«Il faut rouvrir l’enquête sur les voyages des élus vaudois»

Les derniers scoops sur les liens entre Frederik Paulsen et Géraldine Savary ébranlent le travail de la justice qui avait classé l’affaire. Un élu veut rouvrir le dossier et le confier à un procureur hors du canton.

Les dernières révélations sur les liens entre Frederik Paulsen et Géraldine Savary (à dr.) remettent en cause une enquête que le député Jean-Michel Dolivo (à g.) estime «bâclée». Image: Jean-Christophe Bott/Peter Schneider/Keystone

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Le classement de l’affaire prononcé par le procureur général vaudois Éric Cottier aurait dû clore l’affaire. Fermer définitivement le dossier des voyages des élus à l’étranger. Ce n’est pas le cas. De récentes révélations dans la presse jettent le doute sur le travail du Ministère public. Ce qui fait réagir le député Jean-Michel Dolivo: «C’est une enquête alibi. Elle a été bâclée. Il faut rouvrir le dossier et le confier à un procureur extérieur au canton pour garantir toute impartialité.»

Le mandat était pourtant simple. Le magistrat devait expliquer aux Vaudois si le ministre des Finances Pascal Broulis (PLR) et la conseillère aux États Géraldine Savary (PS) avaient le droit de voyager avec Frederik Paulsen, le patron milliardaire de Ferring International à Saint-Prex (VD) qui est aussi consul honoraire de Russie à Lausanne. Le non-lieu a été rendu il y a dix jours, sans convaincre. «On nous dit qu’il n’y a pas d’infraction pénale, mais sans le démontrer. Avec Éric Cottier, c’est circulez, il n’y a rien à voir», poursuit le député d’Ensemble à Gauche.

Il y a pire, selon Jean-Michel Dolivo. Quelques jours seulement après la publication de ce non-lieu, les médias ont tout remis en cause. Dans son communiqué, le procureur général avait suggéré que les élus visés avaient «assumé personnellement les frais de voyage». Et bien «24 heures» a déjà démontré que ce n’était pas toujours le cas. Géraldine Savary a en effet accompagné Frederik Paulsen à Grenade en 2015. Il lui a offert le séjour. Prix du cadeau: 500 francs.

Le magistrat n’a pas convaincu sur un deuxième point. Il affirme que les participants à ces voyages n’en ont tiré aucun avantage économique. Très bien. Mais alors comment interpréter, comme l’a dévoilé la RTS, le financement de la campagne pour le Conseil des États de Géraldine Savary par Frederik Paulsen? Elle et son colistier Vert Luc Recordon ont reçu chacun 4000 francs en 2011 et 5000 francs en 2015. Soit 18 000 francs en tout.

Ce communiqué de presse soulève d’autres questions qui restent sans réponse ( lire encadré ci-contre). Les enquêteurs étaient-ils au courant de ces nouveaux faits révélés par les médias? Pourquoi une élue vaudoise a-t-elle le droit de voyager gratuitement en Espagne en 2015 avec un patron milliardaire russophile qui, la même année, soutient financièrement sa candidature à Berne? Frederik Paulsen a-t-il été aussi généreux avec la caisse politique de Pascal Broulis? Le magistrat Éric Cottier n’a fait aucun commentaire.

Ordonnance non publique

Le Ministère public doit pourtant répondre, estime Jean-Michel Dolivo. Et le procureur général est le seul à pouvoir le faire de manière catégorique. L’ordonnance de classement n’est pas publique. «Et elle est difficilement attaquable en justice», ajoute l’élu d’extrême gauche qui est aussi avocat. Le procureur n’a pas ouvert d’enquête d’office. Il a profité de la dénonciation de politiciens pour le faire. «Du coup, il n’y a pas de plaignant. Ce qui limite les possibilités de recours contre cette décision.» Jean-Michel Dolivo réfléchit désormais à un dépôt de plainte qui rouvrirait le dossier.

Le non-lieu ne déçoit pas tout le monde. Géraldine Savary a déjà expliqué avoir joué la transparence avec les enquêteurs. Le classement confirme ce qu’elle a toujours pensé: ces voyages privés ne sont pas illégaux. Pascal Broulis est du même avis. Nous l’avons contacté pour savoir si Frederik Paulsen le soutenait financièrement. La réponse est brève: «non.» Le mécène n’a pas répondu à nos sollicitations.


Le communiqué de presse du Ministère public soulève des questions

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Et les autres?

La police a entendu trois protagonistes de ces voyages. Éric Hoesli, l’ex-directeur éditorial d’Edipresse, qui a été racheté par Tamedia, était l’organisateur des séjours en Sibérie. Et les élus Pascal Broulis et Géraldine Savary. Le procureur ne dit pas s’il a entendu Frederik Paulsen. Il aurait pu écouter aussi d’autres participants. Il y en a eu beaucoup, comme l’ex-conseiller fédéral Pascal Couchepin, l’ex-patron de l’EPFL Patrick Aebischer, etc. Pourquoi ne pas les avoir tous auditionnés?

Payé quoi?

Éric Cottier dit que les participants ont payé de leur poche. Mais il ne dit rien sur le montant total et le détail des factures, ou encore sur le moyen de paiement. D’autres questions se posent: tout se réglait au centime près ou à la louche? Cette question est importante: la RTS a diffusé le témoignage d’anciens voyageurs qui expliquaient avoir versé un forfait qui ne couvrait pas l’intégralité du coût du séjour. Ils ont suggéré que le solde était financé par un tiers. Par qui?

Spartiate?

L’organisateur des voyages Éric Hoesli le martèle depuis le début de la polémique: les déplacements en Sibérie n’étaient pas luxueux. Ce ne sont donc pas des avantages. Pour quelle raison le procureur général reprend cet argument de la défense? L’enquête avait-elle vraiment pour but de déterminer les conditions de ces séjours? Par ailleurs, un séjour en Sibérie peut coûter cher. Début 2019, une agence de voyages invite à s’y rendre avec Éric Hoesli durant 3 semaines. Prix du billet: 16 800 fr. par personne.

PLR versus PS?

Le procureur cite le nom de l’élue vaudoise Rebecca Ruiz (PS). Pourquoi? Il ne l’avait pas nommée lorsqu’il avait annoncé avoir ouvert son enquête. Pourquoi le fait-il maintenant? Rebecca Ruiz n’est pas une proche de Frederik Paulsen. Et elle est peu concernée par ces voyages en groupe à l’étranger. Certes, elle est aussi allée à Chabag en Ukraine. Mais c’était dans un cadre officiel et il y avait aussi la conseillère d’État Jacqueline de Quattro (PLR) qui, elle, n’est pas citée par le procureur. (TDG)

Créé: 03.11.2018, 23h00

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