Excédé par un «pirate», un taximan sort son mini-Taser

Après 38 ans de service, un sexagénaire affilié à l’une des deux compagnies de taxis autorisées à Lausanne s’est emporté contre un concurrent illégal qui maraudait à la sortie des boîtes de nuit.

Taximan depuis son arrivée en Suisse au début des années 80, l’homme de 66 ans a littéralement craqué en intimidant et en menaçant un chauffeur d’une compagnie non autorisée à marauder à Lausanne.

Taximan depuis son arrivée en Suisse au début des années 80, l’homme de 66 ans a littéralement craqué en intimidant et en menaçant un chauffeur d’une compagnie non autorisée à marauder à Lausanne. Image: François Wavre

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«L’impunité génère une situation de frustration, d’injustice, de rancœur… et même de rage. Je l’ai contenue jusqu’à cette nuit-là, où j’ai pété un plomb.» Georges* a aujourd’hui 66 ans. Français originaire de Limoges, l’homme n’avait pas 30 ans lorsqu’il s’est établi en Suisse romande avec son épouse, une Alémanique rencontrée à Paris. Le Lausannois d’adoption a pu vivre près de quatre décennies de ses revenus de taximan indépendant, en complément du petit salaire de sa femme.

Entre-temps affilié à l’une des deux compagnies dont l’activité est autorisée dans le chef-lieu vaudois, le chauffeur a continué de travailler après la retraite pour arrondir ses fins de mois. Jusqu’à un incident survenu le mois dernier. Une altercation symptomatique des tensions toujours plus fortes entre les entreprises de taxis traditionnelles et les acteurs dits «pirates».

Taxis venant des communes voisines

La société californienne Uber souffle sa cinquième bougie à Lausanne et s’est, depuis, régularisée en n’employant plus que des conducteurs au bénéfice d’un permis professionnel. Mais, pour les chauffeurs traditionnels agréés par la Ville, il reste un fléau qui leur cause un manque à gagner: les taxis provenant des communes voisines, attirés par le juteux marché de la capitale vaudoise et ses 140'000 âmes.

«Ce sont des chauffeurs rattachés à des compagnies de l’arc lémanique, de Morges à Villeneuve», détaille Georges, qui certifie que le phénomène s’est amplifié depuis «en tout cas sept ou huit ans». «La réglementation est pourtant claire, nette et précise: s’ils déposent un client à Lausanne, ils n’ont pas le droit d’en reprendre un en tournant dans la ville – sauf s’ils reçoivent un appel depuis leurs centrales respectives –, ni en stationnant sur les emplacements réservés aux deux entreprises autorisées.»

C’est devant l’un de ces concurrents venus tourner dans le chef-lieu que le sexagénaire a littéralement craqué. «C’était dans le quartier des boîtes de nuit, au Flon, vers 1h du matin», rapporte le taximan. «Je venais de terminer ma journée de travail quand j’ai constaté la présence – une fois de plus – d’un véhicule pirate, devant le bâtiment du MAD (ndlr: une discothèque).»

«C’est devenu le far west…»

Georges lui fait un appel de phares, sans succès. «Je me suis alors saisi de mon petit shocker électrique, que j’ai toujours à portée de main, à côté du volant. Ça faisait plusieurs années que je ne sors pas travailler la nuit sans ce mini-Taser en raison des nombreux cas de collègues agressés dans la région, même si je suis bien conscient que c’est totalement prohibé. Mais je préfère avoir quelques comptes à rendre à la justice plutôt que de me prendre des coups de couteau. Il faut dire que la clientèle à ces heures a énormément changé: ce n’est plus festif, c’est devenu le far west…»

Le chauffeur lausannois est alors sorti de sa Mercedes grise pour aller toquer à la vitre du maraudeur. «Je lui ai gentiment demandé ce qu’il faisait là, et il m’a dit d’aller me faire f…, si bien que la tension est montée d’un cran.»

«Juste pour lui faire peur»

Le sexagénaire dit avoir brièvement actionné son Taser en l’air. Sauf qu’au lieu de quitter les lieux, le «pirate» est aussi sorti de son taxi. «J’ai alors procédé à une deuxième impulsion, toujours sans l’atteindre – c’était vraiment juste pour lui faire peur. C’est là qu’il a fait tomber la clé de sa voiture. Je l’ai ramassée et suis retourné dans la mienne, afin de faire un petit tour.» Le concurrent illégal a alors fait appel à la police.

Une patrouille qui se trouvait dans le secteur était déjà en train de recueillir la déposition du plaignant lorsque Georges est revenu quelques minutes plus tard devant le MAD, pour restituer ladite clé. Synonyme pour lui de dénonciation pour infraction à la loi fédérale sur les armes, au vu de sa détention illicite d’un appareil à électrochocs. Et pour menace: le retraité reconnaît s’être emporté en présence de la police, lâchant un «toi t’es mort!» à l’attention du «pirate». «Je regrette bien évidemment de lui avoir dit ça, mais cet incident a vraiment été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Il arrive un moment où il y en a juste marre.»

Contrevenants dénoncés chaque mois

Le Lausannois fustige un «laxisme total» des forces de l’ordre à l’encontre des maraudeurs, qui ne seraient «jamais inquiétés». «Quand je leur ai fait remarquer qu’ils ne doivent pas tolérer ces voleurs de boulot qui stationnent devant les boîtes de nuit du Flon ou de la place Saint-François, il m’est arrivé plusieurs fois que des agents me répondent qu’ils n’étaient pas au courant; que pour eux, ce sont des taxis comme les autres.»

«Il est toujours très difficile de prouver qu’un chauffeur venant de l’extérieur n’a pas le droit de se trouver à Lausanne, réagit Sébastien Jost, porte-parole à la police lausannoise. Cela demande un certain nombre d’investigations. Il s’agit de contrôles spécifiques permettant d’établir que le suspect tourne bien dans la ville à la recherche de clients ou stationne dans l’attente de ces derniers. Ce qui n’a à ma connaissance pas été constaté dans le cas d’espèce.» Le chargé de communication estime que des dénonciations de contrevenants pris en flagrant délit surviennent en tout cas plusieurs fois par mois, «si ce n’est pas chaque semaine».

Et de confirmer qu’une patrouille est bien intervenue la nuit du «pétage de plomb» du sexagénaire, «pour un litige entre deux chauffeurs de taxi». Qu’il n’y a pas eu de blessé, et que le «pirate» a déposé une plainte contre le Lausannois.

* Prénom d’emprunt

Créé: 20.01.2020, 10h51

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