Des gobelets connectés pour lutter contre la déshydratation des seniors

La technologie s’invite toujours plus dans les EMS. Dernière invention en date, un petit verre très malin, qui permet de s’assurer en temps réel que les résidents boivent suffisamment.

95 ans, réside à l’EMS le Grand-Pré, à Cheseaux (VD), qui teste des verres connectés. La carte, à son cou, permet de transmettre, en direct, les données sur sa consommation.

95 ans, réside à l’EMS le Grand-Pré, à Cheseaux (VD), qui teste des verres connectés. La carte, à son cou, permet de transmettre, en direct, les données sur sa consommation. Image: Yvain Genevay

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C’est un banal verre en plastique, muni d’un fond blanc et épais. Dans ce petit boîtier, un concentré de nouvelles technologies. Lorsque Liliane Bieri, 95 ans, porte son jus d’orange à ses lèvres, le verre indique en direct la quantité exacte de liquide ingurgité.

Et si la coquette vieille dame n’a pas assez bu pendant la journée, son gobelet commence à émettre une petite lumière bleue clignotante. Un rappel utile, tant pour elle que pour le personnel soignant, qui permet de mieux gérer la problématique complexe de la déshydratation chez les personnes âgées.

Vertiges, chutes, troubles du comportement: parmi les maux de la vieillesse, la perte de la sensation de soif peut avoir de graves conséquences chez les seniors. Depuis le début de l’année, quelques EMS vaudois, dont celui du Grand-Pré, à Cheseaux-sur-Lausanne, testent cette nouvelle invention.

«En gériatrie, les gens sont souvent confus et ne font pas toujours le lien entre la gêne qu’ils ressentent et la soif, explique Sibylle Thiébaud directrice de l’accompagnement de la fondation Primeroche, en charge de l’établissement. Le personnel doit donc être extrêmement attentif à la consommation d’eau, mais c’est compliqué. Cela demande une surveillance quasi permanente, et l’information peut se perdre entre les différentes équipes de soignants.»

Difficile, en outre, de savoir qui finit réellement son verre ou n’en boit que quelques petites gorgées. «C’est compliqué de quantifier la consommation réelle, confirme Sibylle Thiébaud. Sans compter qu’une personne confuse ne sait pas quoi faire de son verre et le donne régulièrement à quelqu’un d’autre.»

Les concepteurs ont pensé à tout

Les verres connectés Auxivia ont été conçus et commercialisés, depuis 2018, par deux ingénieurs français à peine sortis de l’École polytechnique. Les jeunes concepteurs semblent avoir pensé à tout. Non seulement leur invention est capable d’enregistrer à la goutte près la quantité ingurgitée, mais des capteurs 3D lui permettent de distinguer s’il s’agit réellement d’une prise d’eau ou si le verre a été renversé.

«Les capteurs repèrent l’inclinaison du geste, explique Antoine Dupont, cofondateur et président d’Auxivia. Certaines personnes âgées ont tendance à renverser le contenu de leur verre dans les plantes lorsqu’ils ne veulent pas boire. Le verre ne se laisse pas avoir.» Chaque utilisateur possède une borne, sous forme de carte à porter dans la poche ou autour du cou. Le récipient peut donc passer d’un résident à l’autre, il repère l’identité du buveur grâce à la borne et n’intervertit pas les consommations.

«Au lieu de fliquer les résidents, ces verres leur permettent de regagner en autonomie, tout en assurant un suivi à n’importe quelle heure de la journée», détaille Antoine Dupont. Les données sont transférées à chaque passage à 5 mètres de la borne de recharge du verre, via wi-fi ou 4G. Sur l’ordinateur, le bilan hydrique de chaque utilisateur est affiché en temps réel. Pour finir, non seulement le récipient passe en lave-vaisselle, mais il repère les fréquences des lavages et les eaux stagnantes. Un bon point pour le contrôle de l’hygiène.

Utile pour d’autres usages

En un an de commercialisation, Auxivia a équipé une soixantaine d’établissements dans toute la France, et vise la barre des 150 pour 2019. Les personnes ayant besoin de soins à domicile représentent 20% de leur clientèle.

«Les gens suivant des chimiothérapies ont également besoin d’une attention particulière au niveau de l’hydratation», ajoute l’ingénieur. La société, qui souhaite se développer en Suisse, a d’ailleurs également approché des fournisseurs de soins à domicile. L’EMS le Grand-Pré va, quant à lui, faire circuler les verres dans d’autres services, notamment chez les personnes souffrant d’insuffisance rénale. Paradoxalement, dans ce cas-là, il s’agit de faire attention à ce qu’elles ne boivent pas trop.

Le suivi reste indispensable

L’EMS le Grand-Pré teste ainsi huit verres depuis quelques mois. Le bilan? «C’est un très bon outil, qui représente le seul moyen de bien mesurer la consommation du résident, résume Sibylle Thiébaud. Nous nous sommes aperçus, par exemple, que certains buvaient moins qu’on ne le pensait. Par contre, il ne remplace en aucun cas les soins et le suivi. Sans cela, on constate que certains boivent, certes, mais s’il ne s’agit que d’alcool, le problème n’est pas réglé!»

Les résidents réservent, quant à eux, un bon accueil à cette nouvelle technologie. «Les nouveautés posent des problèmes aux personnes âgées lorsqu’elles doivent réapprendre quelque chose, ce qui est particulièrement compliqué pour elles, souligne Antoine Dupont. Là, il n’y a rien de spécial à faire.»

Quant au coût du verre, il est peu élevé: 60 centimes à 1 franc par personne et par jour, en fonction du nombre de résidents. «Ça vaut la peine», conclut Sibylle Thiébaud. Une hospitalisation pour cause de déshydratation peut, quant à elle, s’élever à plusieurs milliers de francs.

Créé: 01.06.2019, 22h24

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