Épisode 4, quatre jours avant l’alunissage

Comme en 1969 (4/7)17 juillet 1969, Cap Kennedy, la ville du monde où on a le plus dormi. Notre feuilleton des 50 ans des premiers pas sur la Lune.

La une de la «Tribune de Lausanne» du 17 juillet 1969.

La une de la «Tribune de Lausanne» du 17 juillet 1969.

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Apollo 11 poursuit sa course vers la Lune. Cette deuxième journée de voyage doit être consacrée en grande partie à des exercices de navigation, à l'observation des étoiles et à une émission de TV, diffusée en couleur depuis l’espace. À 1 heure du matin (heure suisse), Armstrong, Aldrin et Collins se sont couchés, avec deux heures d’avance sur le programme établi, et après avoir pris leur dîner à bord du vaisseau spatial. L’équipage a droit pour la première fois depuis le décollage à une période de neuf heures de repos.

Les informations reçues par télémétrie au Centre spatial de Houston confirment que tout est normal à bord. Au réveil, les astronautes d’Apollo 11 se déclarent satisfaits. «La température de l’eau est bonne et nous en avons assez pour préparer le café», rapporte Edwin Aldrin. Neil Armstrong ajoute: «J’en ai fait quelques tasses aujourd’hui, il est assez bon. Il n’est pas brûlant, mais il est meilleur que le café glacé.»


Notre long format: Comment on a décroché la Lune


Après 19 heures de vol, le train spatial Apollo se trouvait à 157'181 kilomètres de la Terre, sa vitesse étant de l’ordre de 6630 kilomètres à l’heure. Les astronautes ont alors appris que l’engin soviétique non habité Luna 15 approchait de la Lune, mais qu’il ne devrait pas se poser avant vendredi. Ils ont également droit à la lecture d’un résumé des commentaires élogieux de la presse mondiale à propos de leur vol. Armstrong, Aldrin et Collins «ont également pris connaissance des petites nouvelles américaines, explique la «Tribune de Lausanne», l’ancêtre du «Matin Dimanche». On leur apprend que Joe Namath passe professionnel dans l’équipe de football américain des New York Jets, et que les autorités du Texas vont obliger les hippies qui veulent franchir la frontière du Mexique à se laver les cheveux.»

Peut-être à cause d’une friture sur la ligne, l’équipage d’Apollo 11 parle peu, même Collins, le boute-en-train. À 12h17 (heure américaine, 17h17 heure suisse), les astronautes effectuent une première et très brève correction de trajectoire. Ils allument le propulseur principal durant 3 secondes.

Pendant ce temps, sur Terre, Jacques Tiziou, l’envoyé spécial de la Tribune de Lausanne, «est déçu». Après le lancement, la base de Cap Kennedy n’est plus la même. Tous les journalistes ou presque sont partis pour Houston, qui contrôle désormais le voyage, une fois le décollage terminé. Du coup, la base s’est vidée en quelques heures. «J’ai préféré rester, explique le correspondant. Pour voir comment réagissaient les quelques dizaines de milliers de personnes qui, après avoir couvé un œuf pendant de longs mois, des mois d’attente difficile et nerveuse, réagissaient en voyant l’oisillon utiliser ses ailes et partir pour toujours. J’ai été déçu, je dois l’avouer. J’espérais quelques célébrations, sous quelque forme que ce soit. Je n’en ai vu aucune. Cap Kennedy, dans la nuit du 16 au 17 juillet 1969, a probablement été la ville du monde où on a le plus dormi. Il a fallu payer la longue veille, la nerveuse attente de la nuit précédente.»

Il se console jeudi soir, avec, dès 19h32 (heure de Cap Kennedy), le premier show TV réalisé depuis Apollo. Il l’a regardé «avec le beau-frère de Buzz Aldrin et sa charmante épouse». Et Jacques Tiziou a apprécié: «Le sérieux de la mission a été respecté. Mike Collins nous a fait visiter son vaisseau. Nous savons maintenant comment les «apollonautes» se glissent dans leur «lit», une sorte de tiroir sous la couchette proprement dite. Nous avons vu la calculatrice de bord, ou du moins le panneau qui permet aux astronautes de communiquer avec elle, en étroite harmonie.»

«Nous savons où est leur placard à provisions, comment sont stockés les aliments qu’ils ont choisis avant le départ.»

Jacques Tiziou, devant le show TV

Et puis, il y a eu le «coup classique» des effets de l’apesanteur, où Buzz Aldrin effectue des «tractions» étourdissantes vers le haut et vers le bas. «Nous avons tous fait de même à la fin du «show», raconte le correspondant, mais avec beaucoup moins de succès: la planète Terre nous gardait prisonniers et ce n’est que quelques minutes plus tard, dans la piscine (presque toutes les maisons de la région en ont une), que nous avons pu nous griser - l’eau demeure sur Terre le meilleur moyen de simuler l’apesanteur.»

Demain, la journée du 18 juillet

La Une de la «Tribune de Lausanne» du 17 juillet 1969

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Lire aussi: Épisode 1, sept jours avant l’alunissage

Lire aussi: Épisode 2, six jours avant l’alunissage

Lire aussi: Épisode 3, cinq jours avant l’alunissage


Cette semaine, nous revivons le compte à rebours qui va du décollage de la fusée Saturne 5 au premier pas sur la Lune, comme les lecteurs suisses de 1969 ont pu suivre cette actu. Les informations, citations, reportages et anecdotes que vous trouvez ici ont été puisés dans les pages de la «Tribune de Lausanne», l’ancêtre du «Matin Dimanche». Un feuilleton en 7 épisodes, où l’on retrouvera souvent notre envoyé spécial d’alors, le journaliste aérospatial Jacques Tiziou, auteur d'«À l’assaut de la Lune» et décédé en 2017 à Washington. C’était l’un des rares francophones accrédités à Cap Kennedy.

Vous retrouverez encore dans ce feuilleton une rubrique intitulée «Les autres mondes», toute l’actu qui est survenue à côté d’Apollo 11, où l’on retrouve Joe Dassin et Pascal Couchepin, Eddy Merckx et Ted Kennedy. Bonne semaine lunaire! Jocelyn Rochat

Créé: 17.07.2019, 06h58

Insolite

Pourquoi les astronautes appellent-ils la navette «Columbia» et le module lunaire «Eagle»? Jacques Tiziou, l’envoyé spécial de La Tribune de Lausanne, l’ancêtre du Matin Dimanche, a mené l’enquête à Cap Kennedy.

Selon ses recherches, les responsables de la NASA auraient préféré que les appellations officielles «CSM-117» et «LM-5» soient utilisées. Les astronautes plaidaient pour Columbus et Santa Maria, afin de mieux rapprocher l’événement du débarquement de Christophe Colomb sur la terre nouvelle qui est devenue l’Amérique. Si l’agence spatiale a finalement donné son accord à «Columbia» et à «Eagle», assure l’envoyé spécial qui le tient de sources proches de l’équipage d’Apollo, c’est parce que les astronautes ont menacé d’appeler les deux engins «Botte de foin» et «Sucre d’orge».

Dans les autres mondes…

La course à la Lune inspire tout le monde, même la danse de l’été. La Tribune de Lausanne de ce jour consacre quelques lignes à une nouvelle chorégraphie qui vient d’apparaître. Elle nous apprend comment « Danser le LEM », une danse inspirée des mouvements des astronautes, qui a été officiellement lancée à Cannes, en France.

La danse du LEM comprend plusieurs opérations, dont celle-ci : les danseurs placés face à face piétinent vivement six fois de suite en «pédalant» avec les bras; ils se mettent ensuite dos à dos, en position détendue, et recommencent ces deux phases neuf fois; petit arrêt au cours duquel ils crient «LEM» en claquant des mains cinq fois. «Ceux auxquels l'euphorie estivale produit l'effet d'apesanteur auront certainement l'air glorieux d'être tombés de la Lune», s’amuse la Tribune.

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