Quand un fan de Benfica rencontre un fan de Porto

On a réuni deux supporters des clubs de foot adverses dans la même pièce et on les a écoutés se chamailler.

Luis Cabacas, supporter de Benfic (à gauche) et Luis de Carvalho , Supporter de Porto (à droite).

Luis Cabacas, supporter de Benfic (à gauche) et Luis de Carvalho , Supporter de Porto (à droite). Image: Yvain Genevay

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D'un côté, Luis Cabacas, supporter de Benfica. 40 ans, originaire de Tondela. Technicien dans la construction. Établi à Lausanne. De l'autre, Luis de Carvalho, supporter de Porto. 62 ans, originaire de Porto. Logisticien. Établi à Lausanne.

Tous deux sont des gens de bonne compagnie, aiment le Portugal et le football, qu’ils connaissent parfaitement. Rien ne semble les différencier hormis la couleur de leur maillot, auquel ils semblent très attachés. Pourraient-ils en changer, et porter celui du club honni? La réponse fuse: «Personnellement, non», lance Luis De Carvalho, éternel soutien du FC Porto. «Déjà, parce que je n’aime pas le rouge. Et puis je ne supporte pas ce maillot. Le porter serait contre mes principes.» Luis Cabacas ne semble de toute façon pas prêt à échanger sa tunique rouge. «Le maillot de Porto n’est clairement pas celui que j’aimerais porter.»

«Notre club rassemble des gens de tout le pays alors que Porto est quand même, je m’excuse du terme, un club régional» Luis Cabacas

C’est dit sans méchanceté, mais avec la fermeté de ceux qui ont des convictions et ne sont pas prêts à y déroger, surtout pas à la veille d’un derby (disputé ce samedi 2 mars 2019) entre deux clubs que tout oppose, jusque dans la lecture même de ce qui les oppose.

«Porto - Benfica, c’est le nord contre le sud», argue Luis De Carvalho. «Mais ça n’a rien à voir», contredit son opposant lisboète, fatigué de ce raisonnement binaire dont il a trop entendu parler. «Ce qui me dérange le plus à Porto, c’est cette haine qu’ils ont contre nous. Je ne comprends pas. Le président Pinto Da Costa utilise la guerre contre la capitale pour rassembler. L’une des grandes forces de Porto, c’est d’être contre Benfica. Je ne crois pas que la fracture entre le nord et le sud soit aussi importante. J’y vois plutôt une victimisation de Porto.»

Son interlocuteur n’est évidemment «pas tout à fait d’accord». «Le Portugal est divisé, c’est ainsi. Sinon, pourquoi le salaire moyen à Lisbonne est-il de 1200 euros quand il n’atteint que les 650 au nord?» On se permet d’intervenir: il y a tout de même des soutiens de Benfica au nord du pays, non? «Exact. Parce que notre club rassemble des gens de tout le pays, alors que Porto est quand même, je m’excuse du terme, un club régional.»

La remarque fait bondir Luis De Carvalho. Le sexagénaire en veut toujours au Benfica pour les avantages dont il aurait bénéficié sous Salazar entre 1932 et 1968. «Tous les pays ont un club de régime. Au Portugal, c’était Benfica. C’est d’ailleurs pour ça qu’ils ont pu faire venir Eusebio.» «L’histoire n’est pas la même en fonction de qui la raconte», sourit malicieusement M. Cabacas, renvoyant aux trophées remportés par le Sporting et Porto sous la présidence de Salazar.

«Je soutiens l’équipe nationale. En revanche, j’aimerais que Benfica perde tous ses matches européens» Luis De Carvalho

Seferovic à Porto? «Non merci»

On ne va décidément pas les mettre d’accord, même autour d’une bouteille de rosé Mateus, même après deux heures de discussion cordiale mais animée. Peut-être leur emblème peut-il les départager? De l’aigle lisboète ou du dragon portuan, lequel est le plus fort? «Puisque les dragons n’existent pas, il n’y a même pas de discussion possible! Alors que notre aigle, tout le monde peut le voir: il descend des tribunes avant chaque match.» «D’ailleurs, parfois, il se barre», persifle Luis De Carvalho, reconnaissant toutefois que le spectacle est impressionnant dans ce stade qu’il juge moins beau que celui de Porto. Pourquoi ça? «Parce que c’est le sien», pouffe Luis Cabacas après avoir manqué de s’étouffer avec une chips, incrédule devant le jugement partisan de son interlocuteur. «C’est pas moi qui le dis, il y a eu une étude.» «Financée par votre président?» Re-éclat de rire. «Bon, on ouvre les bières ou bien?»

On trinque à la passion du ballon, à la mauvaise foi du supporter et à cette rencontre improbable entre deux personnes qui ne se seraient jamais rencontrées sans cet article. Probablement que Luis Cabacas trinque aussi à la santé du Suisse Haris Seferovic, le meilleur buteur du championnat, un joueur que Luis De Carvalho aurait peut-être aimé avoir dans son équipe. «Non. Pas du tout. On a déjà deux grands attaquants. En revanche, il y a un joueur de Benfica qui était à nous et qu’on aimerait reprendre: João Félix.» «Même pas en rêve», le coupe l’autre Luis.

Le derby de samedi est dans toutes les têtes, mais personne n’oublie pour autant la Coupe d’Europe (Porto est en Ligue des champions, Benfica en Ligue Europa). Nos deux amis parviennent-ils à remiser leur rivalité domestique pour soutenir les représentants de leur pays sur la scène continentale? Pas vraiment le genre de la maison. «J’aimerais que Benfica perde tous ses matches européens», tranche le Portuan, alors que Luis Cabacas se moque de la destinée européenne du FCP. Tous deux en revanche affirment soutenir la sélection.

Pour la première fois, les voici d’accord de soutenir la même équipe. C’est presque trop beau, il faut vite leur demander ce qu’ils peuvent souhaiter de positif à leur ennemi juré pour la suite de la saison. «J’aimerais qu’ils aient plus de respect», réagit Luis De Carvalho, sans répondre à la question. «C’est toi qui dis ça?» rétorque son adversaire, qui ne répond toujours pas à la question. «Au risque de me contredire, je souhaiterais que Benfica remporte la Ligue Europa, reprend le Portuan. Ce serait tout bénéfice pour l’indice UEFA du Portugal.» Luis Cabacas approuve, mais peine à trouver de quoi rendre la politesse à son vis-à-vis. «Qu’est-ce que je peux souhaiter de bon à Porto?» On insiste. «Je réfléchis, tu m’excuses!» «Là, t’es mauvais», s’esclaffe Luis De Carvalho avant que le Lisboète n’avoue, amusé: «On est insupportables!»

Les palmarès (chiffres au 3 mars 2018)

Benfical Lisbonne
Championnat du Portugal (36), Coupe du Portugal (26), Coupe de la Ligue (7), Ligue des champions (2).

Porto
Championnat du Portugal (28), Coupe du Portugal (16), Coupe intercontinentale (2), Ligue des champions (2), Ligue Europa (2), Supercoupe d’Europe (1). (Le Matin Dimanche)

Créé: 12.03.2019, 09h59

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