Qui est Diane Lou, la Greta Thunberg romande?

À 15 ans, la jeune Bernoise est devenue, malgré elle, l’incarnation d’une génération. Rencontre d’une famille unique en son genre.

Diane Lou pose sur son fidèle cheval «Valpareso», à Sorvilier (BE), à proximité de la ferme familiale.

Diane Lou pose sur son fidèle cheval «Valpareso», à Sorvilier (BE), à proximité de la ferme familiale. Image: Marco Zanoni/Lunax

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C’est le papa, Richard-Emmanuel, et la maman, Francine, tous deux docteurs en sciences de l’éducation, qui seront nos guides, en attendant l’arrivée de leurs enfants. Ils nous introduisent dans leur mystérieuse demeure, à Sorvilier, village du Jura bernois de 270 habitants. Elle a un côté «petite maison dans la prairie», version écolo. À côté de l’espace habitable, une écurie avec plusieurs chevaux côtoie une voiture électrique et une grange aménagée en paradis du cirque, avec un trampoline, un trapèze, une drôle de balançoire.

La créativité est partout. Le lieu idéal pour une adolescente et son petit frère curieux de tout. «Diane Lou et Diego adorent cet endroit. Ils s’y épanouissent ensemble, confie le papa. Plus tard, j’imagine même leur aménager un coin disco pour leurs petites fêtes entre amis.» C’est là, dans cette ferme rénovée, entourée d’animaux, qu’a germé dans l’esprit de Diane Lou une idée singulière: une grève du silence à l’école pour sensibiliser à l’urgence climatique.

Au départ, il y a un véritable déclic pour l’ado, qui a fêté ses 15 ans cette semaine. Ce flash s’appelle Greta Thunberg, la Suédoise qui a «bousculé» le monde. Pour la jeune Suissesse, s’engager devient impératif. «Pas pour la gloriole, mais pour que ça change, même si ce n’est qu’un petit peu.» La veille de la grève des élèves pour le climat, elle imagine un concept novateur. «Avec mon frère, on ne se voyait pas mener une grève classique. Pour moi, c’était fou d’imaginer ne pas aller à l’école.»

À ses professeurs, elle explique qu’elle sera là, mais qu’elle ne participera pas aux cours, ne lèvera pas la main, ne répondra pas aux questions. Bref, qu’elle se taira pour qu’enfin, on prenne conscience. Rapidement, elle gagne cette première bataille. Le directeur de l’école secondaire de Malleray (BE) l’invite à prendre la parole devant 150 collégiens et le corps enseignant. Bingo! Le message fait mouche: un tiers des jeunes s’engagent à mener des actions. Elles seront d’ailleurs présentées, ce mardi, sous la forme d’un projet concret, dont une lettre ouverte au Conseil fédéral.

Être anxieux ou s’engager?

Cet engagement citoyen précoce ne vient pas de nulle part. Il suffit d’assister au repas de la famille Pellaud Eastes pour en saisir la portée. À table, la discussion est permanente. Dans la cuisine, il y a même un panneau, où chacun peut inscrire ses questionnements, qui sont ensuite débattus. Il est 19h30. Diane Lou et Diego jouent de la musique et chantent ensemble dans la chambre. «Hé les p’tits loups, hèle la maman, je suis obligée de vous interrompre pour manger.» Une généreuse pizza végétarienne est au menu.

Chaque soir, à table, les discussions animées vont bon train.

«Le moment du repas est primordial chez nous, car le reste du temps, nous sommes tous très occupés, explique Richard-Emmanuel. Je commence toujours par leur demander ce qu’ils ont appris dans la journée.» Une discussion dynamique s’engage. Les parents sont à l’écoute et répliquent. «Nous ne sommes pas hyperprotecteurs. Nous poussons nos enfants à être sans cesse dans la zone d’apprentissage. Nous ne les empêchons pas de tomber, mais nous faisons tout pour qu’ils ne se fassent pas mal.»

Et quelle place reste-t-il pour la douce adolescence? «C’est presque dommage que cette insouciance soit moins présente, regrette Francine. L’urgence climatique devrait être un problème d’adultes. Mais si on regarde les statistiques, c’est toujours une question de milieu socioculturel. C’est presque normal que nos enfants y prennent part.» Et son conjoint de préciser: «Jusqu’à quel point faut-il les informer, au risque de les rendre anxieux? C’est une question que l’on s’est posée. La meilleure solution pour combattre les symptômes de cette anxiété chez les jeunes, c’est l’engagement. Donc, tant pis s’il y a un peu moins d’insouciance. Ils prennent leur avenir en main.»

Et le père de famille de se réjouir de l’effet boomerang. «Ils nous amènent des idées, nous remettent aussi en question. Par exemple, si nous mangeons végétarien, ce soir, c’est grâce à Diane Lou. Chez nous, désormais, la viande, c’est une fois par semaine.» «On est à fond derrière ma sœur, parce que quand je serai grand, j’ai encore envie d’être en vie», scande fièrement le petit frère, qui avoue avoir trouvé ce slogan sur internet.

La notoriété médiatique, avec ses bons et ses mauvais côtés, n’est-ce pas un peu trop pour une ado de 15 ans? «Je ne suis pas spécialement contente de passer dans les médias. Ce devrait être aux décideurs d’y être pour la même raison. Depuis que je suis toute petite, je suis habituée à la scène, avec mes récitals de piano ou mes spectacles de cirque. Et puis, le plus important, c’est que je suis convaincue de ce que je prône.»

Est-elle optimiste? Un curieux silence s’installe. «Je ne me dis pas que la fin du monde arrive, mais ce n’est pas un sentiment optimiste qui domine.» Et la maman de conclure: «Tout changement provoque une angoisse. Et personne ne veut retourner vivre dans une grotte. Ce qui me ravit, c’est que quelque chose de fondamental change chez les jeunes générations. J’ai confiance. Mais est-ce trop tard?»

Créé: 22.06.2019, 23h00

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