La droite veut régler le fouillis des caisses de chômage

Le système actuel fait perdre des dizaines de millions aux contribuables. Des élus bourgeois exigent plus de transparence dans les contrôles, voire la suppression des structures privées.

33 caisses de chômage se partagent le territoire en Suisse.

33 caisses de chômage se partagent le territoire en Suisse. Image: Keystone

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La droite prépare une offensive dans l’assurance chômage. Une coalition emmenée par l’UDC dénonce la multiplication des acteurs et le manque de transparence du système. «Le fonctionnement actuel fait perdre des millions aux chômeurs et à la société en général, dénonce Thomas Aeschi (UDC/ZG). Ce n’est plus tolérable.» Il veut lancer une motion de commission pour faire bouger les choses.

Ce qui a mis le feu aux poudres? Un rapport du Contrôle fédéral des finances (CDF), publié l’an dernier. Sa conclusion est frappante: si toutes les caisses de chômage étaient administrées aussi bien que la plus efficace, 50 millions seraient économisés par an. Et ce n’est pas tout. La mise en place annoncée d’un nouveau système informatique fédéral promet déjà des économies supplémentaires. De plus, si l’on s’accordait à réduire le nombre d’acteurs, on pourrait encore épargner davantage.

«Ces deux aspects n’ont pas été inclus dans les 50,1 millions de l’évaluation», reconnaît Gabriela Carrapa du CDF.

Avec ses nombreux intervenants, sa multitude d’organes de contrôle et d’articles de loi, l’assurance chômage est une hydre fédérale. Chercher une logique dans le système des caisses de chômage relève du parcours du combattant. Légalement, chaque canton doit disposer d’une caisse publique, mais il en existe aussi des privées gérées par les syndicats ou le patronat. Ainsi, 33 caisses se partagent le territoire. Les plus petites rassemblent une centaine de demandeurs d’emplois, la plus grande – Unia – près de 80 000.

Un autre exemple illustre la multiplication des acteurs: les offices chargés du paiement des indemnités. On en compte 169. Un chiffre qui cache d’énormes disparités régionales. Vaud dispose de 23 offices, contre un seul pour la Thurgovie. Dans ce canton, il y a donc plus de 6000 demandeurs d’emploi pour cette seule structure, c’est vingt fois plus que dans le Jura. Les différences ne sont ni liées au nombre de demandeurs d’emploi ni à la taille du territoire. Ainsi dans les Grisons, les 4 offices sont situés à Coire, alors qu’en Valais il y a en 16 sur 6 sites.

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«À l’heure de la digitalisation, plus rien ne justifie la multiplication des offices, avance Thomas Aeschi. On ne va plus chercher son argent à un guichet.» Et de dénoncer l’opacité du système. «Aujourd’hui, syndicat et le patronat en profitent pour se servir.» En septembre lors d’une adaptation de la loi sur l’assurance chômage au parlement, il avait tenté de rendre le système plus transparent, comme le demandait le CDF, mais s’était heurté à une opposition de principe. La majorité estimait que ces changements n’avaient pas leur place dans une réforme qui portait sur des aspects techniques. «Cette fois, les partis bourgeois sont prêts à bouger.

Et la gauche qui est la première à exiger plus de transparence aurait intérêt à nous soutenir», glisse Thomas Aeschi. Son collègue de parti Andreas Glarner (AG) propose carrément de supprimer les caisses privées. «Cette gestion relève de l’État, écrit-il. Il n’est pas admissible qu’une organisation privée comme Unia recycle les millions de sa caisse de chômage pour financer des mesures et des services qui servent à détruire des emplois.»

Olivier Feller (PLR/VD) admet qu’il y a un cadre général à clarifier. «Aujourd’hui, on ne sait pas vraiment où sont les responsabilités. Certaines règles de surveillance et de gouvernance doivent être améliorées.» Mais il n’est pas prêt à remettre en cause la gestion publique privée. «Je suis très attaché au partenariat social. Il est sain qu’il n’y ait pas que l’État qui gère les assurances sociales.» Jean-François Rime, président de l’USAM, est lui aussi pour plus de transparence, mais ne pense pas que de supprimer les caisses privées soit une bonne idée. «Pour les associations patronales qui gèrent des caisses, c’est aussi une façon de se financer. Et je ne suis pas sûr que le système marche mieux avec des caisses publiques uniquement.»

Du côté d’Unia, la plus grande caisse privée, on se montre critique face à cette double attaque. «Peu d’assurances sont aussi transparentes que l’assurance chômage, réagit le syndicat. Toutes les caisses sont annuellement contrôlées. Le SECO publie une multitude de rapports et d’études qui permettent aux instances politiques de discuter d’éventuelles adaptations. Dire le contraire relève de la pure propagande.»

Unia qui compte le plus grand réseau d’office de paiement du pays défend aussi ce modèle. «Le chômage ne touche pas seulement les zones urbaines mais aussi les villages ruraux. Il est important que les caisses soient décentralisées. Le but étant d’offrir un service de proximité qui existe dans les assurances sociales en général.» Sur la suppression des caisses privées enfin, Unia reprend l’argument du Conseil fédéral qui dit que «le système dual actuel fait encore plus profiter les contribuables et les assurés de ses possibles avantages».

Sur ce point-là, l’alliance qui réunit les défenseurs du patronat et des syndicats devrait donc à nouveau l’emporter.

Créé: 02.11.2019, 23h13

(Image: Keystone )

Thomas Aeschi, conseiller national (UDC/ZG)

«À l’heure de la digitalisation, plus rien ne justifie la multiplication des offices, avance Thomas Aeschi. On ne va plus chercher son argent à un guichet»

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