Comment un «Diogène» a pourri la vie d’une octogénaire vaudoise

Habitant l’entresol, il ne payait plus son loyer depuis un an, vivait au milieu des déchets, des insectes et de ses excréments. Il a finalement été évacué cette semaine.

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Elle n’y croyait plus, Madame Louiza A., 82 ans, résidente depuis des dizaines d’années de Crans-près-Céligny, à côté de Nyon. Elle n’y croyait plus, lorsque finalement, jeudi dernier, en cours de matinée, la police et une ambulance sont intervenues chez elle. C’était la deuxième fois, et semble-t-il, ce sera la bonne.

«Le soulagement est énorme, confie-t-elle au téléphone. Je ne vivais plus. J’étais en train de tomber en dépression, je n’arrivais pas imaginer que cela dure encore. Mais maintenant, ils l’ont emmené à l’hôpital psychiatrique de Prangins. La police a changé la serrure de l’entresol. Ils ont gardé la clé, pour que l’on puisse ensuite faire les constats en étant assuré que personne n’entre.»

Celui qui a été ainsi emmené était, semble-t-il, atteint de ce que l’on appelle le «syndrome de Diogène». Une affection qui conduit à négliger complètement ses conditions d’existence, et à vivre dans l’accumulation des déchets s’additionnant autour de vous. Au départ, il y a deux ans, Louiza A. ne s’était pourtant pas méfiée. W.S., le quinquagénaire qui se présentait pour louer l’entresol de sa maison ne semblait présenter aucun signe particulier.

«Il avait des certificats de salaire, explique-t-elle, je n’avais aucune raison de ne pas lui faire confiance». Plus tard, lorsqu’elle aura pris un avocat pour tenter de le faire évacuer, on découvrira que les certificats étaient faux: «Il n’avait pas travaillé depuis dix ans dans l’entreprise informatique supposée l’employer.»

Approche à l’amiable

Très vite, peu de temps après son installation, Louiza A. constate que la situation se dégrade. Au début, elle reçoit encore le paiement du loyer, mais l’homme ne sort jamais ses poubelles, vivant dans ses propres déchets. Les espaces communs, comme la buanderie, deviennent de plus en plus insalubres. Une odeur pestilentielle se dégage, remonte dans toute la maison.

Dès mars 2019, l’homme ne paie plus son loyer. Sa bailleresse tente alors une première approche, à l’amiable. Un accord est trouvé, qui prévoit le départ de W.S. à la fin juillet de l’an dernier. Mais l’homme n’obtempère pas à la date fixée. La situation se tend.

Le syndic de Crans-près-Céligny, Robert Middleton, est aussi alerté, mais il ne peut pas faire grand-chose: «Dans ce type d’affaires privées, la Commune n’a guère de moyens d’action. Il était évident que l’on se retrouvait face à un cas lourd. Je connais Madame A. depuis toujours, alors j’ai moi-même pris contact avec la police, ou le juge de paix. Le problème est toujours celui de la prise en charge: la Commune, quand il y a expulsion, doit en effet s’assurer que la personne a un endroit pour se loger.»

Les mois passent et Louiza A. craint désormais toute confrontation avec un homme qui lui fait peur, montre parfois des signes d’agressivité. Elle est contrainte de lancer une procédure d’expulsion.

Son avocat, Maître Nicolas Perret, se retrouve avec ce cas hors norme. «J’ai actionné rapidement le Tribunal des baux, mais cela prend évidemment quelques mois. La justice nous a cependant donné raison avec une date butoir au 28 février dernier, mais le locataire a fait recours, qui a été refusé le 9 mars dernier.» Rien n’avait bougé alors.

«C’est une période particulièrement difficile, avec la crise du coronavirus, pour une affaire de ce genre, qui nécessite l’intervention des services médicaux. J’ai même évoqué «l’état d’abandon», en vue d’une hospitalisation, ou d’un internement.»

Des déchets partout

Dimanche dernier 15 mars, Steven, le fils de Louiza A., passe voir sa maman et se rend compte d’une situation sans issue. Il frappe longuement à la porte de W.S., n’obtient pas la moindre réponse. Il appelle le 144. Une ambulance et une patrouille de police font irruption dans l’après-midi, et emmènent le «Diogène» à l’hôpital de Nyon. C’est à cet instant qu’avec la police et les ambulanciers, Steven peut pénétrer quelques instants dans l’appartement.

Ce qu’il découvre est inimaginable: «Il se soulageait dans la baignoire, donc à l’air libre dans l’appartement. Les toilettes étaient bouchées et recouvertes d’immondices. Les deux éviers aussi, obstrués par ce qu’il y versait. Il dormait couché sur une étroite partie du matelas, à côté d’un amas gigantesque de détritus grouillants d’insectes. Partout des déchets, des emballages, des restes de nourriture pourrie, l’odeur était intenable.»

Un danger d’incendie permanent plane en plus sur les lieux, l’homme ayant simplement posé un genre de grill portable au-dessus de ce capharnaüm.

À l’hôpital de Nyon, pourtant, une fois le taux de glycémie de W.S. vérifié, on le laisse repartir, et dès le lendemain, il réintègre l’entresol de Crans-près-Céligny. Pour Louiza A., le cas semble désespéré, et l’enfer apparaît interminable. Cela jusqu’à jeudi, lorsque Christiane Boniello, juge de paix du district de Nyon, a finalement renvoyé ambulance et police sur place, mettant fin à ce calvaire.

Reste cependant à régler les problèmes de remise en état des lieux. «J’ai contacté mon assurance ménage, explique Madame A. Ils m’ont répondu que ce n’était pas à eux d’agir, mais bien à l’assurance de ce locataire. Je ne sais même pas s’il la payait, son assurance. Je vais sans doute encore devoir démêler cela avec mon avocat.»

Dans un soupir, elle reconnaît que ce n’est pas grave, en comparaison de ce qu’elle a vécu durant des mois. Et pour le moment, elle se sent surtout de nouveau chez elle.

Créé: 21.03.2020, 22h56

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