L’évêque Morerod rejette les accusations contre le diocèse

Une affaire de chantage et d’allégations de harcèlement mine de l’intérieur le diocèse de Fribourg, Lausanne et Genève.

Un abbé du diocèse accuse certains hauts représentants de harcèlement. Ces derniers démentent et évoquent un chantage.

Un abbé du diocèse accuse certains hauts représentants de harcèlement. Ces derniers démentent et évoquent un chantage. Image: Laurent Gillieron/Keystone

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L’esprit de Noël n’aura que peu duré cette année au sein du diocèse de Lausanne, Fribourg et Genève, en proie à une violente querelle intestine. Samedi, le «Tages-Anzeiger» se fait l’écho de «graves accusations» contre l’évêché et surtout contre le curé de la cathédrale de Fribourg, Paul Frochaux. L’évêque Charles Morerod et son auxiliaire, Alain de Raemy, sont eux aussi visés.

Les allégations reposent sur des courriers envoyés le 31 octobre dernier par un abbé du diocèse qui exerce aujourd’hui dans le canton de Neuchâtel. Les faits remontent aux années 2008 à 2011, lorsque l’homme d’origine africaine était séminariste au presbytère de Vevey. Il y évoque un climat «homoérotique» et dit avoir été harcelé. Il cible le curé Frochaux qui lui aurait assigné une chambre sans porte et lui aurait rendu visite plusieurs fois pendant la nuit. Paul Frochaux, que nous sommes parvenus à joindre, se dit «bouleversé par cette injustice».

«Tout cela est faux, je tente de vivre ma vie de prêtre du mieux possible depuis 35 ans. Cet abbé était mon stagiaire, nous n’avons plus de contacts, je ne comprends pas.» Entre les deux hommes, il n’y aurait qu’une bisbille, lorsque Paul Frochaux a refusé que l’abbé emménage avec celle qu’il présentait comme «sa cousine».

Une «vengeance» selon l’évêque

Contacté ce samedi, Charles Morerod n’en revient pas non plus. Pour lui, tout cela relève d’une basse vengeance de la part de l’abbé. «Il a été démis une fois de ses fonctions, mais une nouvelle procédure est en cours à cause de plaintes nombreuses de paroissiens.»

Face aux multiples difficultés rencontrées par ce prêtre auprès de ses fidèles, l’évêque lui a ainsi conseillé d’aller suivre une formation spécialisée à Ottawa, au Canada. Ce que l’abbé a interprété comme une mise à l’écart car «il en savait trop», dit-il au «Tages-Anzeiger». Selon lui, c’était une manière de l’empêcher d’être auditionné dans le cadre de la procédure de nomination de l’évêque de Coire, pour lequel Alain de Raemy serait favori. Pour Charles Morerod, cela n’a aucun sens. Il est de toute façon certain qu’Alain de Raemy ne sera pas nommé à Coire puisque d’autres candidats, alémaniques, seraient favoris. «Et on ne consulte pas autant de monde que ce que l’abbé a l’air de penser», ajoute l’évêque.

Dans sa liste de reproches, l’abbé vise aussi Alain de Raemy. Selon lui, Alain de Raemy et Paul Frochaux se seraient souvent retirés tous les deux dans un chalet de Torgon. Paul Frochaux confirme mais nie toute relation incompatible avec l’Église. «Nous sommes comme des frères et nous nous connaissons depuis quarante ans. Nous partagions nos vacances, rien de plus, avec du reste d’autres confrères.» Ledit chalet appartenait à trois prêtres, dont l’un est décédé.

Dans un autre grief, l’abbé affirme que Paul Frochaux aurait eu une relation avec un toxicomane qu’il hébergeait au presbytère. Là encore, le curé de Fribourg conteste. «Il s’agissait d’un jeune qui fumait des joints que la police m’avait demandé d’aider. Il avait un parcours de vie dramatique et il ne lui restait plus qu’une année d’apprentissage à effectuer. Je lui ai trouvé trois places, sans succès. Puis il a quitté les lieux.»

Des enquêtes en cours

Lorsqu’il reçoit ces allégations, Charles Morerod somme l’abbé d’aller en parler à la police, ce qu’il n’a pas fait. En novembre, l’évêque entreprend donc les démarches lui-même. «J’ai contacté la police vaudoise, qui a contacté l’abbé. Le policier m’a ensuite dit que le prêtre avait affirmé ne pas avoir été témoin d’actes d’ordre sexuel. De mon côté, j’ai décidé d’entreprendre une enquête préliminaire ecclésiastique, confiée à un avocat genevois non-chrétien donc pas soumis à des pressions internes», nous détaille l’évêque.

Mais Charles Morerod est également directement visé. Le «Tages-Anzeiger» rapporte qu’un «dossier concernant les mœurs» du curé Frochaux existait déjà en 2001, soit bien avant sa nomination comme curé de Fribourg en 2012. Selon nos confrères alémaniques, il y serait question d’une agression présumée sur un jeune de 17 ans de sa paroisse dans le chalet de Torgon. Charles Morerod dément.

«Au moment où le journaliste nous a contactés, nous avons cherché ce dossier. On a trouvé une feuille unique. L’abbé Frochaux m’a dit que cette feuille était la suite d’une lettre écrite à mon prédécesseur et a exigé du journaliste qu’il contacte l’auteur de cette lettre, car l’abbé Frochaux est sûr que cette personne l’innocenterait.» Paul Frochaux, lui, dit attendre «les résultats de l’enquête sans inquiétude même si ce n’est jamais agréable et que certains diront qu’il n’y a pas de fumée sans feu.» Il envisage aussi de déposer une plainte. Quant à l’abbé concerné, il n’a pas répondu à nos appels.

Créé: 29.12.2019, 09h51

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