotion de l’agriculture urbaine à Lausanne ne donne pas non plus d’assurances sur l’avenir de la vieille maison paysanne. Elle assure toutefois que les parcelles aux mains de la Ville garderont une vocation agricole et accueilleront un projet en lien avec la Stratégie d’agriculture urbaine votée par le Conseil communal en juin 2018: «Nous sommes en discussion avec des Chaillérans qui ont de belles idées. Le projet n’est pas encore ficelé et il se construira sans doute sur plusieurs années.»

Créé: 07.09.2019, 22h15

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