Épisode 5, trois jours avant l’alunissage

Comme en 1969 (5/7)18 juillet 1969, Houston, les astronautes dorment comme des loirs. Notre feuilleton des 50 ans des premiers pas sur la Lune.

La Une de la «Tribune de Lausanne» du 18 juillet 1969

La Une de la «Tribune de Lausanne» du 18 juillet 1969

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Le vol est toujours aussi tranquille. Presque trop pour les médias de 1969. «Le trajet Terre-Lune serait-il déjà devenu de la pure routine? Non, bien sûr, mais on peut afficher un optimisme prometteur», observe un correspondant de La Tribune de Lausanne, l’ancêtre du Matin Dimanche. Le journaliste regrette d’ailleurs que les astronautes se révèlent «peu bavards». «Au cours des précédentes expériences spatiales, les cosmonautes racontaient leurs moindres faits et gestes et blaguaient pour passer le temps et peut-être masquer une certaine appréhension. Jusqu’à maintenant, Armstrong, Collins et Aldrin sont particulièrement discrets sur le plan des anecdotes. Aucun des trois n’est bavard, ni blagueur.»

Au centre spatial de Houston, on ne dissimule pas une satisfaction totale devant la perfection du vol. Le train spatial Apollo 11 continue de suivre si parfaitement sa trajectoire que la correction de vol qui est prévue pour 13 h 25 a été annulée. La correction très minime effectuée (un ralentissement du vaisseau spatial de 4 km/h), l’a rendue superflue. «Apollo suit son programme à la lettre. Il n’y a aucun défaut avec l’engin», déclare le directeur de vol, M. Glynn Lunney durant la journée. Et la NASA se dit également très satisfaite de son équipage.


Notre long format: Comment on a décroché la Lune


Aldrin, Armstrong et Collins en profitent pour dormir comme des loirs, eux qui se sont réveillés à 14 heures (heure suisse, au lieu de 11 h 20). «Les trois astronautes sont tellement sereins, leur sommeil est si tranquille que le directeur de vol a décidé de leur offrir un supplément, au-delà du temps prévu par le programme.» C’est ainsi qu’Aldrin et Armstrong ont dormi huit bonnes heures et Collins, encore plus favorisé, neuf heures. C’est considérable, mais ce n’est pas un record. L’équipage d’Apollo 10 a pu dormir dix heures de suite, lors d’une de ses périodes de récupération, précise la NASA qui aime les statistiques.

Au réveil, Aldrin a appelé le premier et a lâché un très sobre: «Bonjour, Houston», qui ne va pas augmenter son quota de blagounettes. A ce moment, les astronautes ne sont plus qu'à 20 000 kilomètres de la Lune et celle-ci leur apparaît brillamment illuminée par le clair de Terre, ses pics et ses cratères se découpant très nettement, entourée d'un halo qui était celui de la couronne solaire. «C’est un spectacle très étrange», s’est exclamé Neil Armstrong. Nous avons une sensation de monde à trois dimensions très marquées avec cette couronne solaire apparaissant derrière la Lune. Je crois que c’est le clair de Terre qui produit cet effet.»

A 17 h 41, heure de Houston (22 h 41 en Suisse), le moteur est mis en marche pour permettre au train spatial de s’inscrire sur une première orbite lunaire. Armstrong commente la vue qui s’offre à lui: «Les photos renvoyées par Apollo 10 nous ont donné une très bonne idée de ce que nous voyons d’ici. Cela ressemble beaucoup aux photos, mais avec cette différence qui sépare un match de football vu du stade et un match vu à la télévision».

Pour tenir compte de l’avancée du voyage, la NASA annonce que le LEM se posera probablement sur la Lune plus tôt que prévu. Jacques Tiziou, l’envoyé spécial de La Tribune de Lausanne, qui a quitté Cap Kennedy pour rejoindre Houston, confirme la tendance. «Ici, personne ne doute plus que la mission continuera à se dérouler mieux que ne le prévoyait le plan de vol. Certains vont finir par s’étonner qu’il soit possible de se passionner pour cette petite «virée» de trois copains pour un week-end sur ce qui n’est finalement que la toute proche banlieue de la Terre. C’est là toute la différence avec la mission de Christophe Colomb et de tant d’autres depuis. Une nouvelle preuve en est donnée par les épouses des astronautes: elles vivent comme tous les jours. Tout au plus regardent-elles un peu plus la télévision, écoutent-elles un peu plus la radio, lisent-elles un peu plus les journaux.»

«Jusqu’à maintenant, Armstrong, Collins et Aldrin sont particulièrement discrets sur le plan des anecdotes. Aucun des trois n’est bavard, ni blagueur.»

Jacques Tiziou

En fait, le seul grain de sable qui semble capable de gripper cette belle mécanique américaine, c’est la mystérieuse mission soviétique Luna 15, qui a été placée en orbite lunaire trois jours avant Apollo 11. Selon l’astronaute américain Franck Borman, qui vient d’effectuer une visite officielle en URSS, et qui donne une conférence de presse ce vendredi à Houston, il est impossible que l’orbite lunaire de Luna 15 ne vienne couper celle d’Apollo 11. La station automatique soviétique ne devrait donc gêner en rien la mission des astronautes américains. Alors que fait-elle là ? De l’espionnage ?

Demain, la journée du 19 juillet

La Une de la «Tribune de Lausanne» du 18 juillet 1969

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Cette semaine, nous revivons le compte à rebours qui va du décollage de la fusée «Saturne 5» au premier pas sur la Lune, comme les lecteurs suisses de 1969 ont pu suivre cette actu. Les informations, citations, reportages et anecdotes que vous trouvez ici ont été puisés dans les pages de la «Tribune de Lausanne», l’ancêtre du «Matin Dimanche». Un feuilleton en 7 épisodes, où l’on retrouvera souvent notre envoyé spécial d’alors, le journaliste aérospatial Jacques Tiziou, auteur d'«À l’assaut de la Lune» et décédé en 2017 à Washington. C’était l’un des rares francophones accrédités à Cap Kennedy.

Vous retrouverez encore dans ce feuilleton une rubrique intitulée «Les autres mondes», toute l’actu qui est survenue à côté d’«Apollo 11», où l’on retrouve Joe Dassin et Pascal Couchepin, Eddy Merckx et Ted Kennedy. Bonne semaine lunaire! Jocelyn Rochat

Créé: 18.07.2019, 07h19

Insolite

Les astronautes américains vont-ils trouver sur la Lune des preuves de l’existence des extraterrestres ? Et d’abord, existe-t-il de la vie ailleurs dans l’espace ?
La question a été posée à Wernher von Braun, le concepteur des fusées Saturne qui permettent aux Américains de viser la Lune. Dans La Tribune de Lausanne, l’ancêtre du Matin Dimanche, il répond: «J’y crois. Penser que nous sommes les seules créatures existant dans l’immensité de l’univers me semble plutôt présomptueux. Selon moi, il est très improbable que le pouvoir qui a créé la vie et l’ordre terrestre ait enfermé tous les êtres doués de raison dans les limites de cette planète relativement petite. Mais je ne crois pas que nous trouverons sur les autres planètes du système solaire des formes de vie plus avancées que la nôtre. Sur Mars, comme sur Vénus et sur l’un des satellites de Jupiter, je pense qu’il existe une certaine forme de vie au moins végétale.»

Dans les autres mondes…

Joe Dassin est en concert au Casino de Montreux, dès 21 h. Billet à 15 francs, taxes comprises. Le critique de la Tribune de Lausanne était là. Il a apprécié. «Excellente formule que celle des soirées de gala au Casino de Montreux. Dans cette salle de moyenne grandeur, le chanteur, est plus près, il est davantage en contact avec le public, que dans les grands «silos à spectacle».

Le programme 19B9 a été étrenné par un Joe Dassin en pleine forme devant un parterre essentiellement féminin. Ce grand garçon tout en blanc force la sympathie : simplicité, voix directe, pas d’afféterie et de mimiques répétées devant l’armoire à glace : des chansons servies fraîches, signées de l’auteur. Il a plusieurs « tubes » dans sa gibecière à musique et il les chante joyeusement, en allant, sans pousser ; le Casino de Montreux est d’un volume qui permet le dialogue entre artiste et public. Dassin excelle à tirer des coups de révolver contre les Dalton, à redonner une vie nouvelle à la Bande à Bonnot, à se promener sur les Champs-Elysées, où il alla vendredi en compagnie de toute la salle acheter des petits pains au chocolat. Ce fut une bonne soirée.»

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